Note personnelle : ,

Respighi, Ottorino — Maria Egiziaca (1932)

Format :

  • Mistero (« trittico per concerto ») en trois épisodes, à mi-chemin entre l’oratorio et l’opéra.
  • Musique : Ottorino Respighi (1879-1936), composée de 1929 à 1931.
  • Livret : Claudio Guastalla (1880-1948), d’après les Vitae Patrum (Vite dei Santi Padri) de Domenico Cavalca (vers 1270-1342).
  • Langue : italien.

Création :

16 mars 1932, Carnegie Hall, New York (version de concert).
Respighi dirige lui-même, appelé à remplacer Arturo Toscanini au dernier moment ; Charlotte Börner chante Maria et Nelson Eddy le Pèlerin / l’abbé Zosime. L’œuvre est bien reçue, plus encore à Rome, où elle est reprise au Teatro Augusteo le 24 avril 1932. La Biennale de Venise l’intègre alors à son Festival international de musique moderne, où elle reçoit sa première représentation scénique le 10 août 1932 au Teatro Goldoni. En 1934, Respighi la dirige de nouveau en version de concert à l’Opéra-Comique de Paris, avec un grand succès. Le compositeur avait déjà écrit cinq opéras, dont Belfagor (1922) et La campana sommersa (1927).

Livret :

Guastalla choisit la vie de sainte Marie l’Égyptienne, tirée de la légende médiévale rapportée par le frère dominicain Domenico Cavalca, qu’il suit fidèlement : une jeune prostituée d’Alexandrie, convertie, passe quarante-sept ans au désert en expiation de ses péchés avant d’être proclamée sainte. La partition indique un décor de triptyque gothique, dont deux anges ouvrent les volets : le port d’Alexandrie, le désert du Jourdain avec la grotte de Zosime, puis la porte du temple de Jérusalem.

Intrigue :

  • Premier épisode : Au port d’Alexandrie, Maria, désireuse de partir en voyage, parle à un marin sur le point d’appareiller. Près du navire, elle croise un pèlerin en route pour la Terre sainte. Séduite, elle demande au marin de l’embarquer ; quand le pèlerin lui suggère de payer sa traversée, elle se déclare prête à se prostituer auprès de l’équipage. Scandalisé, le pèlerin s’en va et embarque. Les marins l’accueillent avec enthousiasme et, au moment où le navire quitte le quai, Maria entend une mystérieuse voix qui l’appelle depuis la mer.
  • Deuxième épisode : Le jour de l’Exaltation de la Croix, devant le temple de Jérusalem, un pauvre et un lépreux attendent l’ouverture de la porte pour aller baiser la Croix. Maria arrive à son tour avec une aveugle, mais le pèlerin lui barre le passage et la maudit. Retenue sur le seuil par une force mystérieuse, elle a, en extase, la vision d’un ange de Dieu, s’effondre, confesse ses péchés et demande pardon, puis entre dans le temple.
  • Troisième épisode : Des années plus tard, l’abbé Zosime a fait retraite pendant le Carême dans le désert, dans une grotte devant laquelle un lion a creusé une fosse. Une silhouette s’approche : c’est Maria, devenue vieille, que Dieu a guidée jusqu’à lui après une vie d’errance et de pénitence. Zosime croit la fosse destinée à sa propre tombe, mais Maria lui raconte son histoire et lui révèle que l’ange de Dieu l’a conduite pour qu’il l’absolve : la tombe est pour elle. Ils prient ensemble et, tandis que Maria se penche sur la fosse, les anges chantent la louange du Seigneur.

Enregistrement(s) :

Ottavio Ziino — 1994

Format : CD, collection « Novità del Passato ».
Label : Bongiovanni
Référence : GB 2008-2 (code-barres 8007068200825)
Année d’enregistrement : enregistrement public du 13 juillet 1980, Assise, lors de la Festa Musica Pro de l’Accademia Musicale O. Respighi.
Distribution :

  • Maria : Javora Stoilova, soprano
  • Il pellegrino : Carlo Desideri, baryton
  • L’abate Zosimo : Marcello Giordano, baryton
  • Il marinaio : Nazzareno Antinori, ténor
  • Un compagno / Il lebbroso : Yasushi Ichikawa, ténor
  • Un’altra voce / Un altro compagno : Giorgio Gasperini, baryton
  • Il povero / La cieca : Ambra Vespasiani, mezzo-soprano
  • L’angelo : Joung-Mi Kim, soprano
  • Una voce di marinaio : Ilaria Galgani, soprano
  • Altra voce di marinaio : Maria Augusta Miceli, mezzo-soprano

Direction : Ottavio Ziino
Orchestre : Orchestra e Coro del Conservatorio di Santa Cecilia (chef de chœur : Giorgio Kirshner ; maître collaborateur : Stefano Arnaldi)
Langue : italien

Particularité :

Prise de son sur le vif lors du festival respighien d’Assise, avec les forces du Conservatoire Santa Cecilia de Rome. Elle a longtemps constitué, avec l’enregistrement de Lamberto Gardelli (Hungaroton, 1989), l’une des deux seules références discographiques de l’œuvre.

Manlio Benzi — 2026

Format : CD (durée 69 min 32 s).
Label : Naxos (collection Opera)
Référence : 8.660591
Année d’enregistrement : enregistrement public du 10 mars 2024, Teatro Malibran, Venise (production scénique de la Fondation du Teatro La Fenice) ; édition Casa Ricordi ; parution en 2026.
Distribution :

  • Maria : Francesca Dotto, soprano
  • Il pellegrino / L’abate Zosimo : Simone Alberghini, baryton
  • Il marinaio / Il lebbroso : Vincenzo Costanzo, ténor
  • Un compagno : Michele Galbiati, ténor
  • Un altro compagno / Il povero : Luigi Morassi, ténor
  • La cieca / La voce dell’angelo : Ilaria Vanacore, soprano
  • Una voce dal mare : William Corrò, basse-baryton

Direction : Manlio Benzi (clavecin : Roberta Paroletti ; mise en scène : Pier Luigi Pizzi)
Orchestre : Orchestra e Coro del Teatro La Fenice di Venezia (chef de chœur : Alfonso Caiani)
Langue : italien

Particularité :

Captation sonore d’une production scénique vénitienne signée Pier Luigi Pizzi, dont Manlio Benzi, qui n’avait jamais dirigé la partition, souligne la dimension iconographique de triptyque. L’accueil critique est partagé : on a salué la Maria de Francesca Dotto, à la voix pleine et égale, et la prise de son, tandis que le Pèlerin d’Alberghini a paru tendu et que la direction a été jugée attentive mais plutôt placide. Un critique juge néanmoins la fin digne et superbe, et relève que l’œuvre perd à l’écoute une part de sa dimension visuelle.

Postérité :

Œuvre hybride entre oratorio et opéra, Maria Egiziaca a connu des succès de concert à New York, Rome et Paris au début des années 1930, puis une carrière scénique restée rare. Sa discographie compte l’enregistrement d’Assise de 1980, celui de Lamberto Gardelli pour Hungaroton (1989) et celui de Manlio Benzi pour Naxos, tiré de la production vénitienne de 2024 qui existe aussi en vidéo.

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