Format :
- Dramma per musica en 2 actes.
- Musique : Giovanni Pacini.
- Livret : d’après Pietro Metastasio (Alessandro nell’Indie, 1729), dans une version remaniée et raccourcie attribuée à Giovanni Schmidt ou à Andrea Leone Tottola, deux poètes attachés aux Théâtres royaux de Naples — Pacini lui-même, dans ses Memorie artistiche, la donnait à Schmidt.
- Langue : Italien.
Création :
29 septembre 1824, au Teatro San Carlo de Naples.
À vingt-huit ans, Pacini n’est nullement un débutant : il compte déjà une trentaine d’opéras, représentés à Milan, Venise, Rome ou Turin, dont certains avaient triomphé à Naples (Adelaide e Comingio au Teatro Nuovo, Il barone di Dolsheim au Fondo puis au San Carlo). C’est pourtant sa première commande pour le grand théâtre royal napolitain, l’un des deux ou trois premiers d’Italie avec la Scala, doté d’un orchestre et d’un chœur exceptionnels. Son style, nourri des leçons de contrepoint du padre Mattei à Bologne, s’inscrit dans le sillage du bel canto rossinien, dont il reprend les cabalettes brillantes et les ensembles de grande ampleur. La création réunit Andrea Nozzari (Alessandro, le ténor favori de Rossini), Adelaide Tosi (Cleofide) et Caterina Lipparini (Poro). La première soirée fut accueillie froidement, voire par des sifflets étouffés ; la seconde, à laquelle assista le roi Ferdinand IV — séduit, à soixante-treize ans, par la jeune Tosi —, fut au contraire applaudie, et l’ouvrage connut ensuite l’une des plus belles séries de l’histoire du San Carlo : trente-huit représentations durant la saison 1824-1825, un record jusqu’en 1847. Ce succès inaugura le long compagnonnage de Pacini avec Naples.
Livret :
Pietro Metastasio écrivit Alessandro nell’Indie en 1729 ; le texte fut mis en musique par des dizaines de compositeurs au cours du XVIIIe siècle. Dans les années 1820, une dernière vague d’engouement pour le poète romain ramène ses drames sur scène (Temistocle de Pacini lui-même, Didone abbandonata ou Ezio de Mercadante). Le livret, rendu plus conforme aux goûts du temps — airs solistes élagués, récitatifs raccourcis, duos et grand finale d’acte —, conserve l’intrigue et l’architecture de Metastasio : un opéra « de clémence » où Alexandre le Grand, modèle du despote éclairé, triomphe de ses passions et de sa victoire sur le roi indien Poro (Porus) et la reine Cleofide (Cléophis). Metastasio y fait rencontrer l’idéal occidental de la justice tempérée par la clémence et la coutume hindoue du sati, la veuve montant sur le bûcher de son époux.
Intrigue :
- Acte I : Sur les bords de l’Hydaspe, dans le palais de Cleofide, reine d’une partie de l’Inde, ses fidèles implorent Vishnou contre l’envahisseur grec. Des soldats annoncent la défaite des Indiens et la disparition de Poro, dont Cleofide est secrètement l’épouse. Gandarte, général de Poro, la rassure : le roi vit, mais, jaloux, il lui reproche ses œillades à Alessandro (Alexandre). Cleofide proteste qu’elle ne feint que pour protéger Poro. Dans le camp grec, Alessandro, qui s’est épris de Cleofide, la reçoit ; elle refuse d’être sa sujette mais accepte son amitié, et les deux jouent finement l’un contre l’autre. Survient un émissaire, « Asbite », qui n’est autre que Poro déguisé : il rejette toute paix, défie Alessandro et accuse Cleofide de trahison. Le finale s’achève sur la promesse de Cleofide d’accueillir Alessandro sur ses terres.
- Acte II : Alessandro franchit l’Hydaspe avec son armée ; Gandarte attaque et se jette dans le fleuve. Poro, un moment réconcilié avec Cleofide, veut mourir avec elle plutôt que d’être capturé ; surpris par Alessandro, il est présenté par Cleofide comme un simple agent de Poro et emmené en prison. Gandarte, sauvé des eaux, se fait passer pour Poro afin de protéger la reine, et Alessandro, admiratif, lui rend Cleofide. Un cortège de jeunes filles annonce la mort supposée de Poro ; Poro réapparaît pourtant, libéré. Au temple de Bacchus, Cleofide, qui doit épouser Alessandro, proclame que l’heure est à la mort : selon la coutume indienne, elle veut s’immoler sur le bûcher funéraire de son époux. Poro, prêt à la poignarder par jalousie, se jette alors à ses pieds et se révèle. Frappé de tant de générosité, Alessandro rend à Poro sa femme et son royaume, offre des terres à Gandarte, et tous célèbrent sa clémence.
Enregistrement(s)

David Parry — 2006
Format : CD (3 disques)
Label : Opera Rara (en association avec la Peter Moores Foundation)
Référence : ORC 35
Année d’enregistrement : novembre 2006, Henry Wood Hall, Londres (à la suite d’une version de concert donnée au London Coliseum le 19 novembre 2006)
Distribution :
- Alessandro (Alexandre le Grand) : Bruce Ford, ténor
- Poro, roi d’une partie de l’Inde, amoureux de Cleofide : Jennifer Larmore, mezzo-soprano
- Cleofide, reine d’une autre partie de l’Inde : Laura Claycomb, soprano
- Timagene, confident d’Alessandro : Dean Robinson, basse
- Gandarte, général de Poro : Mark Wilde, ténor
Direction : David Parry
Orchestre : London Philharmonic Orchestra (premier violon : Pieter Schoeman ; violoncelle obligé : Susie Beer) ; Geoffrey Mitchell Choir
Langue : Italien
Particularité :
Enregistrement intégral publié par Opera Rara à la suite de la reprise londonienne de 2006. Le livret du coffret comporte un essai de Jeremy Commons, le récit de la création tiré des Memorie artistiche de Pacini (en italien et en anglais), l’historique des représentations, l’argument en quatre langues et le livret traduit. Parry et le London Philharmonic mettent en valeur l’orchestration de Pacini, avec ses harpes, sa banda de scène et le sistre du chœur du temple, ainsi que la place considérable du chœur (sept grands numéros choraux). La distribution réunit des familiers du bel canto romantique : Bruce Ford prête à Alessandro, rôle conçu pour Nozzari, une caractérisation convaincante malgré un timbre parfois sec ; Jennifer Larmore campe Poro ; Laura Claycomb, souple et égale dans une écriture vertigineuse, incarne Cleofide, le rôle d’Adelaide Tosi ; le Gandarte de Mark Wilde est souvent cité comme l’un des sommets de l’enregistrement. La prise de son, en dynamique comme en clarté, est de premier ordre.
Postérité :
Triomphe napolitain en 1824-1825 (trente-huit soirées), Alessandro nell’Indie disparut pourtant des affiches pendant près de trois ans, avant de reparaître à Lisbonne (juin 1827) et à Palerme ; Pacini remania alors la partition pour la voix plus légère du ténor Giovanni David, qui la chanta à la Scala (26 décembre 1827). Suivirent La Fenice (1828), Barcelone (1831) et un retour au San Carlo en 1834. Comme la plupart des opéras de Pacini, l’ouvrage fut ensuite éclipsé par ceux de Bellini et de Donizetti, que Pacini avait pourtant précédés dans bien des directions. Le critique de la Rivista teatrale e Giornale di mode se montra dès 1824 fort sévère, tout en saluant le retour à un modèle métastasien. La version de concert du Coliseum de Londres (novembre 2006) et l’enregistrement d’Opera Rara qui s’ensuivit ont remis en lumière une œuvre marquante du répertoire napolitain de Pacini.

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