Note personnelle : ,

Reichardt, Johann Friedrich — Die Geisterinsel (1798)

Format :

  • Singspiel en trois actes (« Oper in 3 Acten » dans la réédition de la partition).
  • Musique : Johann Friedrich Reichardt (1752-1814).
  • Livret : Friedrich Wilhelm Gotter et Friedrich Hildebrand von Einsiedel, d’après La Tempête de Shakespeare.
  • Langue : allemand.

Création :

6 juillet 1798, Nationaltheater, Berlin.
Reichardt, alors âgé de quarante-six ans, violoniste virtuose et ancien Kapellmeister de Frédéric II puis de Frédéric-Guillaume II de Prusse, avait été congédié en 1795 pour son activité d’écrivain et de journaliste politiquement engagé et s’était retiré à Giebichenstein, près de Halle. Réconcilié avec la cour par le nouveau roi Frédéric-Guillaume III, il écrivit Die Geisterinsel pour les fêtes du 6 juillet 1798 en l’honneur du souverain, auquel l’œuvre est dédiée. Ce fut le plus grand succès scénique du compositeur : l’opéra connut 55 représentations à Berlin jusqu’en 1825, et Goethe, qui le jugeait « un chef-d’œuvre de poésie et de langage », le recommanda au duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar.

Livret :

Gotter, poète originaire de Gotha, avait conçu son livret d’après La Tempête d’abord pour Mozart et Dittersdorf, puis à partir d’une version de son ami Einsiedel. Plusieurs compositeurs s’en emparèrent à la même époque : Friedrich Haack (1794), Johann Rudolf Zumsteeg (1798) et Friedrich Fleischmann (1798, Weimar), Reichardt remportant le plus grand succès. L’œuvre s’inscrit dans le goût du Sturm und Drang et du préromantisme pour les tempêtes, les sorciers et les esprits, mêlant la féerie shakespearienne à l’idéal des Lumières : opposition de la nature et de l’art, du démoniaque et du rationnel, et pardon final. Le livret est rédigé avec des dialogues parlés, des apparitions pantomimes et deux chœurs (esprits et marins).

Intrigue :

  • Acte I : Prospero, duc de Milan chassé par son frère, vit sur une île enchantée avec sa fille Miranda, assisté de l’esprit de l’air Ariel ; Caliban, fils de la sorcière Sycorax, est son esclave mal dompté. Miranda pleure sur la tombe de Maja, la « blanche ombre », tandis que les esprits chantent. Prospero déchaîne une tempête qui s’achève par un naufrage (finale avec le chœur des marins).
  • Acte II : Le prince Fernando de Naples, jeté sur le rivage, est pris en charge par Ariel et mis à l’épreuve par Prospero ; Miranda et Fernando s’éprennent l’un de l’autre. Les autres naufragés — Fabio, Oronzio et Stefano — errent dans l’île, où Caliban complote avec eux. L’acte s’achève sur un grand finale avec Caliban, Prospero, Miranda, Fernando et Ariel.
  • Acte III : Le duo de Miranda et Fernando est suivi d’une apparition pantomime des esprits ; Ariel déjoue le complot de Caliban, Oronzio et Stefano. Après l’épreuve de la « fidélité », Prospero pardonne à ses ennemis, bénit l’union des jeunes gens et rentre dans sa patrie, Naples (« Ja, stärker ist die Liebe als jedes andre Band »).

Enregistrement :

Hermann Max — 2018

Format : 2 CD (2 h 32 min), avec dialogues parlés, livret et notice de Walter Salmen.
Label : cpo.
Référence : 777 548-2.
Année d’enregistrement : 20-22 septembre 2002, Opernhaus de Wuppertal (parution en février 2018).
Distribution :

  • Miranda : Ulrike Staude, soprano
  • Ariel : Romelia Lichtenstein, soprano
  • Fabio : Barbara Hannigan, soprano
  • Fernando : Markus Schäfer, ténor
  • Prospero : Ekkehard Abele, basse
  • Caliban : Tom Sol, basse
  • Oronzio : Jörg Hempel, basse
  • Stefano : Yoshitaka Ogasawara, basse
  • Le récitant : Stefan Filipiak

Direction : Hermann Max
Orchestre : Das Kleine Konzert ; Rheinische Kantorei
Langue : allemand

Particularité :

Redécouverte sur instruments d’époque d’une partition de la fin du XVIIIᵉ siècle sous la direction d’Hermann Max, grand défenseur du répertoire oublié, avec ses ensembles (le chœur de chambre Rheinische Kantorei et l’orchestre Das Kleine Konzert). Cette parution a reçu un Diapason d’or « Découverte » en mai 2018.

Postérité :

Admirée par Goethe, par le duc Charles-Auguste et par August Wilhelm Schlegel, qui y entendait des accents « brillants et romantiques », Die Geisterinsel fut le plus grand succès des opéras tirés de La Tempête en 1798-1799 et la plus réussie des scènes de Reichardt ; sa romance « Ach, was ist die Liebe » était devenue populaire dès avant la création. Tombée dans l’oubli, la partition a retrouvé une audience grâce à cet enregistrement de 2018.

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