Format :
- Azione tragica per musica (opera seria) en trois actes.
- Musique : Domenico Cimarosa.
- Livret : Antonio Simeone Sografi, d’après la tragédie Horace de Pierre Corneille.
- Langue : Italien.
Création :
26 décembre 1796, au Teatro La Fenice de Venise.
L’accueil de la création fut d’abord mitigé, mais dès la deuxième représentation l’ouvrage devint un triomphe : la seule saison 1796-97 vénitienne en compta au moins quarante-neuf, et plus de cent trente représentations furent données à Venise dans les six années suivantes. L’opéra gagna rapidement les grandes scènes européennes — la Scala de Milan dès le carnaval 1799, puis la cour parisienne de Napoléon — et resta populaire des décennies après la mort de Cimarosa. Cette « azione tragica » s’inscrit dans le mouvement du melodramma de la décennie révolutionnaire, qui exalte volontiers les vertus républicaines de la Rome antique, en écho au climat politique de l’Italie des années 1790.
Livret :
Antonio Simeone Sografi (1759-1818) adapte la tragédie Horace de Pierre Corneille (1640), elle-même tirée de l’épisode légendaire du combat des Horaces et des Curiaces rapporté par Tite-Live. Simplifiant le dispositif dramatique de Corneille — qui met en scène trois frères de chaque camp —, le librettiste concentre l’action sur un couple de champions unique par famille, Marco Orazio et Curiazio, dont les amours croisées avec Orazia et Sabina rendent plus poignant encore le déchirement entre devoir patriotique et liens du sang.
Intrigue :
- Acte I : Rome et Albe la Longue sont en guerre, alors que les familles des Orazi et des Curiazi sont unies par le mariage : Orazia est fiancée à Curiazio, tandis que Sabina, sœur de Curiazio, a épousé Marco Orazio. L’annonce que les rois Tullus Hostilius et Mettius Fufetius ont décidé de trancher le conflit par un combat entre champions plonge les deux familles dans le désespoir.
- Acte II : Orazia et Sabina tentent d’empêcher le duel fratricide au Champ de Mars et obtiennent un sursis pour consulter l’oracle d’Apollon ; dans les souterrains du temple, l’oracle ordonne pourtant la reprise du combat — grande scène considérée comme l’une des réussites majeures de la partition.
- Acte III : Marco Orazio, seul survivant du combat, rentre victorieux mais se heurte à la douleur de sa sœur Orazia, qui maudit Rome pour la mort de son bien-aimé Curiazio. Emporté par la fureur patriotique, il la tue à son tour, achevant l’ouvrage sur cette catastrophe.
Enregistrement(s) :

Massimo De Bernart — 1983
Format : Enregistrement public, coffret 2 CD — première mondiale au disque.
Label : Bongiovanni.
Référence : Bongiovanni GB 2021/22-2.
Année d’enregistrement : 2 novembre 1983, Teatro Ariston, Sanremo.
Distribution :
- Curiazio : Daniela Dessì, soprano
- Orazia : Katia Angeloni, mezzo-soprano
- Marco Orazio : Mario Bolognesi, ténor
- Sabina : Tai Li Chu-Pozzi, soprano
- Publio Orazio : Giuseppe Fallisi, ténor
- Augure : Giancarlo Tosi, basse
- Sacerdote : Simone Alaimo, basse
Direction : Massimo De Bernart.
Orchestre : Orchestra Sinfonica di Sanremo ; Coro del Teatro dell’Opera Giocosa di Genova.
Langue : Italien.
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’ouvrage, capté en public au Teatro Ariston de Sanremo, ce document a permis la redécouverte discographique d’un des plus grands succès de Cimarosa en son temps. La distribution est dominée par la jeune Daniela Dessì, alors en plein essor, qui prête à Curiazio — rôle de travesti conçu à l’origine pour le castrat Girolamo Crescentini — une ligne vocale déjà très assurée, aux côtés du vétéran Simone Alaimo. Massimo De Bernart dirige avec métier l’Orchestre symphonique de Sanremo, dans une lecture parfois jugée inégale par la critique mais qui reste précieuse comme seul témoignage de l’œuvre pendant plus de vingt ans.

Michael Hofstetter — 2006
Format : Enregistrement public, coffret 2 CD.
Label : Oehms Classics.
Référence : Oehms Classics OC 910.
Année d’enregistrement : 2006, dans le cadre des Ludwigsburger Schlossfestspiele (Allemagne).
Distribution :
- Curiazio : Anna Bonitatibus, mezzo-soprano
- Orazia : Kirsten Blaise, soprano
- Marco Orazio : Andreas Karasiak, ténor
- Sabina : Lisa Larsson, soprano
- Publio Orazio : Florian Mock, basse
- Augure : Tobias Schabel, basse
- Sacerdote : Daniel Sütö, basse
Direction : Michael Hofstetter.
Orchestre : Chor und Orchester der Ludwigsburger Schlossfestspiele (chef de chœur : Jan Hoffmann).
Langue : Italien.
Particularité :
Cette captation en public des Ludwigsburger Schlossfestspiele, festival allemand réputé pour sa redécouverte du répertoire lyrique baroque et classique, réunit une distribution homogène emmenée par la mezzo-soprano Anna Bonitatibus, remarquable de noblesse et de virtuosité contenue dans le rôle travesti de Curiazio. Michael Hofstetter, chef spécialiste de ce répertoire, tire de l’Orchestre des Schlossfestspiele une lecture stylée et dramatiquement tendue, restituant toute la grande scène de l’oracle qui clôt l’acte II. Vingt-trois ans après le témoignage pionnier de Sanremo, cet enregistrement offre une réalisation musicalement plus aboutie et une prise de son nettement supérieure.
Postérité :
Triomphe européen de la dernière décennie du XVIIIe siècle, porté par l’exaltation revolutionnaire des vertus civiques romaines, Gli Orazi e i Curiazi compte parmi les rares incursions de Cimarosa dans l’opera seria à avoir durablement marqué les esprits, avant de disparaître presque totalement du répertoire au XIXe siècle. Sa redécouverte moderne, amorcée par la retransmission RAI dirigée par Carlo Maria Giulini en 1952 puis confirmée par l’enregistrement de Sanremo en 1983 et la production de Ludwigsburg en 2006, ainsi que par une reprise remarquée au Teatro dell’Opera di Roma en 1989 sous la direction d’Alan Curtis, a permis de réévaluer cette page sérieuse d’un compositeur trop souvent réduit à sa seule veine comique.

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