Format :
- Fantaisie lyrique en deux parties (un acte).
- Musique : Maurice Ravel (1875-1937).
- Livret : Colette (Sidonie-Gabrielle Colette).
- Langue : français.
Création :
21 mars 1925, Opéra de Monte-Carlo, sous la direction de Victor de Sabata.
Ravel, alors âgé de quarante-neuf ans et installé depuis 1921 dans sa petite maison de Montfort-l’Amaury, remplit là un contrat qui l’obligeait à achever la partition en quelques mois, après des années de gestation interrompues par d’autres œuvres. L’œuvre, que Ravel rapprochait volontiers de l’opérette américaine et où se mêlent des souvenirs de Massenet, de Puccini, du jazz et de Monteverdi, tranche par son raffinement quasi chambriste avec l’opulence de L’Heure espagnole (1907).
Livret :
Colette écrivit son texte pendant la Première Guerre mondiale, à la demande de Jacques Rouché, directeur de l’Opéra de Paris, qui pensait d’abord à un ballet-féerie. Plusieurs compositeurs furent pressentis, mais Colette ne s’enthousiasma qu’au nom de Ravel, qu’elle avait connu dans le salon de Madame Marceaux. Une première copie envoyée à Ravel en 1916, alors mobilisé, ne lui parvint pas ; une seconde, en 1917, fut la bonne, et le compositeur accepta la collaboration. Le sujet — un enfant, des objets et des bêtes qui parlent — convenait idéalement à Ravel, grand amoureux des enfants et des petites choses.
Intrigue :
- Acte unique, première partie (la chambre) : Dans le salon bas de plafond d’une maison normande, un garçon de six ou sept ans s’ennuie et refuse de faire ses devoirs. Sa Maman le punit : thé sans sucre et pain sec, seul jusqu’au dîner. Resté seul, l’Enfant se déchaîne : il casse la théière et la tasse, déchire ses livres, pique l’écureuil de sa plume, tire la queue du chat, renverse la bouilloire dans le feu, lacère les tentures et se pend au balancier de l’horloge. Épuisé, il s’effondre dans un fauteuil — mais les meubles s’animent : le Fauteuil et la Bergère s’éloignent en dansant une sarabande, l’Horloge comtoise sonne sans pouvoir s’arrêter, la Théière en Wedgwood et la Tasse chinoise dansent un « teatime foxtrot » en pseudo-anglais et pseudo-chinois. Le Feu chasse l’Enfant (« Je réchauffe les bons, mais je brûle les méchants »), les Bergers de la tenture déchirée se lamentent, puis la Princesse du conte arraché se plaint de son sort devant l’Enfant ; elle disparaît, remplacée par le Petit Vieillard — l’Arithmétique — et ses Chiffres, dont le calcul frénétique étourdit l’Enfant. Le duo miaulé du Chat et de la Chatte, sur le rebord de la fenêtre, clôt la scène.
- Acte unique, seconde partie (le jardin) : L’Enfant se retrouve dans le jardin, où les arbres et les animaux conspirent contre celui qui les a maltraités : chœur de rainettes, Libellule, Papillon de nuit, Rossignol, Chauves-souris, Écureuil, Rainette. Dans sa solitude, il appelle sa Mère, ce qui déclenche la mêlée où les bêtes l’attaquent. L’Enfant soigne cependant un écureuil blessé ; les animaux, désemparés par ce changement de cœur, remarquent qu’il saigne lui aussi et tentent, impuissants, de répéter le mot magique : « Maman ! ». Une lumière paraît aux vitres de la maison ; l’Enfant est doucement ramené, tandis que les bêtes qui se retirent chantent en chœur « Il est bon, l’enfant, il est sage », et il tombe dans les bras de sa Mère sur un dernier « Maman ! ».
Enregistrements :

Lorin Maazel — 1960
Format : CD (réédition de la collection « The Originals », couplé avec L’Heure espagnole).
Label : Deutsche Grammophon.
Référence : 449 769-2 (édition originale sur disque : LPM 18 675, 1961).
Année d’enregistrement : 1960, Salle de la Mutualité, Paris.
Distribution :
- L’Enfant : Françoise Ogéas, mezzo-soprano
- Maman, La Tasse chinoise, La Libellule : Jeannine Collard, mezzo-soprano
- Le Fauteuil, Un Arbre : Heinz Rehfuss, baryton-basse
- La Bergère, L’Écureuil, La Chatte, Un Pâtre : Jane Berbié, mezzo-soprano
- L’Horloge comtoise, Le Chat : Camille Maurane, baryton
- La Théière, Le Petit Vieillard (l’Arithmétique), La Rainette : Michel Sénéchal, ténor
- Le Feu, La Princesse, Le Rossignol : Sylvaine Gilma, soprano
- La Chauve-souris, La Chouette, Une Pastourelle : Colette Herzog, soprano
Direction : Lorin Maazel
Orchestre : Orchestre National de la R.T.F. ; Chœur et Maîtrise de la R.T.F. (chef de chœur : René Alix)
Langue : français
Particularité :
Distribution entièrement française, dirigée avec une précision d’orfèvre : la critique y voit une référence pour son énergie comique, son mordant et son sens du jeu, même si certains lui reprochent un caractère un peu tranchant. Sénéchal (trois rôles), Maurane et Berbié sont régulièrement salués, l’Enfant d’Ogéas étant jugé plus discuté.

André Previn — 1981
Format : CD (réédition EMI Classics avec disque bonus contenant livret et synopsis ; Valses nobles et sentimentales au programme de la couverture).
Label : EMI Classics (parution originale : La Voix de son Maître / Pathé Marconi EMI, 1982), aujourd’hui Warner Classics.
Référence : 2C 069-43169 (édition originale) ; Warner Classics 9482092.
Année d’enregistrement : 7-8 juillet 1981, Abbey Road Studios, Londres.
Distribution :
- L’Enfant : Susan Davenny Wyner, soprano
- Maman, La Tasse chinoise, La Libellule, La Chouette : Jocelyne Taillon, contralto
- Le Fauteuil, Un Arbre : Jules Bastin, basse
- La Bergère, L’Écureuil, La Chauve-souris : Jane Berbié, mezzo-soprano
- L’Horloge comtoise, Le Chat : Philippe Huttenlocher, baryton
- La Théière, Le Petit Vieillard (l’Arithmétique), La Rainette : Philip Langridge, ténor
- Le Feu, La Princesse, Le Rossignol : Arleen Augér, soprano
- La Chatte, Un Pâtre : Linda Finnie, mezzo-soprano
- Une Pastourelle : Linda Richardson, soprano
Direction : André Previn
Orchestre : London Symphony Orchestra ; Ambrosian Opera Chorus
Langue : français
Particularité :
Version poétique et soignée, portée par l’Arleen Augér du Feu, de la Princesse et du Rossignol, que la critique distingue entre tous. Les passages de violence paraissent un peu pâles, et l’on regrette la diction française, inégale, du chœur et de certains solistes anglophones ; l’Enfant de Susan Davenny Wyner est le point le plus souvent jugé faible.

Alain Lombard — 1992
Format : CD (44 min 23 s).
Label : Valois (Auvidis).
Référence : V 4670.
Année d’enregistrement : 1992 (parution en 1993).
Distribution :
- L’Enfant : Martine Mahé, mezzo-soprano
- Maman, La Tasse chinoise, La Libellule : Arlette Chédel, mezzo-soprano
- Le Fauteuil, Un Arbre : Vincent Le Texier, baryton
- La Chatte, L’Écureuil, Un Pâtre : Magali Damonte, mezzo-soprano
- L’Horloge comtoise, Le Chat : Marc Barrard, baryton
- La Théière, Le Petit Vieillard (l’Arithmétique), La Rainette : Léonard Pezzino, ténor
- Le Feu, La Princesse, Le Rossignol : Élisabeth Vidal, soprano
- La Bergère, Une Pastourelle, La Chauve-souris, La Chouette : Michèle Lagrange, soprano
Direction : Alain Lombard
Orchestre : Orchestre National Bordeaux-Aquitaine ; Chœur et Maîtrise du Grand-Théâtre de Bordeaux
Langue : français
Particularité :
Enregistrement français réalisé avec les forces du Grand-Théâtre de Bordeaux : tout est parfaitement en place et en mesure, mais l’ensemble reste plus précis que poétique. Barrard, Chédel et Lagrange y sont les plus appréciés, tandis que Vidal et Pezzino ont suscité davantage de réserves.

Alastair Willis — 2009
Format : CD (couplé avec Shéhérazade) ; durée de l’opéra : 45 min 49 s.
Label : Naxos.
Référence : 8.660215.
Année d’enregistrement : 5 décembre 2006 (Shéhérazade : 17 juin 2007) ; parution en 2009.
Distribution :
- L’Enfant : Julie Boulianne, mezzo-soprano
- Maman, La Libellule, L’Écureuil : Geneviève Després, mezzo-soprano
- La Tasse chinoise, Un Pâtre, La Chatte : Kirsten Gunlogson, mezzo-soprano
- La Théière, Le Petit Vieillard (l’Arithmétique), La Rainette : Philippe Castagner, ténor
- L’Horloge comtoise, Le Chat : Ian Greenlaw, baryton
- Le Fauteuil, Un Arbre : Kevin Short, baryton-basse
- La Princesse, La Chauve-souris : Agathe Martel, soprano
- Le Feu, Le Rossignol : Cassandre Prévost, soprano
- La Bergère, Une Pastourelle, La Chouette : Julie Cox, soprano
Direction : Alastair Willis
Orchestre : Nashville Symphony Orchestra and Chorus ; Chicago Symphony Chorus ; Chattanooga Boys Choir
Langue : français
Particularité :
Version à prix économique, techniquement très soignée et accompagnée d’un synopsis détaillé piste par piste. On y reproche une Enfant trop « opératique » et peu enfantine, une distribution qui chante davantage en types vocaux qu’en personnages, un orchestre sans le mordant de Maazel et des chœurs un peu reculés ; la Shéhérazade de Julie Boulianne, couplée, est en revanche très appréciée.
Postérité :
Reprise à Paris à l’Opéra-Comique dès 1926, L’Enfant et les sortilèges s’est imposé comme l’un des opéras les plus aimés du XXᵉ siècle, apprécié des enfants comme des adultes pour sa tendresse sous le raffinement. Sa partition, ses tableaux d’objets animés et sa fable morale ont inspiré de nombreuses mises en scène et chorégraphies (notamment celle de George Balanchine pour le New York City Ballet en 1975, puis celle de Jiří Kylián à Amsterdam en 1986). La discographie compte aujourd’hui de nombreuses versions, la lecture de Maazel (1960) restant la plus souvent citée en référence.

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