Note personnelle : ,

Rameau, Jean-Philippe — Les Fêtes d’Hébé (1739)

Format :

  • Opéra-ballet (« ballet ») en un prologue et trois entrées — La Poésie, La Musique, La Danse — titre complet : Les Fêtes d’Hébé ou Les Talents lyriques.
  • Musique : Jean-Philippe Rameau.
  • Livret : Antoine-César Gaultier de Montdorge et Louise-Angélique Naudin (Mme Bersin), anonyme à la création.
  • Langue : français.

Création :

21 mai 1739, à l’Académie royale de musique (Opéra), Paris.
Rameau a cinquante-cinq ans et défend alors son théâtre contre les partisans de Lully ; il compose la partition très vite, car il travaille dans le même temps à Dardanus (novembre 1739). Pour gagner du temps, il réemploie ses Pièces de clavecin de 1724 (« L’entretien des Muses », la « Musette en rondeau », le « Tambourin ») ainsi qu’un air de sa cantate Le Berger fidèle, ce qui lui vaut le reproche d’avoir tari son inspiration. Dès le 23 juin, il remanie profondément l’entrée de La Musique ; l’ouvrage est donné jusqu’au 21 janvier 1740 et atteint soixante-dix représentations.

Livret :

Le livret naît de la rencontre de deux amateurs fervents d’opéra, Antoine-César Gaultier de Montdorge et Louise-Angélique Naudin, épouse du grand audiencier de France Jean-Baptiste de Bersin, qui partageaient la même loge à l’Opéra ; l’abbé Simon-Joseph Pellegrin, le fermier général La Poupelinière et peut-être Gentil-Bernard auraient aidé à le polir. Craignant les critiques, les auteurs n’ont pas signé le texte, précédé d’une lettre à Rameau où ils le décrivent comme une simple « succession de scènes ». Les trois entrées illustrent les talents qui font l’Opéra, mis au service de l’amour : poésie, musique et danse. Le prologue met en scène Hébé, chassée de l’Olympe par Jupiter pour avoir renversé l’ambroisie, qui trouve refuge « sur les bords de la Seine ». Le rôle d’Églé fut créé par la danseuse étoile Mlle Mariette, ce qui constituait en soi une allusion aux talents réunis à l’Opéra.

Intrigue :

  • Prologue : Près de l’Olympe, la déesse de la jeunesse Hébé descend sur Terre, poursuivie par Momus qui ne veut pas la quitter ; elle se plaint de l’insincérité des dieux et cherche un bonheur sincère parmi les hommes. L’Amour et les Grâces la rejoignent et la fêtent par leurs chants et leurs danses.
  • Entrée I — La Poésie : La poétesse Sapho aime Alcée, que le roi Hymas, désireux de la marier à un autre, a exilé. Elle organise pendant une chasse royale une fête allégorique où ses esclaves, déguisés en naïades et en ruisseaux, font comprendre au roi son injustice ; Hymas rappelle Alcée et autorise leur mariage.
  • Entrée II — La Musique : Iphise doit épouser Tyrtée, mais le roi lui ordonne de conduire l’armée contre les Messéniens. Inquiète, la princesse consulte l’oracle ; Tyrtée revient vainqueur, ayant soulevé les troupes lacédémoniennes par son chant, et les deux amants s’unissent dans la joie générale.
  • Entrée III — La Danse : Mercure, déguisé en berger, s’informe auprès d’Eurilas d’une fête en préparation. Églé, jeune élève de Terpsichore, doit choisir un mari ; le berger Palémon n’a pas su la charmer à l’hautbois. Églé tombe amoureuse de Mercure, lui jette sa guirlande et il révèle son identité ; Terpsichore paraît avec sa troupe de nymphes, sylvains et faunes, et tous dansent à son bonheur.

Enregistrement(s)

William Christie — 1997

William Christie — 1997

Format : 2 CD
Label : Erato (Warner Classics)
Référence : 2564 65887-3
Année d’enregistrement : 21 et 28 janvier 1997, Salle Wagram, Paris
Distribution :

  • Hébé, Églé, une Naïade : Sophie Daneman
  • Sapho, Iphise : Sarah Connolly
  • Momus : Paul Agnew
  • L’Amour : Gaëlle Méchaly
  • Une Lacédémonienne : Maryseult Wieczorek
  • Thélème, l’Oracle : Jean-Paul Fouchécourt
  • Alcée : Luc Coadou
  • Hymas : Laurent Slaars
  • Le Fleuve : Matthieu Lécroart
  • Tyrtée, Eurilas : Thierry Félix

Direction : William Christie
Orchestre : Les Arts Florissants (orchestre et chœur)
Langue : français

Particularité :

La référence discographique de l’œuvre pendant un quart de siècle, couronnée, d’après la presse, par un Gramophone Award du meilleur opéra baroque en 1998. Les Arts Florissants y font valoir le caractère rustique et la verve des danses (flûtes, musettes, cors, percussions) ; la présence de Thélème dans la distribution indique que la version choisie semble être celle de mai 1739 (déduction non confirmée par les notices consultées).

György Vashegyi — 2022

György Vashegyi — 2022

Format : 3 CD
Label : Glossa (note 1 music gmbh)
Référence : GCD 924012
Année d’enregistrement : 7–9 mars et 25 juin 2021, Béla Bartók National Concert Hall, Müpa Budapest
Distribution :

  • Hébé, Sapho, la Bergère, une Lacédémonienne : Chantal Santon Jeffery
  • L’Amour, Églé : Marie Perbost
  • Une Naïade, Iphise (2e version) : Olivia Doray
  • Iphise (1re version) : Judith van Wanroij
  • Momus, un Ruisseau, Mercure : Reinoud Van Mechelen
  • Lycurgue : Mathias Vidal
  • Hymas, Tyrtée (2e version) : Philippe Estèphe
  • Alcée, Eurilas, Tyrtée (1re version) : David Witczak
  • Le Fleuve, l’Oracle : Lóránt Najbauer
  • Palémon : Pier Luigi Fabretti

Direction : György Vashegyi
Orchestre : Orfeo Orchestra
Chœur : Purcell Choir
Langue : français

Particularité :

Coproduction du Müpa Budapest, du Centre de musique baroque de Versailles et de la Orfeo Music Foundation, d’après l’édition critique de Pascal Denécheau établie sur les parties d’orchestre originales conservées à la Bibliothèque-Musée de l’Opéra. Elle propose la version de juin 1739 (prologue, La Poésie, La Musique dans sa seconde version, La Danse), intégrant l’essentiel des modifications de 1747, 1756 et 1764, et restitue en annexe, pour la première fois avec son instrumentation exacte, la première version de La Musique avec une autre distribution (CD III).

Postérité :

Triomphe public, Les Fêtes d’Hébé est reprise à l’Opéra en 1747 (57 représentations, avec des coupes et un nouvel air pour Églé), en 1756-1757, puis une dernière fois en 1764 sans son prologue ; La Musique et La Danse, les plus appréciées, sont ensuite données séparément à la cour (1764, 1765, 1768) puis en extraits à l’Opéra de 1770 à 1777 dans des arrangements de Pierre-Montan Berton. L’œuvre est restée à l’écart du répertoire moderne, mais l’enregistrement de Christie en a fait un classique de la discographie rameauviste, et l’édition de Vashegyi, que Gramophone juge d’une finesse translucide mais moins rustique, répond à l’appel d’une alternative « attendue depuis longtemps ».

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