Format :
- Opéra en un acte (deux scènes), sans numéro d’opus.
- Musique : Sergei Rachmaninov.
- Livret : Vladimir Nemirovitch-Dantchenko, d’après le poème Les Tziganes (1824-1827) d’Alexandre Pouchkine, écrit à la hâte à l’intention du jeune compositeur.
- Langue : russe.
Création :
9 mai 1893 (27 avril du calendrier julien), au Théâtre Bolchoï de Moscou.
Rachmaninov, né en 1873, compose Aleko en 1892 comme œuvre de fin d’études au Conservatoire de Moscou, en dix-sept jours, et obtient avec elle la grande médaille d’or de composition, sous la direction d’Arenski et de Taneïev. Encore très marqué par l’esthétique de Tchaïkovski, qui assiste à la création et soutient chaleureusement le jeune homme, il y mêle le lyrisme mélodique russe, les couleurs « tziganes » des romances de salon et l’écriture orchestrale des maîtres russes du XIXe siècle. L’ouvrage est repris à Kiev en octobre 1893 sous la direction du compositeur, puis à Saint-Pétersbourg en 1899 avec Fiodor Chaliapine dans le rôle-titre lors des célébrations du centenaire de Pouchkine.
Livret :
Nemirovitch-Dantchenko, futur cofondateur du Théâtre d’Art de Moscou avec Stanislavski, condense en un acte le long poème de Pouchkine, Les Tziganes (1824-1827), nourri de l’exil du poète en Bessarabie. Le thème est celui du citadin Aleko, qui a fui la société pour partager la vie libre d’un camp de Tziganes et se croit détaché des conventions, mais qui se révèle prisonnier de sa propre jalousie. Le livret, écrit à la hâte, a pu être reproché pour son manque de dynamisme dramatique.
Intrigue :
- Acte unique : Au bord d’une rivière, un camp de Tziganes. Aleko, un Russe qui a quitté la société, vit avec Zemfira, fille du Vieux Tzigane. Celui-ci lui rappelle que la passion est changeante, car la mère de Zemfira l’a lui-même abandonné autrefois, et qu’il faut laisser l’amour libre. Aleko, rongé par la jalousie en découvrant que Zemfira aime un jeune Tzigane, les surprend à l’aube dans les bras l’un de l’autre et les tue tous deux. Les Tziganes, horrifiés, le chassent de leur camp : son égoïsme ne saurait convenir à leur liberté.
Enregistrement(s) :

Nikolaï Golovanov — 1951
Format : CD (disque 1 du coffret « Complete Operas, Cantatas & Fragments », collection « Historical Recordings from the Bolshoi Theatre », 1929-1963) ; première parution sur Melodiya
Label : Profil (Edition Günter Hänssler)
Référence : coffret Profil / Edition Günter Hänssler, paru en 2022 (référence non vérifiée)
Année d’enregistrement : 1951, Moscou (studio)
Distribution :
- Aleko : Ivan Petrov, basse
- Zemfira : Nina Pokrovskaïa, soprano
- Le Jeune Tzigane : Anatoli Orfionov, ténor
- Le Vieux Tzigane : Alexandre Ognivtsev, basse
- La Vieille Tzigane : Bronislava Zlatogorova, contralto
Direction : Nikolaï Golovanov
Orchestre : Orchestre et Chœur du Théâtre Bolchoï
Langue : Russe
Particularité :
Document historique de l’école de chant russe du Bolchoï, dans la tradition qui fit de l’œuvre un passage obligé des basses : Ivan Petrov, célèbre pour ses grandes incarnations russes, y campe un Aleko sombre et imposant, aux côtés de la soprano Nina Pokrovskaïa et du ténor Anatoli Orfionov. Golovanov, chef emblématique du Bolchoï, dirige avec un sens du théâtre et de la couleur typiques de son style ; la prise de son d’époque trahit son âge mais préserve une intensité dramatique remarquable. Le coffret, qui réunit aussi la version de 1953 de l’œuvre dirigée par Nikolaï Rabinovitch, présente Aleko dans un ensemble qui recueille tous les opéras, cantates et fragments du compositeur.

Rouslan Raichev — 1997
Format : CD (1 disque) — réédition de l’enregistrement bulgare de 1993 (Balkanton / Monitor)
Label : Capriccio
Référence : 10 782
Année d’enregistrement : enregistrement bulgare (Plovdiv), paru en 1993 chez Balkanton ; date exacte non précisée
Distribution :
- Aleko : Nicola Ghiuselev, basse
- Zemfira : Blagovesta Karnobatlova, soprano
- Le Jeune Tzigane : Pavel Kourchoumov, ténor
- Le Vieux Tzigane : Dimiter Petkov, basse
- La Vieille Tzigane : Tony Christova, mezzo-soprano
Direction : Rouslan Raichev
Orchestre : Orchestre philharmonique de Plovdiv et Chœur de la Radio bulgare
Langue : Russe
Particularité :
Version complète, d’esprit slave, enregistrée en Bulgarie avec les ressources d’une des grandes écoles de basses de l’Europe de l’Est. Nicola Ghiuselev, l’un des plus grands chanteurs bulgares de sa génération, se distingue dans la cavatine d’Aleko, chantée avec émotion ; Dimiter Petkov offre un Vieux Tzigane de belle autorité. L’orchestre de Plovdiv joue de façon ample et évocatrice. Le disque, présenté sous le titre « Gesamtaufnahme / Complete Recording », offre une intégrale précieuse pour qui souhaite connaître cette partition de jeunesse.
Postérité :
Bien accueillie à sa création, Aleko est le premier des trois opéras achevés de Rachmaninov, avec Le Chevalier avare et Francesca da Rimini. Ses pages les plus célèbres, la cavatine d’Aleko (« Ves’ tabor spit »), la Romance du Jeune Tzigane et les danses tziganes, sont fréquemment jouées en concert ou intégrées aux récitals de basse, et l’ouvrage, représenté en Europe de l’Ouest dès 1915 (Londres), est régulièrement repris. Si son livret est resté critiqué pour sa brièveté et son manque de dynamisme, la maîtrise mélodique et la richesse orchestrale de ce premier essai annoncent le futur auteur des Cloches et des grands concertos.

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