Note personnelle : ,

Pacini, Giovanni — L’Ultimo Giorno di Pompei (1825)

Format :

  • Melodramma tragico en deux actes.
  • Musique : Giovanni Pacini (1796-1867).
  • Livret : Andrea Leone Tottola, d’après un argument imaginé par le scénographe Antonio Niccolini.
  • Langue : italien.

Création :

19 novembre 1825, Teatro San Carlo, Naples.
Commandé pour la fête de la reine María Isabella des Deux-Siciles, l’ouvrage obtient un triomphe immédiat. Pacini, alors âgé de vingt-neuf ans, y voyait « le plus grand triomphe de [sa] première époque artistique » ; le succès lui vaut un contrat de neuf ans comme directeur des théâtres de Naples, aux mêmes conditions que son illustre prédécesseur Rossini, parti pour Paris. Création confiée à une distribution de prestige : Luigi Lablache (Sallustio), Adelaide Tosi (Ottavia), Giovanni David (Appio Diomede), Giuseppe Ciccimarra (Pubblio).

Livret :

Le livret est de Andrea Leone Tottola, mais l’idée du sujet — une Pompéi reconstituée avec quelques prétentions d’érudition archéologique, sur laquelle l’éruption du Vésuve pèse de scène en scène — revient à Antonio Niccolini, architecte et scénographe des Théâtres royaux et président de l’Académie des Beaux-Arts. L’intrigue reprend la structure classique de l’épouse fidèle calomniée par un soupirant éconduit, mais c’est le cadre spectaculaire qui domine : l’ouvrage précède de presque dix ans le roman de Bulwer-Lytton et n’a pas la même intrigue.

Intrigue :

  • Acte I : Sallustio est élu premier magistrat de Pompéi ; son fils Menenio, le tribun Appio Diomede et Pubblio, gardien des thermes, viennent le féliciter. Sallustio parti pour le Forum, Ottavia, restée seule, repousse les avances d’Appio, qui jure de se venger. Il convainc Clodio, fils de Pubblio, de se glisser dans le cortège déguisé en femme, parmi les suivantes d’Ottavia, pour passer pour son amant caché. Au Forum, en pleine fête, Pubblio, complice d’Appio, dévoile la supercherie : accusée d’adultère, Ottavia est en grand danger.
  • Acte II : Le peuple presse Sallustio de trancher. Ottavia convainc son mari de son innocence en dénonçant la fourberie d’Appio, mais le Vésuve gronde et la foule exige la condamnation de l’épouse pour apaiser les dieux. Désespéré, Sallustio, en sa qualité de magistrat, la condamne à être enterrée vivante. Appio comprend que son plan lui fait perdre la femme qu’il aime. Dans les souterrains où elle doit être ensevelie, Ottavia prend congé des siens. Le volcan tonne de plus en plus : pris de panique, Pubblio avoue la trahison et révèle le plan d’Appio ; les deux complices sont ensevelis vivants au moment même où le Vésuve entre en éruption. Le rideau tombe sur la fuite de Menenio emmenant ses parents sur un char.

Enregistrement :

Giuliano Carella — 1996

Format : 2 CD, enregistrement live (DDD).
Label : Dynamic.
Référence : CDS 178/1-2 (1997).
Année d’enregistrement : été 1996, Festival della Valle d’Itria, Martina Franca (première reprise moderne de l’œuvre, d’après la révision d’Emanuele Pasqualin).
Distribution :

  • Appio Diomede (tribun) : Raúl Giménez, ténor
  • Ottavia (épouse de Sallustio) : Iano Tamar, soprano
  • Sallustio (magistrat) : Nicolas Rivenq, basse
  • Pubblio (gardien des thermes) : Gregory Bonfatti, ténor
  • Menenio (fils d’Ottavia et de Sallustio) : Sonia Lee, mezzo-soprano (rôle travesti)
  • Il Gran Sacerdote (temple de Jupiter) : Riccardo Novaro, basse
  • Clodio (fils de Pubblio) : Svetlana Sidorova, mezzo-soprano (rôle travesti)
  • Fausto (affranchi de Sallustio) : Emil Alekperov, ténor

Direction : Giuliano Carella.
Orchestre : Orchestra del Teatro Massimo Bellini di Catania ; Coro da Camera di Bratislava (chef de chœur : Pavel Procházka).
Langue : italien.

Particularité :

Unique enregistrement intégral de référence de l’ouvrage, capté en direct lors de la résurrection de la partition à Martina Franca (reprise ensuite à Catane, ville natale du compositeur, en septembre 1996). Le rôle d’Appio Diomede, écrit pour Giovanni David, est l’un des plus exigeants du répertoire belcantiste — présent du début à la fin, avec un arioso d’entrée plein de trilles, des aigus jusqu’au contre-ré, et un air du second acte très long, culminant sur un mi bémol — et Raúl Giménez, ténor rossinien aguerri, en est le pilier. Iano Tamar incarne Ottavia, la grande héroïne dramatique d’agilité et de force conçue pour Adelaide Tosi, aux côtés de Nicolas Rivenq en Sallustio. Les trois pages que Pacini jugeait les plus abouties — la « preghiera » du second acte, le duo conjugal « Squarciami il core, o barbaro ! » et la scène de l’éruption — constituent les sommets de l’écoute.

Postérité :

Après sa création, l’ouvrage entame une carrière européenne triomphale : quatre saisons au San Carlo, puis la Scala de Milan (1827, où il est donné 43 soirs, un record pour l’époque), Vienne (1827), Lisbonne (1828), le Théâtre-Italien de Paris (1830), Madrid (1839) et La Fenice de Venise (1832). L’éruption, spectacle coûteux avec explosions réelles, aurait effrayé les spectateurs du parterre, et inspira à Karl Brioullov son célèbre tableau Le Dernier Jour de Pompéi (1833), lui-même source du roman de Bulwer-Lytton. Le coût de la production et la raréfaction des voix capables d’affronter de tels rôles font cependant disparaître la partition des affiches dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il faut attendre 1996 pour que l’œuvre, étudiée d’après le manuscrit par Emanuele Pasqualin, revoie le jour à Martina Franca. La critique y voit aujourd’hui bien plus qu’un produit rossinien de bonne facture : un témoin de la crise du système rossinien dans les années 1820 et, dans la « preghiera » et les grands duos, une anticipation de l’expressivité de Bellini, Donizetti et du jeune Verdi.

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