Note personnelle : ,

Paisiello, Giovanni — Fedra (1788)

Format :

  • Dramma per musica (opera seria) en 2 actes.
  • Musique : Giovanni Paisiello.
  • Livret : de l’abbé Luigi Barnabò Salvoni (Parme, 1723 – 1784), adapté du drame Ippolito ed Aricia de Carlo Innocenzo Frugoni, que Tommaso Traetta avait mis en musique trente et un ans plus tôt (1759) ; Frugoni s’inspirait lui-même du livret de Simon-Joseph Pellegrin pour l’Hippolyte et Aricie de Rameau (1733). Salvoni cite dans sa préface Euripide, Racine et Ovide, et réduit à deux actes les cinq actes du modèle français, dont il supprime les divertissements dansés.
  • Langue : Italien.

Création :

1788, au Real Teatro di San Carlo de Naples.
Paisiello a quarante-huit ans et occupe à Naples la charge de maître de chapelle de la cour de Ferdinand IV. Rentré de Saint-Pétersbourg (où il avait servi Catherine II et composé Il barbiere di Siviglia, 1782), il est alors l’un des compositeurs les plus fêtés d’Europe, auteur de quelque quatre-vingt-seize opéras. Fedra est une grande commande napolitaine d’opera seria : la partition y concilie la clarté mélodique de l’école napolitaine et un soin orchestral novateur, avec de longues introductions instrumentales, un dialogue constant entre cordes et vents et une scène infernale d’une grande force dramatique. L’ouvrage fut repris à Vienne en 1791 dans une version remaniée.

Livret :

Le mythe de Phèdre, épouse de Thésée éprise de son beau-fils Hippolyte, traverse Euripide, Sénèque, Ovide, Racine et Rameau. Le livret de Salvoni, par la voie de Frugoni et de Pellegrin, s’en éloigne notablement : il met moins l’accent sur la tragédie intérieure de Racine que sur la machinerie du merveilleux mythologique — descente aux Enfers, Furies, dieux de l’Olympe, monstre marin — et sur l’amour d’Ippolito (Hippolyte) et d’Aricia (Aricie), dont l’union réconcilie le dénouement. Dans la tradition italienne, le rôle d’Ippolito était conçu pour un castrat.

Intrigue :

  • Acte I : Teseo (Thésée) est descendu aux Enfers avec son ami Piritoo pour enlever Proserpine ; en son absence, la reine Fedra, qui le croit perdu, se consume d’une passion coupable pour son beau-fils Ippolito. Celui-ci aime Aricia, princesse prisonnière de la maison ennemie des Pallantides, et repousse Fedra. Jalouse, la reine veut sacrifier Aricia à Diane. L’acte s’achève sur la rencontre de Teseo et de Plutone, dans la scène infernale en mineur, au rythme pointé qui évoque l’ouverture à la française.
  • Acte II : Teseo revient des Enfers. Fedra, craignant d’être démasquée, accuse Ippolito d’avoir voulu la séduire ; Teseo le bannit et appelle sur lui la vengeance divine : un monstre marin surgit des flots. Diane sauve Ippolito et le ramène à Athènes. Rongée de remords, Fedra avoue son mensonge et son crime et est engloutie par les Enfers ; Teseo reconnaît son erreur, et Ippolito et Aricia, enfin réunis, peuvent s’épouser.

Enregistrement(s)

Paisiello, Fedra — Questa (1958)

Angelo Questa — 1958

Format : CD (2 disques), prise de son mono
Label : Andromeda (réédition de 2012, remasterisée) ; précédemment Nuova Era et Opera Depot
Référence : ANDRCD 5124 (Andromeda) ; Nuova Era 22712 ; Opera Depot OD 12239-2
Année d’enregistrement : 1958, Milan
Distribution :

  • Fedra : Lucille Udovich, soprano
  • Ippolito : Agostino Lazzari, ténor
  • Teseo : Renato Cesari, baryton
  • Aricia : Angelica Tuccari, soprano
  • Diana : Ortensia Beggiato
  • Tisifone : Renata Mattioli
  • Mercurio et Learco : Tommaso Frascati
  • Plutone : Thomas O’Leary

Direction : Angelo Questa
Orchestre : Orchestra Sinfonica e Coro di Milano della RAI
Langue : Italien

Particularité :

Réalisé pour la radio, cet enregistrement fut longtemps la seule trace sonore de l’ouvrage, dont il constitue l’unique version radiophonique du XXe siècle. Il repose sur une partition incomplète, qui s’écarte à bien des égards de l’original napolitain, et Questa y mène l’ensemble avec vivacité. La critique de l’époque de sa publication en CD (1989) en soulignait les limites — récitatifs trop lents selon les critères actuels, chœur faible dans les scènes infernales, orchestre parfois routinier, certains rôles secondaires approximatifs — mais lui reconnaissait un son dépourvu de distorsion et un bon équilibre voix-orchestre. Lucille Udovich, qui prête à Fedra « poids vocal » et raffinement classique, en est la figure centrale. C’est avant tout un document historique, utile aux amateurs de Paisiello.

Paisiello, Fedra — Correas (2016)

Jérôme Correas — 2016

Format : CD (2 disques)
Label : Dynamic
Référence : CDS 7750 (parution le 11 novembre 2016)
Année d’enregistrement : janvier 2016, enregistrement public au Teatro Massimo Bellini de Catane (représentations d’ouverture de la saison 2016, première représentation le 17 janvier)
Distribution :

  • Fedra : Raffaella Milanesi, soprano
  • Teseo : Artavazd Sargsyan, ténor
  • Aricia : Anna Maria Dell’Oste, soprano
  • Ippolito : Caterina Poggini, soprano
  • Learco : Piera Bivona, soprano
  • Diana : Esther Andaloro, soprano
  • Tisifone : Sonia Fortunato, mezzo-soprano
  • Mercurio : Salvatore D’Agata, ténor
  • Plutone : Giuseppe Lo Turco, basse

Direction : Jérôme Correas (clavecin : Leonardo Catalanotto)
Orchestre : Orchestre et Chœur du Teatro Massimo Bellini de Catane (chef de chœur : Ross Craigmile)
Langue : Italien

Particularité :

Première mondiale moderne de l’ouvrage, publiée pour le bicentenaire de la mort de Paisiello (1816). L’édition s’appuie sur le manuscrit autographe conservé à la bibliothèque du Conservatoire de Naples et ne tient pas compte des modifications de la version viennoise de 1791. Correas, spécialiste du répertoire baroque et classique, adopte des tempos judicieux et obtient de l’orchestre et du chœur un jeu dramatique, un peu en retrait des grandes maisons. Raffaella Milanesi et Anna Maria Dell’Oste défendent leurs airs avec conviction ; Artavazd Sargsyan est excellent dans la longue scène du second acte ; Caterina Poggini (Ippolito) livre, selon certains critiques, le plus beau chant du coffret.

Postérité :

Au XVIIIe siècle, la Fedra de Paisiello s’inscrit dans la lignée napolitaine qui reprend le sujet à travers Traetta (1759), mais elle n’a pas connu la fortune de l’Hippolyte et Aricie de Rameau ni celle de la tragédie de Racine. Au XXe siècle, l’ouvrage n’a été donné qu’une seule fois, pour une diffusion radiophonique (1958) — jamais sur scène — avant la reprise de Catane en 2016 en version quasi intégrale. Elle trouve aujourd’hui sa place dans la redécouverte de l’opera seria tardif de Paisiello, dont la science orchestrale et la souplesse formelle annoncent déjà Mozart et Cherubini.

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