Format :
- Commedia per musica (dramma giocoso) en trois actes.
- Musique : Domenico Cimarosa.
- Livret : Giuseppe Palomba.
- Langue : Italien, avec passages en dialecte napolitain pour les personnages populaires.
Création :
Été 1777, au Teatro dei Fiorentini de Naples, avec notamment Anna Benvenuti et Giuseppe Casaccia dans la distribution originale.
Cimarosa n’a alors que vingt-huit ans mais déjà une expérience solide de la scène napolitaine, où il fournit depuis 1772 les théâtres populaires en opere buffe au rythme soutenu qui fera bientôt sa renommée dans toute l’Europe. Armida immaginaria s’inscrit dans cette veine comique florissante du Teatro dei Fiorentini, haut lieu de la commedia per musica napolitaine, avant que l’œuvre ne connaisse quelques reprises au XVIIIe siècle, à Castelbuono (juillet 1780, sous le titre de dramma giocoso) puis à Gênes, au Teatro del Falcone (automne 1787).
Livret :
Giuseppe Palomba, l’un des librettistes napolitains les plus actifs de son temps (actif de 1765 à 1825, auteur de plusieurs centaines de livrets pour Cimarosa, Paisiello ou Guglielmi), signe ici une parodie bouffe de l’épisode d’Armide et Renaud tiré de la Jérusalem délivrée du Tasse. Sa marchesina Tisbea, riche et délirante, se prend pour l’enchanteresse Armide et a aménagé son jardin en conséquence ; toute l’intrigue naît du contraste entre l’univers héroïco-merveilleux du poème du Tasse et les ruses triviales déployées par son entourage pour profiter — ou la guérir — de sa folie.
Intrigue :
- Acte I : Sur le bord de mer, entre l’auberge de Stella et la maison de santé que dirige le docteur Giorgio, les amours se croisent : Giorgio aime Stella, qui lui préfère le corsaire sans le sou Spatachiatta ; le jeune Battistino courtise la jardinière Ermidora tout en aimant secrètement la richissime marquise Tisbea, laquelle se croit Armide et a fait dessiner son jardin sur ce modèle. Pour tenter de la guérir, Giorgio et Spatachiatta se déguisent tous deux en femmes et, se prenant l’un pour l’autre, Giorgio saigne son rival travesti. Réveillé dans le jardin, Spatachiatta est pris par Tisbea pour son bien-aimé Renaud ; flatté, il songe à délaisser Stella. L’acte s’achève sur une mise en scène grotesque orchestrée par Giorgio et Ermidora — Tisbea cachée dans un tronc d’arbre que Spatachiatta est sommé d’abattre à la hache, au milieu d’enfants costumés en nymphes et lutins — qui tourne à la confusion générale lorsque Spatachiatta prend la fuite.
- Acte II : Délaissée, Tisbea décide d’épouser le poète Torquato Tasso en personne ; Giorgio se déguise alors en « Tasse enveloppé », bientôt imité par Spatachiatta, ce qui plonge la marquise dans une confusion totale — elle provoque les deux imposteurs en duel, s’évanouit puis se réveille sans mémoire des événements. Giorgio révèle son identité et somme Spatachiatta d’en faire autant ; celui-ci s’enfuit, ce qui vaut à Battistino d’être accusé de fraude, tandis que Stella, découvrant les assiduités secrètes de Battistino auprès de Tisbea, désespère Ermidora. Dans une scène nocturne, Spatachiatta, pris pour un esprit invoqué, doit affronter une Tisbea déterminée à combattre Renaud en amazone sur un char ; déguisé en chevalier, il parvient à apaiser sa fureur et à raviver son amour.
- Acte III : Voyant que Spatachiatta, sous son nouveau costume de chevalier, a définitivement conquis le cœur de la marquise, Giorgio et Battistino renoncent à leurs espoirs respectifs. Jalouse, Stella décide d’empoisonner son ancien fiancé mais se trompe et verse dans son vin de la poudre cosmétique au lieu du poison. L’annonce de la mort imminente de Spatachiatta pousse la marquise à proposer de payer ses dettes ; la méprise éclaircie, tout se dénoue : Stella accepte d’épouser Giorgio, Battistino et Ermidora se retrouvent, et Tisbea, tout à la joie des noces à venir avec son « chevalier », laisse Spatachiatta face à son étrange épouse imaginaire.
Enregistrement(s) :

Eric Hull — 1997
Format : Enregistrement public, coffret 3 CD — world première recording.
Label : Dynamic.
Référence : Dynamic CDS 205/1-3.
Année d’enregistrement : 7-9 août 1997, Palazzo Ducale, Martina Franca (23e Festival della Valle d’Itria).
Distribution :
- Tisbea : Alla Simonischvili, soprano
- Battistino : Simon Edwards, ténor
- Stella : Giovanna Donadini, soprano
- Spatachiatta : Piero Guarnera, basse
- Ermidora : Anna Rosa Peraino, soprano
- Giorgio : Domenico Colaianni, basse
- Bernabò : Massimiliano Chiarolla, basse
Direction : Eric Hull.
Orchestre : Orchestra del Teatro Massimo Bellini di Catania ; Chœur du Teatro Petruzzelli di Bari.
Langue : Italien.
Particularité :
Ce coffret constitue le premier enregistrement mondial d’Armida immaginaria, captée en public lors de sa résurrection scénique complète au Palazzo Ducale de Martina Franca, dans le cadre du Festival della Valle d’Itria, festival réputé pour son travail de redécouverte du répertoire bouffe et sérieux napolitain du XVIIIe siècle. Cette production faisait suite à une version abrégée et en français donnée dès juillet 1994 au Festival de Montpellier, mais c’est bien à Martina Franca, en 1997, que l’œuvre retrouve pour la première fois depuis le XVIIIe siècle son intégralité originale. La distribution, emmenée par la soprano Alla Simonischvili en Tisbea délirante, réunit de jeunes chanteurs formés au circuit des théâtres italiens de province, tandis qu’Eric Hull, à la tête de l’Orchestre du Teatro Massimo Bellini de Catane, restitue avec vivacité l’écriture alerte et les nombreux ensembles bouffes de la partition.
Postérité :
Comme la plupart des quelque soixante-dix opere buffe que Cimarosa écrivit pour les scènes napolitaines avant sa gloire viennoise, Armida immaginaria sombre dans l’oubli après quelques reprises au XVIIIe siècle. Sa redécouverte moderne, amorcée à Montpellier en 1994 puis menée à son terme à Martina Franca en 1997, s’inscrit dans le mouvement plus large de réhabilitation du répertoire bouffe napolitain du second XVIIIe siècle. Demeurée une rareté de concert et de disque, l’œuvre n’en témoigne pas moins, par sa parodie savoureuse du Tasse et la verve de ses ensembles, de la maîtrise précoce que Cimarosa possédait déjà, à vingt-huit ans, de la mécanique du théâtre comique.

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