Note personnelle : ,

Lampe, John Frederick — The Dragon of Wantley (1737)

Format :

  • Opéra burlesque (burlesque opera) en trois actes.
  • Musique : John Frederick Lampe (1703-1751)
  • Livret : Henry Carey (né en 1687), d’après la ballade populaire A True Relation of the Dreadful Combat between Moore of Moore-Hall and the Dragon of Wantley
  • Langue : anglais

Création :

1737, Haymarket Theatre, Londres.
Conçu vers 1734 comme une satire des oratorios de Haendel, puis remanié en 1737 pour viser plus précisément l’opéra, The Dragon of Wantley connaît un succès spectaculaire : 69 représentations lors de la première saison au Haymarket, un record qui dépasse celui de The Beggar’s Opera (1728), avant un transfert à Covent Garden, dont la scène offrait de plus grandes possibilités. Lampe, bassoniste allemand de l’orchestre de Haendel, avait débuté comme compositeur d’opéra avec Amelia (1732), déjà sur un livret de Carey. Une lettre du jeune lord Wentworth rapporte que Haendel lui-même trouvait les mélodies très bien composées, alors même que l’ouvrage se moquait des opéras italiens. Une suite, Margery, or A Worse Plague than the Dragon, suit en 1738.

Livret :

Henry Carey traite la vieille ballade d’un dragon rapace qui ravage un village du Yorkshire avec toute l’emphase et les caractérisations des opéras italiens à la mode. La comédie naît du décalage entre la vulgarité de l’intrigue et une musique « aussi grandiose et pompeuse que possible » (préface de Carey) : un héros qui préfère boire à se battre, deux sopranos rivales (inspirées de la célèbre rivalité Faustina-Cuzzoni, déjà raillée dans The Beggar’s Opera) dont le héros promet à chacune son amour, et un dragon probablement inspiré du monstre du Giustino de Haendel. À la différence de The Beggar’s Opera, l’ouvrage n’a pas de portée politique et ne parodie pas un opéra précis ni Haendel, mais les conventions de l’opéra et de ses vedettes. L’idée de tirer un opéra de la ballade avait été suggérée dès 1728 par James Ralph, dont le chœur d’hommes, de femmes et d’enfants qui pleurent leurs proches dévorés se retrouve au premier acte.

Intrigue :

  • Acte I : Un dragon rapace terrorise un village du Yorkshire et dévore ses habitants. Gubbins et sa fille Margery, avec Mauxalinda, décident de solliciter l’aide de Moore de Moore Hall, valeureux chevalier plus attaché à sa bière qu’aux combats. Margery le persuade en lui promettant son amour, et Moore ne demande en échange qu’un baiser. Mais il avait déjà promis le mariage à Mauxalinda, qui le confond : Moore se tire d’affaire par des flatteries.
  • Acte II : Dans un jardin, Mauxalinda s’en prend à sa rivale Margery ; leur duel verbal (« Insulting Gypsy ») dégénère et Mauxalinda tente de la poignarder avec une épingle, avant que Moore n’intervienne. Un trio de réconciliation conclut la querelle, puis Gubbins annonce l’arrivée du dragon. Moore s’arme de six quartes de bière et d’un peu d’eau-de-vie ; les villageois entonnent « Fill the mighty flagon ».
  • Acte III : Près de l’antre du dragon, Moore, en armure, envoie Margery se cacher dans un arbre, puis se glisse dans le puits où le dragon vient boire. Surpris par un « Boh ! » de Moore, le dragon se plaint de l’eau troublée, et Moore le tue d’un coup de pied dans le postérieur. Gubbins salue l’exploit de Moore, et le chœur final célèbre ses amours avec Margery dans un « oratorio » parodique, « Sing, sing and rorio ».

Enregistrement :

John Andrews — 2022

Format : 2 CD (59 min 44 s + 48 min 12 s)
Label : Resonus Classics
Référence : RES10304
Année d’enregistrement : 1er-4 septembre 2021, église St Jude-on-the-Hill, Hampstead Garden Suburb, Londres ; parution en 2022.
Distribution :

  • Margery : Mary Bevan, soprano
  • Mauxalinda : Catherine Carby, mezzo-soprano
  • Moore de Moore Hall : Mark Wilde, ténor
  • Gaffer Gubbins et le Dragon : John Savournin, basse-baryton

Direction : John Andrews
Orchestre : The Brook Street Band (les chœurs sont chantés par les solistes)
Langue : anglais

Particularité :

Il n’existe aucune partition complète de l’ouvrage : la partition et la réduction chant et piano publiées en 1738 sont complètes hors récitatifs, tandis qu’une partition d’une production en tournée des années 1740 contient tous les récitatifs mais des airs fortement coupés (moins d’une heure de musique), certains numéros omis et les deux rôles féminins transposés vers le grave, ce qui rend Mauxalinda plus adaptée à une mezzo-soprano. Peter Holman a réalisé la conflation des deux versions utilisée ici, sans doute plus complète que toute représentation réelle du XVIIIe siècle, et la partition de tournée laisse penser que les chœurs étaient chantés par les solistes, ce que suit l’enregistrement. John Andrews souligne la qualité des solos instrumentaux et des acrobaties vocales (le duo « Insulting Gypsy » évoque à l’avance les duels rossiniens). Planet Hugill loue un quatuor de solistes de style haendélien, avec une « joie pince-sans-rire » et une diction excellente, et lui accorde quatre étoiles et demie.

Postérité :

Sir John Hawkins jugeait l’ouvrage « la plus vraie parodie de l’opéra italien jamais représentée ». Il a été donné de nombreuses fois au XVIIIe siècle, et, selon Thomas Busby, il fut encore « partiellement repris » sous forme de pantomime en 1824. Son mélange d’humour terre-à-terre et de musique sérieusement pompeuse, au service d’une comédie de mœurs britannique, a fait de lui l’un des grands succès scéniques du siècle. L’enregistrement de 2022 en propose une version restituée à partir des deux sources conservées.

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