Note personnelle : , ,

Purcell, Henry — The Fairy Queen (1692)

Format :

  • Semi-opéra (opéra à machines mixant théâtre parlé, masques chantés et danses) en cinq actes (Z. 629).
  • Musique : Henry Purcell.
  • Livret : anonyme, adaptation de A Midsummer Night’s Dream de William Shakespeare, attribuée avec vraisemblance à Thomas Betterton, directeur de la troupe ; les poèmes des masques sont inédits et Purcell n’a mis en musique aucun vers de Shakespeare.
  • Langue : anglais.

Création :

2 mai 1692, au Queen’s Theatre de Dorset Garden, à Londres, par la United Company.
Purcell, âgé d’environ trente-trois ans, est alors au sommet de sa carrière de compositeur de théâtre : après Dioclesian (1690) et King Arthur (1691), il confirme avec The Fairy Queen son génie du semi-opéra, genre propre à la Restauration anglaise qui mêle comédie parlée, ballets et grands divertissements chantés. Son style fondé sur la polyphonie anglaise, l’air italien, l’ouverture à la française et la basse obstinée donne sa pleine mesure dans ces masques somptueux, pour lesquels la troupe n’avait pas hésité à dépenser sans compter en machines et en costumes.

Livret :

Le texte parlé reprend, à peine modernisée, la comédie de Shakespeare (vers 1595) : les amours croisées de quatre jeunes Athéniens, la querelle d’Obéron et de Titania pour un page indien, les maladresses de Bottom et des artisans, et les espiègleries de Puck. L’adaptateur anonyme y a greffé cinq masques allégoriques, un par acte à partir du deuxième, qui ne prolongent pas l’action mais la commentent, souvent à l’occasion d’un anniversaire d’Obéron. Le dernier, sans lien direct avec la comédie, célèbre l’hymen et fait un clin d’œil aux souverains régnants, Guillaume III et Marie II. Une révision de 1693 ajouta notamment la scène du Poète ivre et quelques airs.

Intrigue :

  • Acte I : Dans la forêt près d’Athènes, Titania s’est brouillée avec Obéron au sujet d’un enfant indien. Les artisans préparent leur comédie pour les noces de Thésée, tandis que les fées se moquent d’un poète ivre (scène ajoutée en 1693).
  • Acte II : Obéron charge Puck d’oindre les yeux de Demetrius d’un suc enchanté. Les fées bercent Titania d’un masque de la Nuit, du Mystère, du Secret et du Sommeil, qui l’endort.
  • Acte III : Titania, réveillée, s’éprend de Bottom, affublé d’une tête d’âne, et se fait divertir par une Nymphe et par les moissonneurs Coridon et Mopsa.
  • Acte IV : Les enchantements se dénouent et Titania retrouve la raison. Un divertissement fête l’anniversaire d’Obéron, puis un masque réunit Phoebus et les Quatre Saisons.
  • Acte V : Thésée apprend la nuit des amants. Le masque final convoque Junon, un lamento (« The Plaint »), les Chinois et Hymen, qui célèbre le mariage universel.

Enregistrement(s) :

Alfred Deller — 1972

Format : CD (2 disques) — réédition de la collection « hm plus »
Label : Harmonia Mundi
Référence : HMP 390257.58
Année d’enregistrement : 1972 (Stour Music Festival)
Distribution :

  • Solistes : Christina Clarke, Jean Knibbs, Honor Sheppard, Mark Deller, Neil Jenkins, John Buttrey, Maurice Bevan, Norman Platt et Alfred Deller

Direction : Alfred Deller
Orchestre : Stour Music Chorus & Orchestra, avec le Deller Consort
Langue : Anglais

Particularité :

Cet enregistrement réalisé dans le cadre du Stour Music Festival, que Deller avait fondé dans le Kent, offre une lecture complète de la musique avec des moyens d’inspiration historique. Alfred Deller, le contre-ténor qui avait réhabilité la voix masculine aiguë dans le répertoire de Purcell, dirige ici les forces du festival, dont son propre Consort et son fils Mark Deller. La lecture, éloignée de la virtuosité des ensembles baroques ultérieurs, vaut par son enthousiasme d’amateurs éclairés et par le charme de ses solistes anglais.

John Eliot Gardiner — 1982

Format : CD (2 disques) — réédition de la collection « al fresco »
Label : Deutsche Grammophon (Archiv Produktion)
Référence : 419 221-2
Année d’enregistrement : 22 juin 1981, Stadthalle, Göttingen
Distribution :

  • Sopranos : Eiddwen Harrhy, Jennifer Smith, Judith Nelson, Elisabeth Priday
  • Contre-ténors : Timothy Penrose, Ashley Stafford
  • Ténors : Wynford Evans, Martyn Hill
  • Basses : Stephen Varcoe, David Thomas

Direction : John Eliot Gardiner
Orchestre : Monteverdi Choir & English Baroque Soloists
Langue : Anglais

Particularité :

Gardiner, qui avait imposé son Monteverdi Choir et ses English Baroque Soloists avec le répertoire anglais, signe en 1981 une lecture dense et colorée de la partition complète, avec une dizaine de solistes de premier plan : Jennifer Smith, Judith Nelson et Eiddwen Harrhy chez les sopranos, Martyn Hill et Wynford Evans chez les ténors, Stephen Varcoe et David Thomas chez les basses. Le chef y fait valoir la tension rythmique des danses et l’éclat des trompettes et des hautbois, avec un chœur d’une grande précision.

Nicholas Kok — 1995

Format : DVD (1 disque, 134 min), PAL, 16/9, son PCM stéréo, sous-titres allemand, français et espagnol
Label : Arthaus Musik (RM Arts / ZDF-Arte)
Référence : 100 200 (version NTSC : 100 201)
Année d’enregistrement : 1995, London Coliseum (production de l’English National Opera)
Distribution :

  • Titania : Yvonne Kenny, soprano
  • Oberon : Thomas Randle, ténor
  • Puck : Simon Rice (danseur)
  • Thésée et Hymen : Richard Van Allan, basse
  • Le Mortel : Michael Chance, contre-ténor
  • Le Poète ivre : Jonathan Best, basse
  • Le Garçon indien : Arthur Pita

Direction : Nicholas Kok
Orchestre : Orchestre et chœur de l’English National Opera (premier violon : Barry Griffiths ; chef de chœur : James Moran)
Langue : Anglais

Particularité :

Version scénique de l’English National Opera, mise en scène par David Pountney, avec une chorégraphie de Quinny Sacks, des décors et costumes de Robert Israel et Dunya Rankova, et une réalisation télévisée de Barrie Gavin. Pountney ne conserve que la musique, sans dialogues, et recrée la trame de Shakespeare par le mime et la danse, avec Titania, Oberon, Puck, Thésée, les quatre amants et l’âne. Le spectacle, d’une grande invention visuelle, parfois au détriment de la musique, est porté par Yvonne Kenny, remarquable dans « The Plaint », et par Thomas Randle. L’édition musicale est celle de Clifford Bartlett (King’s Music).

Postérité :

The Fairy Queen fut un spectacle d’un coût exceptionnel, repris avec des ajouts en 1693. La partition autographe disparut après la mort de Purcell et ne fut retrouvée qu’au début du XXe siècle, ce qui explique que l’œuvre ait attendu les grandes redécouvertes baroques pour reconquérir la scène : Edward Dent et Constant Lambert l’ont donnée au Royaume-Uni au XXe siècle, avant que la renaissance de l’interprétation historiquement informée et du contre-ténor ne l’installe durablement au répertoire. Parmi les réalisations récentes, la production de Jonathan Kent à Glyndebourne, dirigée par William Christie en 2009, a renouvelé la tradition scénique de l’œuvre. Considérée comme le chef-d’œuvre de Purcell pour le théâtre, avec King Arthur, elle séduit par la variété de ses masques et par la puissance d’un lamento comme « O let me weep ».

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