Note personnelle : ,

Mazzochi, Domenico — La Catena d’Adone (1626)

Format :

  • Favola boschereccia (fable pastorale) en un prologue et cinq actes, en recitar cantando.
  • Musique : Domenico Mazzocchi (1592-1665).
  • Livret : Ottavio Tronsarelli.
  • Langue : italien.

Création :

12 février 1626, Rome, palais du marquis Evandro Conti, proche de la famille Aldobrandini.
Considérée comme l’œuvre qui inaugure l’opéra à Rome, La Catena d’Adone est composée par Mazzocchi, alors secrétaire du cardinal Ippolito Aldobrandini. La partition, imprimée à Venise en 1626, est dédiée au duc de Parme ; la commande est attribuée à Giovanni Giorgio Aldobrandini, frère du cardinal. Falsirena fut chantée par le jeune castrat Loreto Vittori et Adone par le ténor Lorenzo Sances, tous deux issus de la chapelle pontificale ; les décors étaient de Francesco de Cuppis, et une trentaine de musiciens, dont deux clavecins, jouaient hors de la vue du public. L’œuvre est reprise à Parme en 1627, puis à Bologne en 1648, ce qui témoigne de son succès.

Livret :

Ottavio Tronsarelli adapte les chants XII et XIII de La Prigione d’Adone du poète Giambattista Marino, mis à l’Index en 1624 et protégé du cardinal Aldobrandini. Le livret connut un vrai succès, avec trois éditions à Venise et trois à Rome en 1626 et 1627. Le ton frivole, sensuel, voire érotique, est contrebalancé par une morale chrétienne publiée à la fin du livret : Falsirena figure l’Âme conseillée par la Raison mais persuadée par la Concupiscence, et Adone l’homme éloigné de Dieu, que le retour de Vénus délivre de ses errances.

Intrigue :

  • Prologue : Apollon et les Cyclopes ouvrent la fable, dans la grotte de Vulcain.
  • Acte I : Adone, qui a fui la vengeance de Mars, époux outragé de Vénus, est tombé aux mains de la magicienne Falsirena, qui le retient dans son palais enchanté. Idonia, confidente de la magicienne, la pousse à céder à sa passion. Adone, tourmenté, converse avec son écho.
  • Acte II : Idonia s’entretient avec Oraspe, fidèle messager, et avec Arsete ; Falsirena se lamente et chante son désir.
  • Acte III : Arsete, sage conseiller, tente de raisonner la magicienne ; Adone s’éveille ; Falsirena, dans un long monologue, traverse panique, colère, culpabilité, amour et résignation.
  • Acte IV : Idonia, dubitative, assiste à l’incantation de Falsirena, qui s’adresse à Plutone dans son antre.
  • Acte V : Adone se lamente seul ; Vénus et Amour retrouvent Adone, que le retour de la déesse libère de ses peines ; Falsirena est attachée à un rocher, et un double chœur proclame la morale chrétienne de la fable.

Enregistrement(s) :

Nicolas Achten — 2010

Format : 2 CD
Label : Alpha (Outhere)
Référence : ALPHA 184
Année d’enregistrement : 13-15 puis 18-21 octobre 2010, Trifolion – Centre culturel, touristique et de congrès, Echternach (Luxembourg).
Distribution :

  • Falsirena : Luciana Mancini, mezzo-soprano
  • Adone : Reinoud Van Mechelen, ténor
  • Venere et une Ninfa : Merel Elishevah Kriegsman, soprano
  • Amore et une Ninfa : Catherine Lybaert, soprano
  • Idonia et une Ninfa : Marie de Roy, soprano
  • Apollo et un Pastore : Dávid Szigetvári, ténor
  • Oraspe et un Pastore : Olivier Berten, baryton
  • Areste, Plutone et un Pastore : Nicolas Achten, baryton

Direction : Nicolas Achten (également archiluth, harpe triple, clavecin et spinettina)
Orchestre : Scherzi Musicali (violons, cornet à bouquin, viole de gambe et lirone, théorbes, tiorbino, guitare baroque, orgue et clavecin à cordes en boyau)
Langue : italien

Particularité :

Nicolas Achten conçoit l’œuvre pour une « troupe » : chaque chanteur du chœur de nymphes et de bergers endosse tour à tour un rôle, d’où la distribution à rôles multiples. Les instruments du continuo, sur tempérament mésotonique, sont associés à chaque personnage (harpe pour Falsirena, clavecin pour Adone, orgue pour Arsete et pour la magie, lirone pour la douleur), et les sinfonie sont empruntées à Kapsberger. MusicWeb-International salue le Falsirena de Luciana Mancini et l’Adone de Reinoud Van Mechelen, tout en estimant que le rôle de Plutone aurait gagné à être tenu par une basse.

Postérité :

Seul opéra de Mazzocchi parvenu jusqu’à nous, La Catena d’Adone reste une brillante incursion d’un prêtre, juriste et secrétaire de cardinal dans un genre alors en pleine mutation. La partition frappe par son harmonie audacieuse, son chromatisme et ses mezz’arie, ces airs miniatures qui rompent la monotonie du récitatif, et ce disque d’Achten entend contribuer à rendre à l’œuvre la reconnaissance qu’elle mérite.

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