Format :
- Opéra-ballet en trois entrées précédées d’une ouverture (L’Enlèvement d’Adonis, La Lyre enchantée, Anacréon).
- Musique : Jean-Philippe Rameau.
- Livret : Pierre-Joseph Bernard, dit Gentil-Bernard.
- Langue : français.
Création :
31 mai 1757, à l’Académie royale de musique (Opéra), Paris, dans sa première version parisienne ; reprise remaniée le 10 octobre 1758.
Rameau, qui n’a plus rien donné de neuf à l’Opéra de Paris depuis Acante et Céphise (1751), a soixante-treize ans et réserve alors ses nouveautés à la cour, dont il est le compositeur de la musique de la chambre du roi. Fidèle à la tradition des Indes galantes (1735) et des Fêtes d’Hébé (1739), il livre un opéra-ballet raffiné, d’une orchestration subtile, qui sera la dernière de ses œuvres publiées de son vivant.
Livret :
L’œuvre naît en novembre 1748 au Théâtre des Petits Appartements de la marquise de Pompadour, à Versailles, pour célébrer la paix d’Aix-la-Chapelle : elle comprend alors un prologue, Le Retour d’Astrée, et deux entrées, La Lyre enchantée et Adonis. Pour Paris, Rameau et son librettiste Gentil-Bernard la remanient en profondeur : le prologue, devenu obsolète, disparaît, l’ordre des entrées est inversé et une entrée nouvelle, Anacréon, est ajoutée. Dès juillet 1757, La Lyre enchantée est remplacée par Les Sybarites (livret de Marmontel, Fontainebleau, 1754) ; en 1758, la reprise rétablit la succession initiale avec une nouvelle version de La Lyre enchantée, celle qu’enregistre d’Hérin.
Intrigue :
- Entrée I — L’Enlèvement d’Adonis : Adonis, jeune homme naïf éduqué par Diane et terrifié à l’idée d’aimer, est écartelé entre deux déesses : Vénus l’enlève, Diane le poursuit. La déesse de la chasse lance ses troupes à leur poursuite, mais Vénus lui propose de reprendre son protégé parmi plusieurs figures qui lui ressemblent ; par crainte d’être trompée, Diane renonce à choisir et renie Adonis, qui s’abandonne au bonheur d’aimer. Un ballet figuré raconte la passion secrète de Diane pour le berger Endymion.
- Entrée II — La Lyre enchantée : La sirène Parthénope tente de séduire Linus, tandis que la muse Uranie le met en garde. Parthénope suspend sa lyre à un chêne ; Uranie, par curiosité, la touche, perd la raison et avoue son amour pour Linus. Apollon la rappelle à ses esprits ; Sirènes et Muses se réconcilient en chantant les bienfaits de l’amour.
- Entrée III — Anacréon : Le poète Anacréon, partagé entre l’amour et le vin, célèbre ses plaisirs. Offensée qu’il préfère l’amour à Bacchus, la grande prêtresse du dieu fait briser l’autel de l’Amour. Un combat éclate entre les ménades et les esclaves du poète ; Anacréon s’endort, un orage éclate, et l’Amour, enfant perdu, lui apprend le désespoir de Lycoris. Anacréon renonce à la boisson au profit de l’amour ; les fidèles de Bacchus et de l’Amour se réconcilient dans la morale finale : Bacchus n’interdit pas d’aimer, et l’Amour permet de boire.
Enregistrement(s)

Sébastien d’Hérin — 2013
Format : 3 CD
Label : Glossa (note 1 music gmbh)
Référence : non précisée
Année d’enregistrement : 8–14 mars 2013, Espace du Tonkin, Villeurbanne
Distribution :
- Entrée I — Adonis : Amel Brahim-Djelloul ; Amour : Virginie Pochon ; Vénus : Caroline Mutel ; Diane : Karine Deshayes ; Mercure : Anders Dahlin ; Une Nymphe : Magali Perol-Dumora
- Entrée II — Parthénope : Virginie Pochon ; Uranie : Karine Deshayes ; Linus : Anders Dahlin ; Apollon : Pierre-Yves Pruvot
- Entrée III — Anacréon : Jean-Sébastien Bou ; La Grande Prêtresse : Karine Deshayes ; Amour : Caroline Mutel ; Agathocle : Anders Dahlin ; Un Convive : Davy Cornillot
Direction : Sébastien d’Hérin (clavecin et direction)
Orchestre : Les Nouveaux Caractères (orchestre et chœur)
Langue : français
Particularité :
Première version intégrale de l’œuvre, dont seuls des extraits étaient auparavant disponibles, enregistrée dans la version parisienne de 1758. Les Nouveaux Caractères jouent à 415 Hz sur des copies de clavecins Couchet et Blanchet, avec cors, flûtes, hautbois et percussions, dans le tempérament Kellner modifié. Le livret contient deux essais : celui de Fabien Roussel sur l’éloquence de la musique et celui de Sylvie Bouissou sur la genèse de l’œuvre.
Postérité :
Avec plus de soixante représentations, Les Surprises de l’Amour rencontre un franc succès populaire, confirmé par les parodies que lui consacrent les Favart (Les Ensorcelés ou Jeannot et Jeannette) et Chevrier (La Petite Maison). Charles Collé affirme que l’œuvre « sent la vieillesse » sans l’avoir entendue ; le Mercure de France salue au contraire le choix des poèmes et la scène d’enchantement de La Lyre enchantée, « digne de la jeunesse du compositeur ». L’ouvrage est ensuite resté dans l’ombre des grands opéras de Rameau, et ne comptait jusqu’à l’enregistrement de 2013 que des extraits au disque.

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