Note personnelle : ,

Meyerbeer, Giacomo — Margherita d’Anjou (1820)

Format :

  • Melodramma semiserio (opera semiseria) en deux actes.
  • Musique : Giacomo Meyerbeer (1791-1864).
  • Livret : Felice Romani, d’après René-Charles Guilbert de Pixérécourt.
  • Langue : italien.

Création :

14 novembre 1820, Teatro alla Scala, Milan (sous la direction de Meyerbeer).
Quatrième des six opéras italiens de Meyerbeer, écrit durant les sept années passées en Italie (1817-1824). Carolina Pellegrini chantait Margherita, Rosa Mariani Isaura, Nicola Tacchinardi le duc de Lavarenne, Nicolas-Prosper Levasseur Carlo Belmonte, Nicola Bassi Michele Gamautte, Paola Monticelli Gertrude, Pietro Gentili Bellapunta et Michele Cavara Riccardo. L’ouvrage connut le succès et fut considéré comme le « premier succès international » du compositeur. Le livret original comportait quatre courtes scènes, surtout des récitatifs, aujourd’hui absentes de tous les manuscrits conservés.

Livret :

Felice Romani adapte un texte de Pixérécourt, lui-même inspiré des légendes de la guerre des Deux-Roses. L’œuvre profite de la vogue de l’histoire médiévale et Tudor de la Grande-Bretagne lancée par Walter Scott. Elle prolonge aussi un modèle italien : L’orfana d’Inghilterra, ossia Margherita d’Anjou de Joseph Weigl (livret de Luigi Romanelli).

Intrigue :

  • Acte I : Dans un campement au bord d’un fleuve, l’armée de Margherita d’Anjou, veuve d’Henri VI, boit à la santé de sa reine. Carlo Belmonte, ancien général banni et désormais au service du duc de Glocester, s’introduit dans le camp. Margherita promet de récompenser la loyauté de ses troupes dans l’attente du duc de Lavarenne. Michele arrive avec Eugenio, qui est en réalité Isaura, la femme de Lavarenne, déguisée ; elle avoue son amour pour son époux tandis que Michele raille ce sentiment, puis révèle que Lavarenne aime Margherita. Lavarenne annonce l’attaque du lendemain contre Glocester ; Isaura, toujours sous son déguisement, est confiée à Margherita comme compagnon de son fils. Dans la tente, Lavarenne, décidé à révéler son mariage secret, écrit une lettre de confession qu’Isaura devra remettre à la reine s’il meurt au combat. Des trompettes lointaines annoncent des soldats ; Lavarenne les dit envoyés par le duc de Somerset, mais Carlo sait qu’il s’agit d’hommes de Glocester. Margherita présente son jeune fils Edward à la foule. Dans une épaisse forêt, Carlo annonce aux Highlanders la défaite de la reine ; ceux-ci tendent une embuscade à Margherita, qui échappe à l’assassinat lorsque Carlo se révèle et lui renouvelle son allégeance. Il propose que les Highlanders détournent l’ennemi pendant que la reine, déguisée en paysanne, se cache dans sa chaumière.
  • Acte II : Au petit matin, Glocester, furieux que la reine lui échappe encore, ordonne d’incendier toute la forêt ; Carlo tente de le tromper. Dans un village, Margherita, déguisée, reçoit d’Isaura la lettre de Lavarenne et apprend ainsi l’amour qu’il lui porte ; l’une et l’autre comprennent qu’Isaura reste dévouée à son mari. Lavarenne comprend qu’il doit choisir entre les deux femmes et reconnaît qu’il aime toujours Isaura. Dans la chaumière, Michele, devenu cuisinier, fait ouvrir la porte à Glocester, qui cherche Margherita et son fils ; reconnue, la reine est menacée, mais Lavarenne et des soldats français surgissent. Glocester saisit alors le jeune prince et menace de le tuer, avant d’être désarmé par Michele et les Highlanders. Bellapunta félicite les officiers pour leur victoire ; Lavarenne demande pardon à Isaura, et l’opéra se termine sur la réconciliation des deux époux.

Enregistrements :

David Parry — 2003

Format : 3 CD
Label : Opera Rara (en association avec la Peter Moores Foundation)
Référence : ORC 25
Année d’enregistrement : octobre 2002, Henry Wood Hall, Londres (parution en 2003).
Distribution :

  • Margherita d’Anjou : Annick Massis, soprano
  • Duc de Lavarenne : Bruce Ford, ténor
  • Isaura (déguisée en Eugenio) : Daniela Barcellona, mezzo-soprano
  • Carlo Belmonte : Alastair Miles, basse
  • Michele Gamautte : Fabio Previati
  • Riccardo, duc de Glocester : Pauls Putniņš
  • Bellapunta : Colin Lee, ténor
  • Orner : Roland Wood, baryton

Direction : David Parry
Orchestre : London Philharmonic Orchestra (premier violon : Pieter Schoeman) ; chœur : Geoffrey Mitchell Choir
Langue : italien

Particularité :

Réalisation de studio soignée, la plus complète disponible (environ 171 minutes), qui s’appuie sur une édition préparée par Christopher Moss. Le livret du coffret signale que les quatre courtes scènes absentes de tous les manuscrits (surtout des récitatifs secs, le chœur « Voliamo, amici » et une première entrée de Glocester) sont imprimées en brun pour permettre de suivre l’enregistrement ; il propose aussi, en appendice, la version révisée de la scène et aria de Margherita. La critique y voit une exécution élégante et bien préparée.

Fabio Luisi — 2018

Format : 2 CD (également paru en DVD)
Label : Dynamic
Référence : CDS7802.02
Année d’enregistrement : enregistrement public en juillet-août 2017, Palazzo Ducale, Festival della Valle d’Itria, Martina Franca (parution en 2018).
Distribution :

  • Margherita d’Anjou : Giulia De Blasis, soprano
  • Duc de Lavarenne : Anton Rositskiy, ténor
  • Isaura : Gaia Petrone, mezzo-soprano
  • Carlo Belmonte : Laurence Meikle, basse
  • Michele Gamautte : Marco Filippo Romano, baryton
  • Riccardo : Bastian Thomas Kohl, basse
  • Orner : Dielli Hoxha, basse-baryton
  • Bellapunta : Lorenzo Izzo
  • Gertrude : Elena Tereshchenko, soprano
  • Arcangelo Carbotti : rôle non précisé

Direction : Fabio Luisi
Orchestre : Orchestra Internazionale d’Italia ; chœur du Teatro Municipale di Piacenza (chef de chœur : Corrado Casati)
Langue : italien

Particularité :

Captation d’une production scénique du Festival della Valle d’Itria : elle montre comment l’ouvrage fonctionne au théâtre, ce que ne fait pas le studio de Parry. La version, plus courte (environ 154 minutes de musique sur deux disques), comporte des coupures substantielles. La critique salue la direction idiomatique de Luisi, l’Isaura de Gaia Petrone (fioritures, diction, rondo final) et l’agilité de Rositskiy, tout en relevant un aigu un peu strident chez la Margherita, un chœur un peu rugueux et quelques accrocs vocaux.

Postérité :

Œuvre majeure du début de la carrière italienne de Meyerbeer, Margherita d’Anjou fut reprise dans toute l’Europe en italien, en français et en allemand. Une version française, très remaniée et enrichie de musique empruntée à d’autres ouvrages, fut créée à l’Odéon de Paris en 1826 ; l’opéra fut aussi donné à La Nouvelle-Orléans en 1854. Longtemps oubliée, la partition a bénéficié d’une nouvelle édition critique chez Ricordi Berlin en 2015, puis d’une reprise au Festival della Valle d’Itria en 2017. On y entend l’influence de Rossini ; l’air de soprano avec violon obligé et le rondo final confié à la mezzo (Isaura) plutôt qu’à l’héroïne en sont des traits notables.

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