Note personnelle : , ,

Monteverdi, Claudio — Il ritorno d’Ulisse in patria (1640)

Format :

  • Dramma in musica avec prologue et trois actes (le livret imprimé est en cinq actes ; certaines éditions modernes, comme celle de René Jacobs, adoptent cette division).
  • Musique : Claudio Monteverdi (1567-1643).
  • Livret : Giacomo Badoaro, d’après l’Odyssée d’Homère (chants XIII à XXIII).
  • Langue : italien.

Création :

Carnaval 1639-1640, Teatro Santi Giovanni e Paolo, Venise.
Monteverdi, âgé de plus de soixante-dix ans et maître de chapelle de Saint-Marc, s’est longtemps tenu à l’écart de l’opéra public vénitien, né en 1637. Il compose pour ce nouveau milieu trois ouvrages en cinq ans : Il ritorno d’Ulisse in patria, Le nozze d’Enea con Lavinia (musique perdue) et L’incoronazione di Poppea. L’orchestre est réduit à quelques cordes et au continuo, ce qui reflète les contraintes d’économie des marchands qui financent les théâtres. L’œuvre est jouée au moins dix fois durant la saison 1639-1640, puis reprise à Bologne (Teatro Castrovillani) et de nouveau à Venise pour le carnaval 1640-1641, ce qui témoigne de son succès. Parmi les interprètes documentés : Giulia Paolelli (Penelope), Maddalena Manelli (Minerve) et Francesco Manelli (Neptune).

Livret :

Giacomo Badoaro (1602-1654), poète vénitien et membre de l’Accademia degli Incogniti, écrit là son premier livret, destiné à attirer Monteverdi vers l’opéra vénitien. Il suit le récit d’Homère du retour d’Ulysse à Ithaque, mais modifie ou développe plusieurs caractères ; il a peut-être aussi subi l’influence de la comédie Penelope de Giambattista della Porta (1591). Un prologue allégorique (la Fragilité humaine, le Temps, la Fortune et l’Amour) précède l’action. Monteverdi a profondément remanié le texte de Badoaro, au point que ce dernier disait ne plus le reconnaître.

Intrigue :

  • Prologue : La Fragilité humaine, le Temps, la Fortune et l’Amour se disputent : les dieux affirment que les mortels sont soumis à leurs caprices.
  • Acte I : Pénélope pleure l’absence prolongée d’Ulysse, tandis que sa suivante Mélanto aime Eurimaque, serviteur des prétendants. Les Phéaciens déposent Ulysse endormi sur le rivage d’Ithaque, puis sont pétrifiés par Jupiter et Neptune. Minerve, déguisée en jeune berger, lui révèle où il se trouve et lui parle de la constance de Pénélope ; elle lui ordonne de se déguiser pour pénétrer au palais. Dans un bois, le fidèle porcher Eumée, moqué par le parasite Iros, accueille Ulysse déguisé en mendiant.
  • Acte II : Minerve amène Télémaque ; Ulysse se fait reconnaître de son fils. Pénélope repousse les trois prétendants (Antinoüs, Pisandre et Amphinomos), qui complotent contre Télémaque. Ulysse, toujours déguisé, bat Iros, puis réussit, seul de tous, à bander le grand arc et massacre les prétendants.
  • Acte III : Iros se suicide. Eumée et Télémaque annoncent à Pénélope que le vengeur est Ulysse, mais elle refuse de les croire. Junon obtient de Jupiter et de Neptune le retour d’Ulysse sur son trône. Euryclée reconnaît Ulysse à sa cicatrice mais se tait ; Pénélope ne cède que lorsqu’il décrit les draps de leur lit, secret que seul l’époux peut connaître. Le duo final célèbre leurs retrouvailles.

Enregistrements :

Nikolaus Harnoncourt — 1971

Format : 3 CD (enregistrement de studio)
Label : Telefunken (Teldec), réédité par Warner Classics (Das Alte Werk)
Référence : LP Telefunken SKB 23 T ; CD Teldec 2564 69614-2
Année d’enregistrement : 1971.
Distribution :

  • Ulisse : Sven-Olof Eliasson, ténor
  • Penelope : Norma Lerer, mezzo-soprano
  • Telemaco : Kai Hansen, ténor
  • Minerva : Rotraud Hansmann, soprano
  • Eumete : Max van Egmond, ténor
  • Iro : Murray Dickie, ténor
  • Giove : Ladislav Anderko, ténor
  • Nettuno : Nikolaus Simkowsky, basse
  • Giunone et Melanto : Margaret Baker-Genovesi, soprano
  • Ericlea : Anne-Marie Mühle, mezzo-soprano
  • Autres solistes (rôles non précisés) : Paul Esswood, Kurt Equiluz, Nigel Rogers

Direction : Nikolaus Harnoncourt
Orchestre : Concentus Musicus Wien ; Junge Kantorei
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement complet de l’œuvre (après la version très coupée de 1964), réalisée sur l’édition préparée par Harnoncourt pour la production de Vienne de 1971. C’est le point de départ de la redécouverte moderne de l’œuvre sur instruments anciens, à l’opposé de l’orchestration de Leppard, avec le Concentus Musicus Wien. Un critique salue notamment la Penelope de Norma Lerer, d’une tristesse et d’une nostalgie touchantes. Harnoncourt reviendra à l’œuvre à deux reprises, notamment pour la production de Zurich de 2002 (avec Vesselina Kasarova et Dietrich Henschel), dans une version bien plus orchestrée.

Raymond Leppard — 1979

Format : CD (version abrégée)
Label : CBS Masterworks, réédité par Sony Classical (Sony Classical Opera)
Référence : LP CBS Masterworks 79332 (1980) ; CD Sony Classical 88985345922 (2016)
Année d’enregistrement : juin 1979, Henry Wood Hall, Londres.
Distribution :

  • Ulisse : Richard Stilwell, baryton
  • Penelope : Frederica von Stade, mezzo-soprano
  • Telemaco : Patrick Power, ténor
  • Minerva : Ann Murray, mezzo-soprano
  • Eumete : Richard Lewis, ténor
  • Iro : Alexander Oliver, ténor

Direction : Raymond Leppard
Orchestre : London Philharmonic Orchestra ; Glyndebourne Chorus
Langue : italien

Particularité :

Version abrégée inspirée de la production de Glyndebourne de 1972, qui avait relancé la popularité de l’œuvre. Leppard orchestre de façon très fournie des passages que le manuscrit laisse presque nus, ce qui lui a valu les critiques des tenants de l’interprétation historiquement informée (Denis Arnold lui reprochait d’avoir obscurci l’alternance entre récitatif, arioso et air). C’est néanmoins un témoignage important d’une époque ; le plateau est conduit par Frederica von Stade (Penelope) et Richard Stilwell (Ulisse).

René Jacobs — 1992

Format : 3 CD
Label : Harmonia Mundi
Référence : HMC 901427/29 (réédition Monteverdi Opera Edition HML 5901427)
Année d’enregistrement : 1992 (version créée à l’Opéra de Montpellier).
Distribution :

  • Ulisse : Christoph Prégardien, ténor
  • Penelope : Bernarda Fink, mezzo-soprano
  • Telemaco : Christina Högman, soprano
  • Minerva : Lorraine Hunt Lieberson, mezzo-soprano
  • Eumete : Martyn Hill, ténor
  • Iro : Guy de Mey, ténor
  • Antinoo : David Thomas, basse
  • Pisandro et L’Humana Fragilità : Dominique Visse, contre-ténor
  • Nettuno et Il Tempo : Michael Schopper, basse
  • Autre soliste : Mark Tucker, ténor

Direction : René Jacobs
Orchestre : Concerto Vocale
Langue : italien

Particularité :

Jacobs propose une « réalisation musicale » en cinq actes, créée pour la production de l’Opéra de Montpellier en 1992 : il complète le manuscrit viennois, très sobre, par des textures instrumentales supplémentaires et emprunte de la musique à Rossi et à Caccini pour les chœurs manquants. La critique y voit une « étape majeure dans l’histoire de l’interprétation de l’œuvre », « vive et stylistiquement fluide ». On y loue la Penelope de Bernarda Fink (lamento d’ouverture d’une grande puissance et d’une grande subtilité), l’Ulisse de Christoph Prégardien et l’Iro de Guy de Mey, véritable étude de réalisme comique.

William Christie — 2003

Format : DVD (174 minutes, avec un entretien de 11 minutes avec William Christie)
Label : Virgin Classics
Référence : 7243 4 90612 9 3
Année d’enregistrement : juillet 2002, Théâtre du Jeu de Paume, Aix-en-Provence (production du Festival d’Aix-en-Provence 2000 ; DVD paru en 2003).
Distribution :

  • Ulisse : Krešimir Špicer, ténor
  • Penelope : Marijana Mijanović, mezzo-soprano
  • Telemaco : Cyril Auvity, ténor
  • Eumete : Joseph Cornwell, ténor
  • Antinoo : Bertrand Bontoux, basse
  • Anfinomo : Andreas Gisler, contre-ténor
  • Pisandro : Christophe Laporte, ténor
  • Eurimaco : Zachary Stains, ténor
  • Melanto et Fortuna : Katalin Károlyi, soprano
  • Iro : Robert Burt, ténor
  • Ericlea : Geneviève Kaemmerlen, mezzo-soprano
  • L’Umana Fragilità : Rachid Ben Abdeslam, contre-ténor
  • Minerva et Amore : Olga Pitarch, soprano
  • Nettuno et Il Tempo : Paul-Henry Vila, basse
  • Giove : Eric Raffard, ténor
  • Giunone : Rebecca Ockenden, soprano

Direction : William Christie (mise en scène : Adrian Noble ; réalisation vidéo : Humphrey Burton)
Orchestre : Les Arts Florissants ; solistes de l’Académie européenne de musique d’Aix-en-Provence
Langue : italien

Particularité :

Captation vidéo d’une production de l’Académie européenne de musique du Festival d’Aix, jouée par de jeunes solistes et des chanteurs des Arts Florissants. La mise en scène est d’Adrian Noble (décors et costumes d’Anthony Ward, lumières de Jean Kalman, chorégraphie de Sue Lefton). Krešimir Špicer, ici Ulisse, chantera Eumete dans la version Haïm de 2017. C’est la première des deux captations de William Christie.

William Christie — 2010

Format : DVD (captation de spectacle)
Label : Dynamic
Référence : 33641
Année d’enregistrement : 2009, Teatro Real, Madrid (production de Pier Luigi Pizzi ; DVD paru en 2010).
Distribution :

  • Ulisse : Kobie van Rensburg, ténor
  • Penelope : Christine Rice, mezzo-soprano
  • Telemaco : Cyril Auvity, ténor
  • Minerva : Claire Debono, soprano
  • Autres solistes (rôles non précisés) : Joseph Cornwell, Umberto Chiummo, Juan Sancho, Xavier Sabata, Ed Lyon, Hanna Bayodi-Hirt, Robert Burt, Marina Rodriguez-Cusi, Terry Way, Luigi De Donato, Sonya Yoncheva

Direction : William Christie (mise en scène : Pier Luigi Pizzi)
Orchestre : Les Arts Florissants
Langue : italien

Particularité :

Seconde captation de William Christie, cette fois au Teatro Real de Madrid dans la mise en scène élégante de Pier Luigi Pizzi, qui y a aussi signé L’Orfeo et L’incoronazione di Poppea. Un critique y voit la meilleure version vidéo disponible : la Penelope de Christine Rice, à la voix sombre qui laisse deviner une fureur contenue, l’Ulisse de Kobie van Rensburg, attentif aux nuances du texte, et la Minerve de Claire Debono sont particulièrement salués. Le spectacle présente l’intégralité de la musique conservée.

Emmanuelle Haïm — 2017

Format : 2 DVD (197 minutes, captation de spectacle)
Label : Erato (Warner Classics)
Référence : EAN 0190295738129
Année d’enregistrement : mars 2017, Théâtre des Champs-Élysées, Paris (coproduction avec le Staatstheater Nürnberg et l’Opéra de Dijon).
Distribution :

  • Ulisse : Rolando Villazón, ténor
  • Penelope : Magdalena Kožená, mezzo-soprano
  • Giunone : Katherine Watson, soprano
  • Eumete : Krešimir Špicer, ténor
  • Amore et Minerva : Anne-Catherine Gillet, soprano
  • La Fortuna et Melanto : Isabelle Druet, soprano
  • L’Umana Fragilità et Pisandro : Maarten Engeltjes, contre-ténor
  • Il Tempo et Antinoo : Callum Thorpe, basse
  • Giove et Anfinomo : Lothar Odinius, ténor
  • Nettuno : Jean Teitgen, basse
  • Telemaco : Mathias Vidal, ténor
  • Eurimaco : Emiliano Gonzalez Toro, ténor
  • Iro : Jörg Schneider, ténor
  • Ericlea : Élodie Méchain, mezzo-soprano

Direction : Emmanuelle Haïm (mise en scène : Mariame Clément ; réalisation télévisuelle : François-René Martin)
Orchestre : Le Concert d’Astrée
Langue : italien

Particularité :

Captation d’une production parisienne en prologue et trois actes, formée autour du couple Rolando Villazón et Magdalena Kožená. Le tenór mexicain, surtout connu dans le répertoire romantique, aborde ici le rôle d’Ulisse (il y apparaît avec l’autorisation de Deutsche Grammophon). Le plateau réunit en outre plusieurs spécialistes du répertoire baroque, dont Krešimir Špicer (déjà Ulisse chez Christie en 2003) et Emiliano Gonzalez Toro, qui enregistrera lui-même l’œuvre en 2023.

Stéphane Fuget — 2022

Format : 3 CD (182’24)
Label : Château de Versailles Spectacles (collection « Opéra italien » n°3)
Référence : CVS069
Année d’enregistrement : décembre 2021 (parution en juin 2022).
Distribution : douze chanteurs pour vingt rôles :

  • Ulisse : Valerio Contaldo, ténor
  • Penelope : Lucile Richardot, mezzo-soprano
  • Il Tempo, Nettuno et Antinoo : Alex Rosen, basse
  • L’Umana Fragilità et Pisandro : Filippo Mineccia, contre-ténor
  • Autres solistes (rôles non précisés) : Cyril Auvity, Juan Sancho, Pierre-Antoine Chaumien, Jörg Schneider, Fabien Hyon, Ambroisine Bré, Marie Perbost

Direction : Stéphane Fuget
Orchestre : Les Épopées
Langue : italien

Particularité :

Version ambitieuse qui cherche « à restituer à la musique et au chant de Monteverdi tous leurs ornements et toutes leurs couleurs » par une instrumentation fournie et colorée. Rémy Franck (Pizzicato) la range parmi les meilleures versions disponibles et loue un recitar cantando expressif ; The Times note que la distribution, dont la Penelope de Lucile Richardot, « réussit ses rôles avec un panache enthousiasmant ».

Emiliano Gonzalez Toro — 2023

Format : livre-disque (2 h 57 de musique ; 165 pages d’essais, livret et traduction)
Label : Gemelli Factory
Référence : GEFA006
Année d’enregistrement : 2021-2023 (parution le 22 septembre 2023).
Distribution : dix-neuf solistes, dont :

  • Ulisse : Emiliano Gonzalez Toro, ténor
  • Penelope : Rihab Chaieb, mezzo-soprano
  • Minerva : Emőke Baráth, soprano
  • Eumete : Philippe Talbot, ténor
  • Antinoo : Nicholas Brooymans, basse
  • Nettuno : Jérôme Varnier, basse
  • Autres solistes (rôles non précisés) : Philippe Jaroussky (prologue), Natalie Pérez

Direction : Emiliano Gonzalez Toro et Mathilde Étienne
Orchestre : I Gemelli
Langue : italien

Particularité :

Enregistrement le plus récent de la liste, porté par l’ensemble I Gemelli que dirige le tenór Emiliano Gonzalez Toro, qui chante aussi le rôle-titre (il avait auparavant tenu Eurimaco dans la production Haïm). Un ensemble instrumental assez fourni pour Monteverdi, avec des instruments rares comme la trompette marine, accompagne un plateau où Philippe Jaroussky fait une brève apparition dans le prologue. Gramophone salue un Ulisse « magnifique » qui chante le récitatif comme une parole intensifiée, s’épanouissant naturellement en arioso ; un critique remarque aussi la Penelope sombre et profonde de Rihab Chaieb. Le coffret comprend des essais sur le théâtre vénitien et la commedia dell’arte.

Postérité :

Le manuscrit incomplet de l’œuvre est redécouvert à Vienne au XIXe siècle ; sa publication en 1922 provoque de vives contestations sur son authenticité, que des documents d’époque (la préface de Badoaro, une lettre de 1644, le livret Le Glorie della Musica de 1640) finissent par réfuter. La première reprise moderne a lieu à Paris en 1925 (édition de Vincent d’Indy), suivie de Florence (1942, Dallapiccola), Wuppertal (1959, Krenek) et Londres (1965). Les productions de Vienne (1971, Harnoncourt) puis de Glyndebourne (1972, Leppard) installent l’œuvre au répertoire ; Hans Werner Henze en donne une version en deux actes à Salzbourg en 1985, et William Kentridge une version pour marionnettes et films d’animation en 1998. Les enregistrements ci-dessus montrent l’évolution de l’interprétation : des versions orchestrées de Leppard aux réalisations d’instruments anciens ou aux arrangements instrumentaux riches (Jacobs, Christie, Haïm, Fuget, Gonzalez Toro).

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