Format :
- Genre Opéra (conte lyrique) en trois actes, sous-titré « Le Refus de la délivrance ».
- Musique : Paul Dukas.
- Livret : Maurice Maeterlinck, d’après sa propre pièce éponyme (1899).
- Langue : Français
Création :
10 mai 1907, Opéra-Comique (Salle Favart), Paris, sous la direction de François Ruhlmann.
Avec Georgette Leblanc (Ariane) et Félix Vieuille (Barbe-Bleue). Dukas avait composé la partition entre 1899 et 1906 : Maeterlinck avait d’abord réservé les droits du livret à Edvard Grieg, qui finit par abandonner le projet, avant de le confier à Dukas. Ce sera son unique opéra. L’œuvre est créée avec un succès d’estime plutôt que triomphal, mais trouve rapidement des soutiens de poids : lors des représentations viennoises de 1908, Arnold Schoenberg et ses élèves Alban Berg et Anton Webern manifestent leur admiration pour la partition.
Livret :
Le livret reprend presque mot pour mot la pièce symboliste de Maeterlinck (1899), qui superpose au conte de Barbe-Bleue une méditation sur la liberté et le consentement à l’enfermement. Dukas y trouve un pendant à Pelléas et Mélisande de Debussy (1902, également tiré de Maeterlinck), avec lequel l’œuvre est souvent comparée pour la prédominance du discours orchestral sur le chant ; Dukas cite d’ailleurs discrètement trois mesures de la partition de Debussy à l’arrivée du personnage de Mélisande.
Intrigue :
- Acte I : Ariane arrive au château de Barbe-Bleue comme sixième épouse. Les paysans, persuadés qu’il a assassiné ses cinq précédentes femmes, la mettent en garde. Barbe-Bleue lui remet sept clés : six clés d’argent, qu’elle peut utiliser, et une septième, en or, dont l’usage est interdit. Avec sa Nourrice, Ariane ouvre les six portes et découvre des salles emplies de pierres précieuses (améthystes, saphirs, perles, émeraudes, rubis, diamants), avant de braver l’interdit et d’ouvrir la septième porte : elle y entend les voix lointaines des cinq épouses disparues. Surprise par Barbe-Bleue, elle est défendue par les paysans qui envahissent le château, mais c’est elle qui s’interpose pour protéger son mari.
- Acte II : Dans les souterrains, Ariane retrouve les cinq épouses (Sélysette, Ygraine, Mélisande, Bellangère, Alladine), vivantes mais recluses et apeurées. Elle gagne peu à peu leur confiance, puis découvre avec la Nourrice un vitrail muré ; en le brisant, elle laisse entrer la lumière du jour et révèle un passage vers l’extérieur.
- Acte III : Ariane pare les cinq femmes des bijoux trouvés au château. Les paysans, révoltés, s’emparent de Barbe-Bleue et le brutalisent ; c’est Ariane qui le sauve et le détache. Prête à partir, elle invite les cinq épouses à la suivre vers la liberté — « la forêt et la mer appellent au loin » — mais toutes refusent, l’une après l’autre, préférant rester auprès de Barbe-Bleue. Ariane quitte seule le château avec sa Nourrice.
Enregistrement(s) :

Denève — 2011
Format : Blu-ray, 1080i Haute Définition, 16:9.
Label : Opus Arte.
Référence : OA BD7114D.
Année d’enregistrement : Juin-juillet 2011, en public au Gran Teatre del Liceu, Barcelone (production du Zürich Opera, mise en scène de Claus Guth).
Distribution :
- Ariane : Jeanne-Michèle Charbonnet, soprano
- Barbe-Bleue : José van Dam, basse-baryton
- La Nourrice : Patricia Bardon, mezzo-soprano
- Sélysette : Gemma Coma-Alabert, mezzo-soprano
- Ygraine : Beatriz Jiménez, soprano
- Mélisande : Elena Copons, soprano
- Bellangère : Salomé Haller, soprano
- Alladine : Alba Valldaura, soprano
Direction : Stéphane Denève.
Orchestre : Orchestre et Chœur du Gran Teatre del Liceu.
Langue : Français, sous-titres anglais, français, allemand, espagnol, italien, catalan, japonais et coréen.
Particularité :
Repris de la production du Zürich Opera, ce spectacle du Liceu transpose l’action dans une villa bourgeoise moderne et aseptisée, sous laquelle se cache un sous-sol carcéral : Claus Guth fait de Barbe-Bleue un « psychopathe de banlieue » et donne au refus final des épouses les traits cliniques de l’aliénation mentale (tics, regards vides), au détriment de l’ambiguïté symboliste voulue par Maeterlinck — un parti pris jugé réducteur par une partie de la critique. Sur le plan musical, Stéphane Denève restitue bien l’alliage dukassien de Debussy, de Wagner et de Strauss, même si l’équilibre orchestral n’est pas toujours optimal. Jeanne-Michèle Charbonnet compose une Ariane engagée, quoique tendue dans l’aigu, tandis que José van Dam, alors âgé de plus de soixante-dix ans, livre un Barbe-Bleue sobre et habité, scéniquement l’un des plus convaincants de la distribution.
Postérité :
Après sa création parisienne, l’œuvre voyage rapidement à travers l’Europe et au-delà : Vienne (1908), Bruxelles, New York (Metropolitan Opera, sous la direction d’Arturo Toscanini), Milan, Buenos Aires et Madrid, jusque vers 1913 ; la création britannique n’aura lieu qu’en 1937. Considérée comme le sommet de la production lyrique de Dukas — et sa seule incursion dans le genre —, l’œuvre reste durablement éclipsée sur les scènes par Pelléas et Mélisande de Debussy, auquel on la compare souvent, avant de connaître depuis la fin du XXe siècle un regain d’intérêt discographique et scénique (Bruxelles, Zurich, Lyon, Barcelone), porté par des chefs et des metteurs en scène désireux de réhabiliter cette partition à l’orchestration somptueuse, héritière de Wagner, de Strauss et de Debussy.

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