Format :
- Genre Tragedia lirica (opera) en trois actes.
- Musique : Saverio Mercadante.
- Livret : Salvatore Cammarano, d’après le livret d’Étienne de Jouy pour La Vestale de Gaspare Spontini (Paris, Opéra, 1807) et le scénario du ballet La Vestale de Salvatore Viganò (Teatro alla Scala, 1818).
- Langue : Italien.
Création :
10 mars 1840, au Teatro San Carlo de Naples, sous la direction d’Antonio Farelli, avec Adelina Spech-Salvi (Emilia) et Domenico Reina (Decio).
Après cette création triomphale, Mercadante, alors âgé de quarante-quatre ans, passe pour le second compositeur d’opéra italien en activité, juste derrière Donizetti : Rossini s’est retiré de la scène en 1829, Bellini est mort en 1835, et Verdi n’imposera sa présence que deux ans plus tard avec Nabucco. La Vestale couronne une série de succès continue depuis Il giuramento (1837), Le due illustri rivali (1838), Elena da Feltre et Il bravo (1839) : en cinq ans, l’ouvrage voyage jusqu’à Paris, Vienne, Berlin et au moins trente-deux villes italiennes. Le musicologue Frank Walker, grand spécialiste de Verdi, la considère comme le chef-d’œuvre de Mercadante. L’opéra reste l’un des plus joués de son auteur, avec environ cent cinquante représentations recensées au XIXe siècle, avant de disparaître presque totalement du répertoire.
Livret :
Le librettiste Salvatore Cammarano (1801-1852), l’un des plus célèbres de son temps — il donnera plus tard à Verdi le livret du Trouvère —, s’inspire principalement de deux sources : le livret d’Étienne de Jouy pour la Vestale de Spontini, créée à l’Opéra de Paris en 1807 (que Cammarano et Mercadante avaient vraisemblablement vue représentée au San Carlo dès les années 1810), et le scénario du ballet La Vestale de Salvatore Viganò, créé à la Scala en 1818. Spontini disposait d’un lieto fine spectaculaire, un éclair du ciel rallumant la flamme sacrée ; en 1840, ce dénouement miraculeux n’est plus de mise. Cammarano suit alors de près le scénario du ballet de Viganò, à un détail près : chez Viganò, Decio, après avoir tenté de s’en prendre au grand prêtre, est abattu par les gardes, tandis que dans l’opéra il se donne lui-même la mort.
Intrigue :
- Acte I : Dans le bois sacré, les vestales rendent leur culte à Vesta lorsque la Grande Prêtresse annonce une nouvelle retentissante : le héros Decio, que l’on croyait mort au combat, revient vainqueur des Gaulois. Emilia, l’une des vestales, s’était consacrée à la déesse par désespoir en le croyant disparu ; sa joie se mêle à la plus grande détresse. Son amie Giunia, autre vestale, tente de la consoler. L’armée rentre en triomphe, mais Decio, découvrant qu’Emilia lui offre la couronne de laurier en tant que vestale, comprend que leur amour est désormais impossible ; son chagrin se change en révolte contre la déesse. Publio, ami fidèle qui lui a sauvé la vie au combat, tente d’abord de le raisonner et de lui rappeler ses devoirs envers Rome, avant de céder et de lui révéler un passage secret menant au temple de Vesta, afin qu’il puisse revoir Emilia une dernière fois.
- Acte II : Dans le temple, Giunia prie pour son amie pendant que la Grande Prêtresse confie solennellement à Emilia la garde de la flamme sacrée, sous peine de mort si celle-ci venait à s’éteindre. Decio rejoint Emilia par le passage secret ; après un échange tourmenté où il songe au suicide, les deux amants vivent un instant de passion qui s’achève brutalement quand la flamme s’éteint. Publio, qui faisait le guet, entraîne Decio au loin avant l’arrivée des autorités. Metello Pio, le grand prêtre, constate le sacrilège et convoque le Sénat pour juger Emilia. Licinio Murena, consul de Rome et père de Decio, prononce la condamnation à mort d’Emilia. Giunia tente en vain de s’accuser à sa place ; au procès, Decio avoue tout pour sauver Emilia et implore la clémence de son père, qui le renie.
- Acte III : Publio tente une dernière démarche auprès du consul en faveur de son ami, mais ni son plaidoyer ni la menace du suicide de Decio n’ébranlent l’intransigeance de Licinio, déterminé à faire de son propre fils un exemple de vertu civique et religieuse. Le cortège funèbre d’Emilia s’avance ; devenue folle de douleur et de honte, elle croit qu’on la conduit à ses noces, avant de reprendre ses esprits avec horreur devant l’entrée de son tombeau. Un dernier adieu la réunit à Giunia et aux autres vestales. Alors qu’elle est emmurée vivante, Decio et ses compagnons chargent trop tard ses bourreaux : il s’en prend à Metello Pio, mais Licinio protège le grand prêtre, et Decio, n’ayant plus rien à espérer de la vie, retourne son arme contre lui-même.
Enregistrement(s) :

Vjekoslav Sutej — 1987 (live)
Format : Enregistrement public.
Label : Bongiovanni, collection « Novità del Passato ».
Référence : Bongiovanni GB 2065/66-2 (2 CD).
Année d’enregistrement : 1987, au Théâtre National Croate de Split (Croatie).
Distribution :
- Emilia : Dunja Vejzovic, soprano
- Decio : Gianfranco Cecchele, ténor
- Giunia : Paola Romanò, mezzo-soprano
- Publio : Franco Sioli, baryton
- La Gran Vestale : Filka Dimitrova, soprano
- Metello Pio : Giancarlo Boldrini, basse
- Licinio Murena : Constantin Cepreaga, ténor
- Lucio Silano : Ratomir Kliskic, baryton
Direction : Vjekoslav Sutej.
Orchestre et Chœur : Orchestre et Chœur du Théâtre National Croate de Split (chef de chœur : Ivo Lipanović).
Langue : Italien.
Particularité :
Cette captation publique de 1987 figure parmi les tout premiers témoignages discographiques modernes de cet ouvrage tombé dans l’oubli après le XIXe siècle. Elle réunit une distribution internationale dominée par la soprano croate Dunja Vejzovic, davantage connue pour ses incarnations wagnériennes, aux côtés du vétéran Gianfranco Cecchele : un choix de plateau qui témoigne de l’ambition de cette redécouverte, bien avant que la partition ne bénéficie d’une édition critique moderne.

Paolo Arrivabeni — 2004 (live, Wexford Festival Opera)
Format : Enregistrement public.
Label : Naxos / Marco Polo.
Référence : Marco Polo 8.225310-11 (2 CD, paru en 2005).
Année d’enregistrement : 23, 26 et 29 octobre 2004, au Theatre Royal de Wexford (Irlande), lors de la production du Wexford Festival Opera 2004 (mise en scène : Thomas de Mallett Burgess ; décors et costumes : Jamie Vartan). Nouvelle édition de la partition établie par Marco Galarini pour le Wexford Festival Opera à partir du manuscrit original.
Distribution :
- Emilia : Doriana Milazzo, soprano
- Decio : Dante Alcalá, ténor
- Giunia : Agata Bienkowska, mezzo-soprano
- Publio : Davide Damiani, baryton
- La Gran Vestale : Danna Glaser, soprano
- Metello Pio : Andrea Patucelli, baryton-basse
- Licinio Murena : Ladislav Elgr, ténor
- Lucio Silano : Mattia Denti, basse
Direction : Paolo Arrivabeni.
Orchestre : Cracow Philharmonic Orchestra.
Chœur : Wexford Festival Opera Chorus (chef de chœur : Lubomír Mátl).
Langue : Italien.
Particularité :
Donné dans le cadre du festival irlandais spécialisé dans les raretés lyriques, cet enregistrement s’appuie sur une nouvelle édition critique établie spécialement pour l’occasion à partir du manuscrit original. Dans les notes de ce disque, le musicologue David Rosen souligne la sobriété très caractéristique de l’écriture de Mercadante dans cette partition « réformatrice » : aucune vocalise pour Emilia, des duos qui s’écartent de la solita forma en usage à l’époque, un orchestre riche mais jamais envahissant. Cette version demeure aujourd’hui l’enregistrement de référence, le plus largement disponible, de l’ouvrage.
Postérité :
Best-seller de Mercadante en son temps — environ cent cinquante représentations attestées entre 1840 et le milieu du siècle, de Naples à Paris en passant par Vienne et Berlin — La Vestale disparaît ensuite presque totalement des scènes, éclipsée par l’essor de Verdi. Le musicologue Frank Walker a émis l’hypothèse que Verdi, en composant la marche triomphale et la scène d’ensevelissement d’Aïda, se soit inconsciemment souvenu de cette Vestale, entendue dans sa jeunesse ; l’hypothèse reste discutée, mais elle témoigne du prestige que l’ouvrage a longtemps conservé dans la mémoire des musiciens italiens. Il faut attendre la fin du XXe siècle pour que l’œuvre retrouve, timidement, le chemin de la scène et du disque, d’abord à travers des captations publiques comme celle de Split en 1987, puis grâce à la redécouverte patiente menée par des festivals spécialisés comme celui de Wexford, qui lui consacre en 2004 une nouvelle production et une nouvelle édition critique de la partition.

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