Note personnelle : ,

Monsigny, Pierre-Alexandre — Le Roy et le fermier (1762)

Format :

  • Opéra-comique en trois actes.
  • Musique : Pierre-Alexandre Monsigny (1729-1817).
  • Livret : Michel-Jean Sedaine (1719-1797).
  • Langue : français (airs chantés et dialogues parlés).

Création :

22 novembre 1762, Comédie-Italienne, Paris.
Le Roi et le fermier est le premier grand succès de Monsigny. Après la fermeture des théâtres de la Foire en 1762, l’Opéra-Comique est intégré à la troupe de la Comédie-Italienne, pour laquelle Monsigny et Sedaine écrivent désormais. Le public, d’abord surpris par tant de nouveautés, fait un triomphe à l’ouvrage, représenté, selon les comédiens eux-mêmes, plus de deux cents fois en quelques années.

Livret :

Sedaine s’inspire de la pièce anglaise de Robert Dodsley, The King and the Miller of Mansfield (1737), connue en France par la traduction de Claude-Pierre Patu. Il transpose l’histoire dans le cadre d’un opéra-comique, avec une intrigue sérieuse sur le roi, son fermier et une jeune fille menacée par un seigneur trop puissant. L’« Avertissement de l’auteur » de la partition justifie ce choix, qui souligne la bonté du souverain. Le sujet, à l’anglaise, répond à la mode du moment ; il renvoie aussi, indirectement, au rôle des ministres du roi et à leurs responsabilités. Monsigny soigne la caractérisation musicale des personnages : l’orage qui relie les actes I et II est un exemple fameux de musique descriptive.

Intrigue :

  • Acte I (la forêt de Sherwood en fin d’après-midi) : Richard, fermier et responsable de la forêt royale de Sherwood, est inquiet. Ses gardes-chasse l’avertissent que le roi chasse non loin et qu’il convient de surveiller les braconniers. Richard apprend que le seigneur Lurewel a enlevé la jeune Jenny, qu’il aime, et la tient prisonnière dans son château ; Betsy, sa jeune sœur, le presse de s’en occuper et lui reproche son attitude. Jenny arrive après s’être échappée par une corde fabriquée avec les rideaux : elle raconte comment Lurewel l’a enfermée et a tenté de la séduire en lui offrant des richesses. Richard, d’abord jaloux, comprend qu’elle lui est restée fidèle, et les amoureux se retrouvent, avant d’être interrompus par les cors du roi et l’orage qui approche. Un coup de fusil retentit.
  • Acte II (la forêt de Sherwood, la nuit tombée) : Rustaut et Charlot, les deux gardes-chasse, se battent dans l’obscurité, chacun croyant avoir surpris un braconnier, puis se mettent à la recherche du coupable. Le roi, séparé de sa suite et égaré, chante la peur et le courage dans une ariette (Dans les combats). Richard le rencontre et l’interroge ; le roi se fait passer pour un des gens de sa suite et obtient l’hospitalité de Richard pour la nuit, dans sa ferme. Lord Lurewel et un courtisan, à la recherche du roi, arrivent à leur tour. Lurewel y raconte comment il a capturé Jenny. Les gardes-chasse, croyant tenir des braconniers, arrêtent Lurewel et le courtisan.
  • Acte III (dans la ferme de Richard) : La mère de Richard et Jenny filent et cousent, tandis que Betsy prépare un bouquet de fleurs. Richard rentre avec le roi, qu’il présente comme un membre de la suite royale égaré. Jenny et Betsy se réjouissent de l’aide qui leur est promise ; le roi ne dévoile pas son identité et se montre sage quand il s’agit de défendre la jeune fille. Betsy donne de l’or à Jenny pour s’acheter une dot ; la mère rappelle que les promesses des grands sont souvent vite oubliées. Le roi et Richard partagent le repas. Au moment où Lurewel, arrêté, va être confondu, le roi se lève de son fauteuil : le courtisan s’écrie « Voilà le roi ! ». Tous expriment leur surprise dans un septuor ; Lurewel reconnaît ses torts, le roi le chasse de sa présence et se tourne vers Richard, auquel il donne la dot de Jenny. Tous chantent leur joie.

Enregistrement :

Ryan Brown — 2013

Format : 1 CD
Label : Naxos
Référence : 8.660322
Année d’enregistrement : enregistrement public de la production d’Opera Lafayette (2012) ; date et lieu précis non indiqués ; parution en 2013.
Distribution :

  • Le Roi : Thomas Michael Allen, ténor
  • Richard (le fermier) : William Sharp, baryton
  • Jenny : Dominique Labelle, soprano
  • Rustaut : Thomas Dolié, baryton
  • Lurewel : Jeffrey Thompson, ténor
  • La Mère : Delores Ziegler, mezzo-soprano
  • Betsy : Yulia Van Doren, soprano
  • Charlot : David Newman, baryton
  • Le Courtisan : Tony Boutté, ténor

Direction : Ryan Brown (directeur artistique d’Opera Lafayette)
Orchestre : Opera Lafayette Orchestra (instruments d’époque)
Langue : français

Particularité :

Le disque, issu d’une série d’enregistrements Naxos consacrée par Opera Lafayette à l’opéra-comique du XVIIIe siècle, omet les dialogues parlés (le livret en traduction anglaise est disponible sur le site de l’éditeur). La production a été mise en scène par Didier Rousselet et Monica Neagoy, qui disaient eux-mêmes les dialogues pendant que les chanteurs mimaient l’action ; elle a été jouée à Washington, à New York, puis au Théâtre de la Reine à Versailles, devant les décors de la reprise de 1780 destinée à Marie-Antoinette. La critique américaine de la production a salué la solidité de la distribution, notamment Thomas Michael Allen, tout en relevant un orchestre parfois noyé dans la fosse.

Postérité :

Œuvre emblématique de l’opéra-comique naissant, Le Roi et le fermier fut repris à Vienne un an plus tard, puis en 1776 à Saint-Pétersbourg devant Catherine II. Le 1er août 1780, il fut joué au Théâtre de la Reine à Versailles par Marie-Antoinette (Jenny), le comte d’Artois (Rustaut) et d’autres membres de l’entourage royal ; les décors de cette représentation ont survécu à la Révolution. L’ouvrage a ensuite largement disparu des scènes jusqu’à la reprise d’Opera Lafayette en 2012.

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