Note personnelle : ,

Salieri, Antonio — Il mondo alla rovescia (1795)

Format :

  • Dramma giocoso (opéra bouffe) en deux actes.
  • Musique : Antonio Salieri (1750-1825).
  • Livret : Caterino Mazzolà (v. 1745-1806), poète de la cour impériale de Vienne, d’après Il mondo alla roversa, ossia Le donne che comandano de Carlo Goldoni (1750), déjà mis en musique par Galuppi.
  • Langue : italien.

Création :

13 janvier 1795, Burgtheater, Vienne.
Salieri, natif de Legnago, a quarante-quatre ans ; maître de chapelle de la cour impériale depuis 1788, il est alors l’un des compositeurs les plus considérés de Vienne, héritier à la fois de Gluck et de la tradition buffa italienne. Le projet remonte à 1779, quand il avait envisagé un L’isola capricciosa pour Venise, abandonné à la mort soudaine de l’impresario ; il est repris en 1792 avec Mazzolà.

Livret :

Mazzolà, futur librettiste de La clemenza di Tito de Mozart, adapte la comédie de Goldoni, qui imagine une île inconnue où des femmes ayant fui l’Europe ont inversé les rôles : elles gouvernent et font la guerre, tandis que les hommes tiennent la maison et la mode. La pièce de Goldoni est une satire du « monde à l’envers », thème cher à la comédie du XVIIIe siècle. L’ouverture de Salieri reprend en grande partie celle de son divertissement Don Chisciotte alle nozze di Gamace (1770), qu’il réutilisera ensuite pour L’Angiolina (1800).

Intrigue :

  • Acte I : Sur une île inconnue gouvernée par des femmes, la Générale, matrone autoritaire, rentre d’une patrouille en mer avec deux prisonniers européens, le Comte et la Marquise. Le Comte devient l’enjeu d’une rivalité entre la Générale et la Colonelle, qui l’aime ; la Marquise, négligée, est enrôlée comme « soldat ». L’idylle de la Colonelle et du Comte excite la jalousie de la Générale et d’Amaranto, son neveu, que la Colonelle avait courtisé. Un rendez-vous nocturne au jardin trahit les amants, et la Générale furieuse envoie le Comte et Amaranto se « purifier » chez le Gran Colombo.
  • Acte II : Le commandant des vaisseaux européens exige la restitution des otages et, devant le refus, prépare l’attaque. La Générale décide d’épouser le Comte pour le garder, mais celui-ci organise une fuite avec la Colonelle, la Marquise et Amaranto, passé à la Marquise après avoir été délaissé ; elle est découverte et empêchée. La Générale précipite le mariage, interrompu par l’attaque de la flotte européenne. Pour éviter un bain de sang, le Comte et la Marquise proposent un accord : la Marquise rentre en Europe avec Amaranto, et le Comte reste sur l’île à condition d’y épouser la Colonelle. L’opéra s’achève dans la liesse générale, sous la rage et l’humiliation de la Générale.

Enregistrement(s)

Federico Maria Sardelli — 2010

Format : CD (2 disques : 76:21 et 62:47)
Label : Dynamic
Référence : CDS 655/1-2
Année d’enregistrement : 20-26 novembre 2009, Teatro Filarmonico, Vérone (captation en public) ; édition 2010
Distribution :

  • La Marchesa : Maria Laura Martorana
  • La Generala : Marco Filippo Romano
  • La Colonnella : Patrizia Cigna
  • L’Ajutanta maggiora : Rosa Bove
  • Amaranto : Emanuele D’Aguanno
  • Girasole : Krystian Adam
  • Il Conte : Maurizio Lo Piccolo
  • Il Comandante delle navi europee / Il Gran Colombo : Gianpiero Ruggeri

Direction : Federico Maria Sardelli
Orchestre : Orchestre et Chœur de l’Arena di Verona
Langue : italien

Particularité :
Première intégrale discographique de l’ouvrage, captée en public lors de la production du Teatro Filarmonico de Vérone, quelques jours après la redécouverte scénique de l’opéra à Legnago, ville natale de Salieri (14 novembre 2009). Distribution entièrement italienne, avec un Marco Filippo Romano truculent en Generala travestie (rôle de basso buffo) et la Colonnella de Patrizia Cigna. La direction vive de Federico Maria Sardelli, spécialiste du répertoire baroque et classique, l’emporte sur le poli : la critique a toutefois relevé des déséquilibres et quelques bruits de scène inhérents à la captation en public.

Postérité :

Créée à Vienne en 1795, la partition est restée longtemps inconnue avant sa redécouverte moderne à Legnago (2009). Elle illustre la veine comique tardive de Salieri, entre l’opera buffa napolitaine et le théâtre de Mozart et Da Ponte, dont elle poursuit la tradition de la satire des rapports entre les sexes. Elle appartient à la longue lignée des pièces goldoniennes sur l’inversion des rôles et reste l’un des meilleurs témoignages du répertoire buffa viennois des années 1790.

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