Note personnelle : ,

Meyerbeer, Giacomo — L’Africaine (1865)

Format :

  • Grand opéra en 5 actes.
  • Musique : Giacomo Meyerbeer (édition d’exécution établie après sa mort par François-Joseph Fétis).
  • Livret : Eugène Scribe, son collaborateur de longue date, dont le texte fut remanié à plusieurs reprises par le compositeur ; l’action, d’abord conçue autour d’un héros espagnol, fut centrée vers 1852 sur l’explorateur portugais Vasco da Gama.
  • Langue : français.

Création :

28 avril 1865, à l’Opéra de Paris (salle Le Peletier), avec Marie Sasse (Sélika), Emilio Naudin (Vasco de Gama), Marie Battu (Inès) et Jean-Baptiste Faure (Nélusko).
Meyerbeer s’est éteint à Paris le 2 mai 1864, au terme de plus de vingt-cinq ans de gestation : le contrat avec Scribe remontait à 1837 et la partition fut sans cesse remaniée. Maître du grand opéra français depuis Robert le Diable (1831), Les Huguenots (1836) et Le Prophète (1849), il laisse là son testament lyrique, où la grandeur historique cède la place à une orchestration d’une rare couleur exotique. C’est François-Joseph Fétis qui prépara la version créée, au prix de coupures et de remaniements, jusqu’à l’édition critique de 2018 qui restitue la version originale de Meyerbeer.

Livret :

Eugène Scribe (1791-1861), librettiste attitré de Meyerbeer depuis Robert le Diable, rédige le livret entre 1837 et le début des années 1850, avant de le retravailler avec le compositeur. Le sujet, inspiré des grandes explorations portugaises et du mythe de l’amour d’une reine exotique pour un navigateur européen, mêle la découverte des Indes, l’intolérance de l’Inquisition et le déchirement d’un héros partagé entre deux amours. L’« Africaine » du titre, Sélika, est en réalité une reine indienne, ce qui explique le titre originel Vasco da Gama parfois restitué de nos jours.

Intrigue :

  • Acte I : À Lisbonne, au début du XVIe siècle, Inès, fille de l’amiral Don Diégo, pleure Vasco da Gama, parti avec l’expédition de Bartolomeu Dias et que l’on croit mort. Elle est promise à Don Pédro, président du Conseil du roi. Vasco revient et demande au Conseil de financer une nouvelle expédition vers les terres qu’il a découvertes, preuves à l’appui : deux esclaves indiens, Sélika et Nélusko, qu’il a ramenés. Le Grand Inquisiteur refuse, et Vasco, qui se révolte, est jeté en prison avec ses deux esclaves.
  • Acte II : Dans la prison de l’Inquisition, Sélika, qui aime Vasco, le protège contre Nélusko, son fidèle compagnon, qui veut le tuer. Elle lui révèle la route maritime vers l’Inde. Inès, pour sauver Vasco, accepte d’épouser Don Pédro, qui obtient sa grâce, puis s’approprie ses cartes pour partir lui-même explorer la route, emmenant Inès, Sélika et Nélusko devenus ses esclaves.
  • Acte III : En mer, sur le navire de Don Pédro avec Inès et Sélika, Nélusko, devenu pilote par la ruse, conduit le bateau droit vers une tempête et les récifs de sa patrie. Vasco, qui a suivi sur un autre navire, tente d’avertir Don Pédro ; il est arrêté, puis le vaisseau fait naufrage ; des indigènes massacrent les marins, mais épargnent Inès et Vasco.
  • Acte IV : Dans l’île de Sélika, qui en est la reine, le grand prêtre de Brahma exige la mort des étrangers. Sélika sauve Vasco en le proclamant son époux. Ébloui par la beauté de l’île, Vasco chante « Ô paradis ! » et, prisonnier d’une illusion, s’unit à Sélika, mais il entend la voix d’Inès et se souvient de son premier amour.
  • Acte V : Sélika comprend que Vasco aime Inès et renonce à lui. Elle les libère, rejoint le promontoire et meurt en respirant les fleurs vénéneuses du mancenillier, devant Nélusko qui la suit dans la mort. Au loin, Vasco s’éloigne en bateau avec Inès.

Enregistrement(s)

Meyerbeer : L'Africaine — Arena (Arthaus Musik)

Maurizio Arena — 1988

Format : DVD (2 disques, 194 minutes, son stéréo LPCM, image 4:3)
Label : Arthaus Musik
Référence : 100 216
Année d’enregistrement : septembre 1988 (en direct), War Memorial Opera House, San Francisco
Distribution :

  • Sélika : Shirley Verrett, mezzo-soprano
  • Vasco da Gama : Plácido Domingo, ténor
  • Inès : Ruth Ann Swenson, soprano
  • Nélusko : Justino Díaz, baryton
  • Don Pédro : Michael Devlin, basse
  • Don Diégo : Philip Skinner, basse
  • Le Grand Inquisiteur : Joseph Rouleau, basse
  • Don Alvar : Kevin Anderson, ténor
  • Anna : Patricia Spence, mezzo-soprano
  • Le Grand Prêtre de Brahma : Mark Delavan, baryton-basse

Direction : Maurizio Arena
Orchestre : Orchestre, Chœur et Ballet de l’Opéra de San Francisco
Langue : français

Particularité :
Captation vidéo de la production de Lotfi Mansouri (mise en scène), signée de Wolfram Skalicki (décors) et Amrei Skalicki (costumes), avec des éclairages de Thomas J. Munn, réalisée pour la télévision par Brian Large. Le spectacle, créé en septembre 1988 à l’Opéra de San Francisco, se veut résolument « grand opéra » : somptueuse salle du Conseil à l’acte I, pont de navire à l’acte III et temple de Brahma à l’acte IV, dans des costumes évoquant le XIXe siècle plutôt que le XVIe. Plácido Domingo, dont le Vasco reste l’un des rôles marquants, y déploie une ferveur éclatante, notamment dans « Ô paradis ! », aux côtés de la Sélika de Shirley Verrett, plus fragile en 1988 mais toujours très émouvante, et de l’Inès pure et lumineuse de Ruth Ann Swenson. Cette captation de référence dispense une version abrégée, dans la tradition de l’édition Fétis, qui demeure l’un des rares témoignages vidéo de l’ouvrage avant la critique de 2018.

Postérité :

Triomphe de la saison parisienne 1865, L’Africaine fait le tour des scènes européennes dès les années suivantes et demeure à l’affiche de l’Opéra de Paris durant plusieurs décennies, avant de décliner au XXe siècle avec le reste du grand opéra meyerbeerien. « Ô paradis ! » reste un morceau de bravoure du répertoire des ténors, et l’air de Sélika « Fille des rois » ou la scène du mancenillier comptent parmi les pages les plus célèbres de l’ouvrage. Le XXIe siècle redécouvre l’œuvre : nouvelle production du Deutsche Oper Berlin en 2015 sous le titre Vasco da Gama avec Roberto Alagna, publication en 2018 de l’édition critique chez Ricordi qui restitue la version originale de Meyerbeer et rétablit les noms de personnages que Fétis avait modifiés.

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