Format :
- Festa teatrale (« composition dramatique » allégorique) d’un seul tenant, pour quatre personnages (durée : environ 64 minutes).
- Musique : Giovanni Paisiello.
- Livret : Francesco Saverio Massari (Foggia, 1750 – 1807), remanié par Paisiello ; édition critique de la partition par Federico Guglielmo.
- Langue : Italien.
Création :
25 juin 1797, à Foggia, dans la salle des fêtes du Palazzo Dogana (Palais de la Douane), pour les noces du prince héritier Francesco de Bourbon avec l’archiduchesse Marie-Clémentine d’Autriche.
Paisiello, âgé de cinquante-sept ans et originaire des Pouilles (il est né à Tarente), est alors le compositeur de la cour des Bourbons de Naples. La partition fut probablement écrite entre avril et juin 1797 et dirigée par le compositeur lui-même devant la famille royale et un cercle restreint de la cour. Ferdinand IV et Marie-Caroline séjournèrent à Foggia du 14 avril au 26 juin 1797 avec toute la cour, en pleine tourmente révolutionnaire (la paix de Campoformio n’était pas encore signée) ; le royaume de Naples, contraint à la paix par Bonaparte, redoutait de nouvelles hostilités avec l’Autriche. Faute de théâtre convenable (le seul théâtre de Foggia était petit et délabré), la représentation eut lieu au Palazzo Dogana, où l’on aménagea à la hâte un espace scénique ; l’orchestre était celui de la chapelle du palais, renforcé par des instrumentistes napolitains (dont deux violons concertants pour l’aria de Cassandro) : quatre premiers violons, trois seconds violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse et des vents.
Livret :
Le livret de Massari relève du genre de la « fête théâtrale » de cour : un compliment dynastique mis en scène à travers quatre figures allégoriques. Cerere (Cérès) est la déesse de l’agriculture et des céréales — la Daunia fertile, Pale (Palès) celle des bergers et des pâturages, Vertumno (Vertumne) le dieu des fruits et des légumes, et Cassandro le prophète chargé d’annoncer l’avenir heureux de la dynastie. La Daunia (la Capitanate, région de Foggia) est ainsi symbolisée comme un pays fécond appelé à accueillir les souverains et à célébrer, par la voix des dieux, le mariage princier. L’ouverture tempétueuse du livret évoque, selon Antonio Vitulli, l’angoisse d’un royaume menacé par les armées napoléoniennes. L’œuvre est d’autant plus émouvante qu’elle célèbre, un an et demi avant la chute de la monarchie napolitaine (1799), l’une des dernières fêtes de l’Ancien Régime.
Intrigue :
- Acte unique : Au lever du rideau, un orage terrible éclate : tonnerre, éclairs et foule paniquée dont les cris se mêlent au bruit des instruments de guerre — image des troupes napoléoniennes en Italie. Cerere et Pale, déesses de la Daunia, expriment leur effroi et veulent s’enfuir ; Vertumne les invite à quitter ces lieux et à chercher refuge ailleurs ; Pale objecte qu’elle doit rester fidèle à un pays qu’elle a contribué à rendre fertile. Elle propose de consulter l’oracle d’Apollon. C’est alors que paraît Cassandro, qui annonce que la scène va se transformer : un arc-en-ciel apparaît, le ciel s’éclaircit. Entouré d’un chœur de génies, il chante un hymne aux époux et annonce que « notre invaincu et auguste Jupiter » (Ferdinand IV), à nul autre pareil, fera bientôt resplendir sur la Daunia la sirène native (Naples), et que le tronc impérial né sur les rives de l’Arno (Léopold II, ancien grand-duc de Toscane), puis déraciné pour grandir sur l’Istre (le Danube), a conduit la fiancée jusqu’ici. Dans la joie générale, un quatuor puis un chœur final à plusieurs voix annoncent le « millénaire heureux » qui attend le royaume de Naples.
Enregistrement(s)

Federico Guglielmo — 2000
Format : CD (1 disque, 63’34)
Label : Dynamic
Référence : CDS 516
Année d’enregistrement : enregistrement public (« digital live recording ») à Foggia ; première mondiale discographique, sur instruments d’époque
Distribution :
- Cerere : Donatella Lombardi, soprano
- Pale : Marina De Liso, alto (contralto)
- Vertumno : Luca Dordolo, ténor
- Cassandro : Furio Zanasi, baryton
Direction : Federico Guglielmo
Orchestre : Collegium Musicum del Conservatorio « U. Giordano » di Foggia (sur instruments d’époque)
Langue : Italien
Particularité :
Fruit d’un long travail de recherche mené par le Conservatoire Umberto Giordano de Foggia et la municipalité : un séminaire d’études organisé en 1997 pour le bicentenaire des noces, une exposition (« Foggia Capitale »), puis l’achat d’instruments d’époque, la copie du manuscrit conservé à la bibliothèque du Conservatoire San Pietro a Majella de Naples (manuscrit non autographe de 158 pages) et la publication d’une édition critique, avant la première reprise moderne en 2002 au Teatro Giordano restauré. Le violoniste Federico Guglielmo, qui dirige ici le Collegium Musicum du conservatoire foggiano, défend l’œuvre avec des solistes spécialisés : Furio Zanasi (Cassandro, voix douce et tendre) et Marina De Liso (Pale, timbre chaud et phrasé gracieux) ressortent le plus, tandis que Donatella Lombardi et Luca Dordolo complètent un quatuor honorable. La critique y voit une musique plaisante et bien orchestrée mais peu mémorable, avec un air de Cassandro conçu comme une sinfonia concertante pour voix et violons ; le jeu des instruments d’époque est vif, quoique parfois peu poli, et la prise de son laisse les voix un peu en retrait de l’orchestre.
Postérité :
Créée pour une cérémonie de cour, La Daunia felice n’a pas été reprise avant la fin du XXe siècle. Son sort est symbolique : un an et demi après ces noces, la monarchie napolitaine s’effondrait (Révolution parthénopéenne de 1799). Redécouverte par l’initiative du Conservatoire de Foggia, elle reste une rareté dans la discographie de Paisiello, dont la plume légère et festive s’inscrit dans le répertoire des dernières fêtes de l’Ancien Régime.

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