Format :
- Genre Dramma semiserio en deux actes.
- Musique : Gioachino Rossini.
- Livret : Cesare Sterbini, d’après le roman français Les amours du chevalier de Faublas (1787-1790) de Jean-Baptiste Louvet de Couvray — la même source avait déjà inspiré le livret de Francesco Gonella pour la Lodoiska de Giovanni Simone Mayr (1796), considérée comme un antécédent direct de l’ouvrage de Rossini.
- Langue : Italien.
Création :
26 décembre 1815, au Teatro Valle de Rome, pour la saison de carnaval.
Rossini vient de triompher à Naples avec Elisabetta, regina d’Inghilterra (Teatro San Carlo, 4 octobre 1815) lorsqu’il honore un engagement pris pour Rome. Le livret devait initialement être écrit par Angelo Anelli, mais celui-ci se désiste ; c’est Cesare Sterbini, alors inconnu, qui reprend la commande au pied levé : Torvaldo e Dorliska est ainsi son tout premier livret pour Rossini, moins de deux mois avant qu’il ne devienne, pour le même compositeur et au Teatro Argentina, l’auteur du livret du Barbiere di Siviglia (20 février 1816). La distribution de la création réunissait Filippo Galli (le Duc d’Ordow), la débutante Adelaide Sala (Dorliska), Domenico Donzelli (Torvaldo), Raniero Remorini (Giorgio), Agnese Loiselet (Carlotta) et Cristoforo Bastianelli (Ormondo). L’accueil du public romain fut jugé plutôt froid — un spectateur de l’époque la qualifia de « triste » — sans que l’ouvrage soit pour autant un échec : il resta au répertoire d’une dizaine de villes italiennes et européennes (dont Venise) pendant près de vingt-cinq ans, avant de disparaître presque totalement des scènes.
Livret :
Torvaldo e Dorliska appartient au genre de l’opera semiseria, hybride mêlant personnages sérieux (les amants persécutés, le tyran) et personnages comiques (le gardien de château Giorgio et sa sœur Carlotta), dans la tradition de la « pièce à sauvetage » héritée de la Révolution française et de la Terreur — celle-là même qui, chez Beethoven, donnera Fidelio. Sterbini, encore débutant, y esquisse déjà certains traits de son art futur : récitatifs vifs et concis, situations « à haut risque » entrecoupées de touches prosaïques ou comiques.
Intrigue :
- Acte I : Dans son château, quelque part en Europe du Nord, le Duc d’Ordow revient d’une expédition nocturne au cours de laquelle, croit-il, il a tué son rival Torvaldo pour s’emparer de la jeune Dorliska, l’épouse de ce dernier qu’il convoite. Dorliska, en fuite, cherche refuge sans le savoir dans le château de son propre agresseur, persuadée que son mari est mort. Torvaldo, en réalité seulement blessé, se présente au château déguisé en berger et porteur d’une fausse lettre par laquelle il ferait, mourant, don de Dorliska au Duc. Mais le son de sa voix le trahit : Dorliska reconnaît son époux et dévoile la supercherie. Furieux d’avoir été berné, le Duc fait arrêter Torvaldo et le jette au cachot.
- Acte II : Dans les prisons du château, le gardien Giorgio et sa sœur Carlotta, touchés par le sort des deux jeunes gens, décident de les sauver ; Carlotta parvient à dérober les clés du cachot. Alors que le Duc s’apprête à faire exécuter Torvaldo et à contraindre Dorliska, le tocsin sonne : les paysans et serviteurs, alertés par Giorgio, se soulèvent et prennent d’assaut le château. Le Duc est désarmé, arrêté et emmené pour être châtié ; Torvaldo et Dorliska sont enfin réunis, sous les yeux de Giorgio et Carlotta partageant leur joie.
Enregistrement(s) :

Massimo De Bernart — 1992 (live)
Format : Enregistrement public.
Label : Arkadia / Akademia (CDAK 123-2, 1993) ; réédition Agorá (AG 073.2) ; puis NAR Classical.
Référence : Arkadia CDAK 123-2 (2 CD).
Année d’enregistrement : 11 janvier 1992, en public, Auditorio della Radiotelevisione Svizzera, Lugano.
Distribution :
- Dorliska : Fiorella Pediconi, soprano
- Torvaldo : Ernesto Palacio, ténor
- Duca d’Ordow : Stefano Antonucci, baryton
- Giorgio : Mauro Buda, baryton
- Ormondo : Antonio Marani, basse
- Carlotta : Nicoletta Ciliento, mezzo-soprano
Direction : Massimo De Bernart.
Orchestre : Orchestra della Svizzera Italiana, Coro della Radiotelevisione della Svizzera Italiana (avec le Gruppo Vocale Cantemus).
Langue : Italien.
Particularité :
Cette captation tessinoise, l’une des toutes premières résurrections modernes de cette rareté rossinienne, doit beaucoup à la présence d’Ernesto Palacio, ténor spécialiste du répertoire belcantiste qui allait devenir l’un des grands artisans, comme chef et comme pédagogue, de la redécouverte de Rossini.

Alessandro De Marchi — 2003 (live, Rossini in Wildbad)
Format : Enregistrement public.
Label : Naxos.
Référence : 8.660189-90 (2 CD).
Année d’enregistrement : 10, 12 et 17 juillet 2003, au Kursaal de Bad Wildbad (Allemagne), dans le cadre du festival Rossini in Wildbad, en coproduction avec la SWR.
Distribution :
- Torvaldo : Huw Rhys-Evans, ténor
- Dorliska : Paola Cigna Castellano, soprano
- Giorgio : Mauro Utzeri, baryton
- Duca d’Ordow : Michele Bianchini, basse
- Ormondo : Giovanni Bellavia, basse-baryton
- Carlotta : Anna Rita Gemmabella, mezzo-soprano
Direction : Alessandro De Marchi (également au clavecin).
Orchestre : Czech Chamber Soloists Brno, ARS Brunensis Chamber Choir (chef de chœur Dan Kalousek).
Langue : Italien.
Particularité :
Enregistrée en public au festival Rossini in Wildbad, cette version s’inscrit dans l’exploration systématique par Naxos et ce festival des raretés rossiniennes ; spécialiste de l’interprétation historiquement informée, Alessandro De Marchi dirige lui-même du clavecin, continuo à l’ancienne pour les récitatifs secco.

Víctor Pablo Pérez — 2006 (live, Rossini Opera Festival)
Format : Enregistrement public (également paru en DVD).
Label : Dynamic.
Référence : CDS 528/1-2 (2 CD) ; version vidéo Dynamic 33528 (DVD).
Année d’enregistrement : août 2006, Teatro Rossini, Pesaro, lors du Rossini Opera Festival — édition critique de Francesco Paolo Russo pour la Fondazione Rossini, en collaboration avec Casa Ricordi.
Distribution :
- Dorliska : Darina Takova, soprano
- Duca d’Ordow : Michele Pertusi, basse
- Torvaldo : Francesco Meli, ténor
- Giorgio : Bruno Praticò, baryton
- Carlotta : Jeannette Fischer, mezzo-soprano
- Ormondo : Simone Alberghini, basse
Direction : Víctor Pablo Pérez (mise en scène Mario Martone, décors Sergio Tramonti, costumes Ursula Patzak, lumières Cesare Accetta).
Orchestre : Orchestra Haydn di Bolzano e Trento, Prague Chamber Choir (chef de chœur Lubomír Mátl).
Langue : Italien.
Particularité :
Cette production de Mario Martone marque l’entrée de Torvaldo e Dorliska au répertoire du Rossini Opera Festival, tout juste rendue possible par l’édition critique nouvellement établie ; Michele Pertusi y campe un Duc d’Ordow d’une noirceur saisissante, aux côtés d’un Francesco Meli encore au début de sa carrière rossinienne.
Postérité :
Après une carrière européenne honorable mais brève au XIXe siècle, Torvaldo e Dorliska sombre dans un oubli quasi total, absente aussi bien de Londres que de New York et des grandes scènes du XXe siècle jusqu’à ses timides résurrections de Vienne (1987) et de Savona (1989, Teatro Chiabrera). Il faut attendre l’établissement d’une édition critique par Francesco Paolo Russo pour la Fondazione Rossini, en collaboration avec Casa Ricordi, pour que l’ouvrage retrouve droit de cité : sa première apparition au Rossini Opera Festival, en 2006 dans la mise en scène de Mario Martone, marque ce tournant, une production reprise avec succès à Pesaro en 2017. Torvaldo e Dorliska demeure aujourd’hui une rareté, mais une rareté de plus en plus fréquentée par les festivals et labels spécialisés dans le grand chantier de la redécouverte rossinienne.

Laisser un commentaire