Format :
- Semi-opéra (théâtre parlé, masques chantés et danses) en cinq actes, précédés d’un prologue, restée inachevée (Z. 630).
- Musique : Henry Purcell (prologue et actes II et III) ; masque final complété par son frère Daniel Purcell.
- Livret : John Dryden et Sir Robert Howard, d’après leur tragédie héroïque The Indian Queen (1664), remaniée pour la scène lyrique.
- Langue : anglais.
Création :
1695 (date exacte inconnue, peut-être au mois de juin), au Theatre Royal de Drury Lane, à Londres.
Purcell, alors âgé d’environ trente-six ans, travaille depuis le début des années 1690 pour le théâtre de la Restauration, où il a déjà donné Dioclesian, King Arthur et The Fairy Queen. Il meurt en novembre 1695 sans avoir achevé la partition : The Indian Queen est l’une de ses dernières œuvres, où se mêlent l’écriture contrapuntique anglaise, la grâce des airs inspirés d’Italie et la rhétorique expressive de ses grandes pages dramatiques.
Livret :
La pièce de Dryden et de son beau-frère Robert Howard, créée en 1664, imaginait une guerre entre les Incas du Pérou et les Aztèques du Mexique avant la conquête espagnole, mêlant amours rivales, ambitions de pouvoir et magie. Le directeur de la troupe, Thomas Betterton, la fit adapter en vue d’un semi-opéra, avec un prologue et cinq actes, dont plusieurs scènes de masque confiées à la musique. Le sujet exotique reflète la fascination des Anglais de l’époque pour le Nouveau Monde.
Intrigue :
- Acte I : Dans la guerre qui oppose Incas et Aztèques, Montezuma, général victorieux des Incas, tombe amoureux d’Orazia, fille du roi inca, et capture Acis, fils de la reine aztèque Zempoalla. Le général Traxalla convoite lui aussi la main d’Orazia.
- Acte II : Troublée, Zempoalla, qui s’est éprise de Montezuma, fait appel au magicien Ismeron pour interroger le sort : celui-ci invoque le Dieu des Rêves dans une scène de masque.
- Acte III : Les esprits de l’air chantent et dansent, tandis que les passions de la cour s’enveniment autour des prisonniers.
- Acte IV : Les rivalités se précisent ; les prisonniers sont menacés du sacrifice.
- Acte V : Acis meurt en duel et Zempoalla se donne la mort. Amexia révèle alors que Montezuma est le fils et l’héritier du trône aztèque. Son mariage avec Orazia est célébré dans un masque final, composé par Daniel Purcell, où paraissent Hymen et la Renommée.
Enregistrement(s) :

Alfred Deller — 1976
Format : 2 disques vinyles 33 tours (coffret, livret de 12 pages par Curtis Price) ; réédité en 2019
Label : Harmonia Mundi
Référence : HM 90243 (HM 243)
Année d’enregistrement : 1976 (parution en 1977)
Distribution :
- Sopranos : Jean Knibbs, Honor Sheppard
- Contre-ténors : Alfred Deller, Mark Deller
- Ténors : Malcolm Knowles, Paul Elliott
Direction : Alfred Deller (avec Catherine Mackintosh, premier violon des King’s Musick)
Orchestre : The King’s Musick, Deller Consort et Deller Choir
Langue : Anglais
Particularité :
Enregistrement pionnier de l’œuvre dans l’esprit des instruments d’époque, avec un petit ensemble réunissant trompette baroque, flûtes à bec, hautbois, basson, viole de gambe, violon et clavecin. Alfred Deller, qui avait fait renaître le contre-ténor dans le répertoire de Purcell, y chante lui-même aux côtés de son fils Mark, et le disque se complète du masque de Timon of Athens (Z. 632, texte de Thomas Shadwell). La lecture, simple et chaleureuse, vaut par sa familiarité avec le style de Purcell plus que par sa virtuosité, et conserve un grand intérêt historique.
Postérité :
Succès à sa création, The Indian Queen disparut vite de l’affiche : elle ne fut reprise que brièvement, avec les ajouts de Daniel Purcell, avant d’être oubliée. Elle n’a retrouvé la scène que depuis le renouveau baroque, avec des productions comme celle de Peter Sellars (2013), qui a recadré le sujet autour de la conquête espagnole. Jamais achevée, mais riche de pages célèbres comme « Wake, Quivera » ou la scène du Dieu des Rêves (« Ye twice ten hundred deities »), elle reste l’un des testaments musicaux de Purcell.

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