Note personnelle : ,

Mercadante, Saverio — Virginia (1866)

Format :

  • Tragedia lirica en trois actes.
  • Musique : Saverio Mercadante (1795-1870).
  • Livret : Salvadore Cammarano, d’après la tragédie Virginia de Vittorio Alfieri, elle-même inspirée d’un épisode de Tite-Live.
  • Langue : italien.

Création :

7 avril 1866, Teatro di San Carlo, Naples (direction : Nicola De Giosa ; Virginia : Marcella Lotti della Santa).
L’œuvre est composée de décembre 1849 à mars 1850, et devait être donnée au San Carlo dès mars 1850. Mais Ferdinand II de Bourbon l’interdit : après la révocation de la constitution de 1849, ce sujet de Rome antique, où un tyran abuse de son pouvoir, parut trop dangereux. Le veto fit s’esclaffer l’Europe entière. On proposa à Mercadante de transposer l’action en Égypte, ce qu’il refusa ; Medea fut créée à la place le 1er mars 1851. L’interdiction ne tomba qu’avec la chute du royaume des Deux-Siciles en 1861, et l’opéra dut attendre seize ans de plus pour être joué, quatre ans avant la mort du compositeur. La première soirée aurait été difficile, mais la deuxième fut triomphale.

Livret :

Mercadante avait déjà songé au sujet de Virginia dès 1839, pour La Fenice, qui l’avait écarté. Cammarano, son librettiste fétiche, livra le texte fin 1849. Il suit Alfieri, qui reprend lui-même le récit de Tite-Live sur la mort de Virginie et la chute des décemvirs : une histoire de tyrannie, d’honneur familial et de soulèvement populaire, dont la portée politique était évidente pour le public napolitain de 1850.

Intrigue :

  • Acte I : Rome, 451 av. J.-C. Les décemvirs, menés par Appio Claudio, gouvernent en marginalisant la plèbe et en interdisant les unions entre les ordres. Appio s’éprend de Virginia, fille du soldat Virginio, qui aime Icilio, ancien tribun privé de son rang par les lois d’Appio. Virginia repousse les présents et les avances d’Appio ; avec la bénédiction de son père, elle épouse secrètement Icilio. Appio et son âme damnée Marco interrompent la cérémonie : Marco prétend que Virginia n’est pas la fille de Virginio, mais celle d’une esclave substituée à l’enfant perdu de l’épouse de celui-ci.
  • Acte II : Appio tente d’acheter Icilio pour qu’il renonce à Virginia ; devant son refus, Icilio est assassiné. Le tribunal des décemvirs, soudoyé, donne raison à Appio.
  • Acte III : Virginio obtient de faire ses adieux à sa « fille ». Lorsque Virginia semble se résigner au verdict, il la poignarde pour sauver son honneur, révélant ainsi qu’il est bien son père. Le geste déclenche le soulèvement du peuple, qui renverse Appio.

Enregistrement :

Maurizio Benini — 2009

Format : 2 CD
Label : Opera Rara (avec la Peter Moores Foundation)
Référence : ORC 39
Année d’enregistrement : 2007, en studio ; publié en 2009.
Distribution :

  • Virginia : Susan Patterson, soprano
  • Appio Claudio : Paul Charles Clarke, ténor
  • Virginio : Stefano Antonucci, baryton
  • Icilio : Charles Castronovo, ténor
  • Marco : Andrew Foster-Williams, baryton
  • Tullia : Katherine Manley, soprano
  • Valerio : Mark Le Brocq, ténor

Direction : Maurizio Benini
Orchestre : London Philharmonic Orchestra ; chœur : Geoffrey Mitchell Choir
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement commercial de l’œuvre, publié par Opera Rara. La critique salue la direction de Benini, qui connaît la tradition du bel canto tardif, la couleur de l’orchestre et l’excellente tenue du chœur. Susan Patterson, seule à devoir assumer de véritables vocalises, en maîtrise les difficultés techniques ; Charles Castronovo est le plus séduisant des rôles masculins, face à l’Appio au timbre ingrat mais approprié de Paul Charles Clarke. On a en revanche reproché à Stefano Antonucci un Virginio qui manque d’autorité et de rondeur, et à Andrew Foster-Williams un Marco agréable mais pas assez inquiétant.

Postérité :

Après la création de 1866, l’opéra est repris à Rome (1872), Turin (1877) et Naples (1901), puis tombe dans l’oubli. Sa première britannique n’a lieu que le 27 novembre 1976, à Belfast. Un concert prévu à Carnegie Hall en 1978 avec Montserrat Caballé fut annulé, la soprano étant malade. Le Festival de Wexford le remet à l’affiche en 2010, avec Angela Meade dans le rôle-titre. Arrivée trop tard, à l’heure où Verdi s’impose, Virginia n’a jamais trouvé sa place au répertoire, mais l’enregistrement Opera Rara a permis de redécouvrir une partition bien construite, aux ensembles efficaces.

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