Note personnelle : ,

Paisiello, Giovanni — La grotta di Trofonio (1785)

Format :

  • Commedia per musica en 2 actes.
  • Musique : Giovanni Paisiello.
  • Livret : Giuseppe Palomba, d’après le livret de Giovanni Battista Casti pour La grotta di Trofonio d’Antonio Salieri (Vienne, 1785). Palomba remplace le ton sérieux et moralisant de Casti par un cadre plus franchement comique, où le marchand napolitain Don Gasperone, qui s’exprime en dialecte, tient une place de premier plan.
  • Langue : Italien (avec dialecte napolitain pour Don Gasperone).

Création :

Automne 1785, au Teatro dei Fiorentini de Naples.
Paisiello a quarante-cinq ans et se trouve au sommet de sa carrière : de retour de Russie, où il a servi Catherine II, il est le compositeur de la cour de Ferdinand IV à Naples et vient de triompher avec Il barbiere di Siviglia (1782). La même année 1785, il compose pour le San Carlo des drames sérieux (Antigono, Olimpiade) et, pour les Fiorentini, des opéras comiques où il mêle verve populaire et finesse orchestrale. La grotta di Trofonio est écrite rapidement, en concurrence directe avec la version de Salieri donnée à Vienne quelques mois plus tôt.

Livret :

Palomba écrit son livret en un mois, à la demande de son oncle Antonio, impresario des Fiorentini : le théâtre, très sollicité (trois théâtres rivaux, quatre saisons par an), exige un produit rapide. L’argument, repris de Casti, repose sur une grotte magique où le philosophe-mage Trofonio (Trophonios, oracle grec) inverse le caractère de quiconque y pénètre. Palomba y accumule les gags et les lieux communs comiques : l’aubergiste rusée de La Ballerina amante de Cimarosa (1782), les philosophes ridicules du Socrate immaginario que Paisiello avait mis en musique en 1775, un jeu de couples permutés qui annonce Così fan tutte. La magie y est tournée en dérision : le « mage » est plus philosophe que sorcier, et ses pouvoirs provoquent le rire plutôt que la terreur.

Intrigue :

  • Acte I : En Grèce, au XVIIIe siècle. Le philosophe fanatique Piastrone revient chez lui avec la ferme intention de marier ses deux filles : la joyeuse Dori à son ami Don Gasperone, riche négociant napolitain, et la savante Eufelia à Artemidoro, jeune homme d’apparence sérieuse mais retors. Les filles sont réticentes et la locandiera Rubinetta les aide à manœuvrer. Gasperone se prend de passion pour Eufelia, Artemidoro pour Dori : les promesses se croisent. Les amoureux se réfugient tous dans la grotte de Trofonio, que Piastrone et les autres redoutent, et en ressortent métamorphosés : les graves sont devenus frivoles, les sérieux étourdis — Artemidoro danse, Gasperone philosophe. Madama Bartolina, ballerine rusée, s’allie à Rubinetta pour tirer parti de la confusion. L’acte se clôt sur un finale frénétique où plus personne ne reconnaît personne.
  • Acte II : Rubinetta calme Piastrone ; Trofonio, de son côté, explique à Madama Bartolina qu’il veut punir Gasperone, qui l’avait abandonnée, et lui promet de l’aider. Il se déguise en berger et observe les jeunes gens. Piastrone, d’abord furieux, apprend du mage que les effets de la grotte peuvent être inversés : chacun doit y retourner pour retrouver son caractère. Dans les imbroglios de ce second acte, Artemidoro, Dori, Eufelia et Gasperone se lancent dans de nouveaux jeux d’inconstance, tandis que Rubinetta et Madama Bartolina manœuvrent en coulisses. Le dénouement voit le mage endosser la responsabilité de l’équivoque ; la grotte disparaît pour laisser place à un palais, et quatre mariages sont célébrés.

Enregistrement(s)

Paisiello, La grotta di Trofonio — Grazioli (2017)

Giuseppe Grazioli — 2017

Format : CD (2 disques)
Label : Dynamic (coproduction du Festival della Valle d’Itria et de la Fondazione Teatro di San Carlo de Naples)
Référence : CDS 7754.02
Année d’enregistrement : enregistrement public du 14 juillet 2016, Palazzo Ducale de Martina Franca, lors du 42e Festival della Valle d’Itria (publié en 2017)
Distribution :

  • Dori : Benedetta Mazzucato, mezzo-soprano
  • Rubinetta : Caterina Di Tonno, soprano
  • Artemidoro : Matteo Mezzaro, ténor
  • Don Gasperone : Domenico Colaianni, baryton
  • Eufelia : Angela Nisi, soprano
  • Madama Bartolina : Daniela Mazzucato, soprano
  • Trofonio : Roberto Scandiuzzi, basse
  • Don Piastrone : Giorgio Caoduro, baryton

Direction : Giuseppe Grazioli (pianoforte : Vincenzo Rana)
Orchestre : Orchestra Internazionale d’Italia
Langue : Italien

Particularité :

Première mondiale discographique de l’ouvrage, captée en public au Festival della Valle d’Itria pour le bicentenaire de la mort de Paisiello (direction artistique : Alberto Triola ; direction musicale : Fabio Luisi ; révision de la partition : Luisa Cosi). Grazioli mène l’ensemble avec vivacité ; Roberto Scandiuzzi prête à Trofonio une voix encore pleine et sonore, Daniela Mazzucato campe une Madama Bartolina de caractère et Caterina Di Tonno est la plus stylée de la distribution, tandis que d’autres chanteurs sont plus inégaux. La critique y voit une exécution qui devait être fort amusante au théâtre, même si l’orchestre paraît parfois mince et si l’on regrette que les applaudissements recouvrent la musique.

Postérité :

La version de Salieri, créée à Vienne quelques mois avant celle de Paisiello, resta au répertoire une trentaine d’années et a été enregistrée par Christophe Rousset (Naïve, 2007). Celle de Paisiello, écrite à la hâte pour les Fiorentini, est restée dans l’ombre du Barbiere. Son livret, avec ses couples permutés, annonce un thème que reprendra Così fan tutte en 1790. L’enregistrement de 2017 est la première trace discographique de la version napolitaine.

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