Format :
- Opéra lyrique (commedia lirica) en trois actes.
- Musique : Pietro Mascagni.
- Livret : P. Suardon (pseudonyme de Nicola Daspuro), d’après le roman L’Ami Fritz d’Erckmann-Chatrian.
- Langue : Italien.
Création :
31 octobre 1891, au Teatro Costanzi de Rome, sous la direction de Rodolfo Ferrari, avec Emma Calvé dans le rôle de Suzel.
Mascagni a vingt-huit ans et vient de conquérir l’Italie entière avec Cavalleria rusticana (1890). Loin du vérisme sanglant de son coup d’éclat, il s’offre ici une pastorale souriante, toute de tendresse et de lyrisme, où l’on perçoit l’héritage de Bizet et de Massenet autant que la veine mélodique italienne.
Livret :
L’éditeur Sonzogno, désireux de prolonger le triomphe de Cavalleria, aurait tendu au compositeur, lors d’un voyage en train, le petit volume de la comédie d’Erckmann-Chatrian L’Ami Fritz (1864), d’abord roman puis pièce de théâtre, évoquant la vie paisible d’un riche célibataire alsacien. Nicola Daspuro, sous le pseudonyme de P. Suardon, en tira un livret d’une grande simplicité, écrit en étroite collaboration avec Mascagni. L’intrigue, volontairement dépourvue de drame, célèbre la douceur de vivre, la gourmandise, l’amitié et l’amour naissant.
Intrigue :
- Acte I : Dans la maison de Fritz Kobus, riche propriétaire alsacien et célibataire endurci, on fête son anniversaire. Ses amis, le rabbin David, Hanezò et Federico, l’entourent ; le bohémien Beppe fait entendre son violon. Suzel, la fille de son fermier, apporte des violettes. Fritz est touché par sa grâce, mais, taquiné par David qui vante les mérites du mariage, il parie un de ses vignobles qu’il ne se mariera jamais.
- Acte II : À la ferme, Fritz aide Suzel à cueillir des cerises : le célèbre duo des cerises scelle un trouble mutuel. Lorsque David évoque un parti possible pour Suzel, Fritz comprend avec angoisse qu’il est amoureux et s’éloigne, bouleversé.
- Acte III : Fritz, tourmenté à l’idée du mariage de Suzel, quitte la maison puis revient. Suzel lui apporte des fleurs et, au bord des larmes, laisse éclater sa peine ; Fritz avoue enfin son amour et elle y répond. David révèle qu’il a gagné son pari et offre au couple le vignoble en cadeau de noces.
Enregistrement(s) :

Gianandrea Gavazzeni — 1968
Format : CD (2 disques) ; édition originale en vinyle (3 LP)
Label : EMI / His Master’s Voice (réédition Warner Classics)
Référence : HMV SLS 5107 (Angel SBL-3737) ; CD EMI CDS 7 47905 8, puis « Great Recordings of the Century » CMS 5 67376-2
Année d’enregistrement : 29-31 août, 1-4, 7, 11 et 13 septembre 1968, Londres.
Distribution :
- Suzel : Mirella Freni, soprano
- Fritz Kobus : Luciano Pavarotti, ténor
- David : Vicente Sardinero, baryton
- Beppe : Laura Didier Gambardella, mezzo-soprano
- Federico : Luigi Pontiggia, ténor
- Hanezò : Benito di Bella, basse
- Caterina : Malvina Major, soprano
Direction : Gianandrea Gavazzeni
Orchestre : Orchestre et Chœur du Royal Opera House, Covent Garden
Langue : Italien
Particularité :
Référence incontestée de la discographie, cet enregistrement réunit deux compatriotes modénais, Mirella Freni et Luciano Pavarotti, amis d’enfance et au sommet de leur fraîcheur vocale. La Suzel de Freni, lumineuse et d’une pureté de ligne exemplaire, trouve en Pavarotti un Fritz solaire, à l’aigu éclatant et au phrasé caressant, dont l’air « O amore, o bella luce del core » comme le duo des cerises restent des modèles. Gavazzeni, grand connaisseur de la tradition italienne de la fin du XIXe siècle, soigne la veine pastorale de la partition avec une chaleur et un naturel qui évitent toute mièvrerie, et Sardinero campe un rabbin David bonhomme et noblement chantant. Les rôles secondaires, dont la jeune Malvina Major en Caterina, sont remarquablement tenus.
Postérité :
Accueilli triomphalement à Rome, L’amico Fritz fit rapidement le tour de l’Italie puis gagna Berlin et Vienne, où Hanslick salua Mascagni en 1892. Éclipsé par l’ombre immense de Cavalleria rusticana, l’ouvrage n’a jamais retrouvé la même popularité, mais demeure l’un des plus beaux exemples d’un Mascagni tendre et pastoral. Le duo des cerises, l’air de Fritz et le célèbre intermezzo en font un pilier du répertoire lyrique italien, régulièrement servi par les grands ténors et sopranos lyriques, et dont l’enregistrement de 1968 a largement contribué à entretenir la réputation.

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