Note personnelle : ,

Korngold, Erich Wolfgang — Die tote Stadt (1920)

Format :

  • Opéra en 3 actes (op. 12).
  • Musique : Erich Wolfgang Korngold (1897-1957).
  • Livret : « Paul Schott » (pseudonyme de Julius Korngold, père du compositeur, et d’Erich Wolfgang Korngold), d’après le roman Bruges-la-Morte de Georges Rodenbach.
  • Langue : allemand.

Création :

4 décembre 1920, simultanément au Stadttheater de Hambourg (direction Egon Pollak) et au Stadttheater de Cologne (direction Otto Klemperer).
Korngold n’a que 23 ans : ancien enfant prodige soutenu par Mahler et Richard Strauss, il signe là son œuvre lyrique majeure, écrite dans un contexte d’après-guerre où l’Europe centrale sort meurtrie du conflit. Le succès est immédiat : en deux ans, l’ouvrage est joué dans la plupart des grandes maisons d’Allemagne et des Amériques.

Livret :

Le roman symboliste de Rodenbach (1892), qui fait de Bruges une véritable troisième protagoniste, a été suggéré à Korngold par l’écrivain Siegfried Trebitsch. Julius Korngold et son fils remanient profondément l’intrigue : la ville passe à l’arrière-plan, l’action se concentre sur les personnages, et surtout le meurtre de Marietta, réel chez Rodenbach, devient un cauchemar dont le héros s’éveille, ce qui donne à l’œuvre une issue optimiste et cathartique.

Intrigue :

  • Acte I : À Bruges, Paul vit seul avec le souvenir de sa femme Marie, morte, et a transformé sa maison en « temple du passé » où il conserve ses portraits et une tresse de ses cheveux. Son ami Frank et la gouvernante Brigitta s’inquiètent. Paul annonce avoir rencontré une femme qui ressemble exactement à Marie : la danseuse Marietta, de passage à Bruges avec sa troupe. Elle vient chez lui, le trouble, chante la chanson du luth (« Glück, das mir verblieb ») et l’invite à la voir danser. Resté seul, Paul croit voir Marie sortir de son portrait.
  • Acte II : Paul rêve. Il attend Marietta devant sa maison et y surprend Frank, lui aussi attiré par elle. La troupe apparaît en barque sur le canal ; Marietta flirte avec un comte et avec le danseur Gaston, tandis que le Pierrot Fritz chante la mélancolie (« Mein Sehnen, mein Wähnen »). Marietta danse une scène de résurrection d’une morte, ce qui rend Paul coupable et furieux, et il interrompt brutalement le spectacle. Après une scène de reproches, elle le séduit et l’entraîne chez lui.
  • Acte III : Marietta s’éveille chez Paul et affronte le souvenir de Marie. Une grande procession religieuse passe sous la fenêtre : Paul, pris entre désir et culpabilité, s’imagine que la foule entre chez lui pour l’accuser. Marietta se met à danser avec la tresse de Marie ; dans sa fureur, Paul l’étrangle avec elle. Il s’éveille alors : tout n’était qu’un rêve, Marietta revient chercher son parapluie. Paul a compris qu’il doit renoncer à Marie ; il quitte la maison et Bruges avec Frank (« Ici, il n’y a pas de résurrection »).

Enregistrement(s) :

Erich Leinsdorf — 1975

Format : enregistrement studio, première mondiale au disque (2 CD, environ 2 h 17 ; paru d’abord en coffret de 3 LP).
Label : RCA Victor / RCA Red Seal.
Référence : ARL3-1199 (LP) ; GD 87767 (CD).
Année d’enregistrement : juin 1975, Bayerischer Rundfunk (salle de concert), Munich.
Distribution :

  • Paul : René Kollo, ténor
  • Marietta / Marie : Carol Neblett, soprano
  • Frank : Benjamin Luxon, baryton
  • Fritz : Hermann Prey, baryton
  • Brigitta : Rose Wagemann, mezzo-soprano
  • Juliette : Gabriele Fuchs, soprano
  • Lucienne : Patricia Clark, soprano
  • Gaston / Victorin : Anton de Ridder, ténor
  • Comte Albert : Willi Brokmeier, ténor

Direction : Erich Leinsdorf.
Orchestre : Münchner Rundfunkorchester ; Chor des Bayerischen Rundfunks et Tölzer Knabenchor.
Langue : allemand.

Particularité :

Premier enregistrement mondial et longtemps seul enregistrement studio de l’œuvre, produit par Charles Gerhardt. La critique loue le Paul ardent et musicien de Kollo, la Marietta exubérante de Neblett (dont la chanson du luth est très réussie), un orchestre magnifique et une prise de son somptueuse ; le cadre du studio fait parfois perdre un peu d’immédiat théâtral. Réédité en 2020 dans une nouvelle remasterisation.

Leif Segerstam — 1997

Format : 2 CD, enregistrement live (durée : environ 2 h 05).
Label : Naxos (collection Opera Classics), en collaboration avec Sveriges Radio P2.
Référence : Naxos 8.660060-61 (paru en 1997).
Année d’enregistrement : 31 août, 5 et 13 septembre 1996, Opéra royal de Stockholm.
Distribution :

  • Paul : Thomas Sunnegårdh, ténor
  • Marietta / Marie : Katarina Dalayman, soprano
  • Frank : Anders Bergström, baryton
  • Brigitta : Ingrid Tobiasson, mezzo-soprano
  • Fritz : Per-Arne Wahlgren, baryton
  • Juliette : Hilde Leidland, soprano
  • Lucienne : Anna Tomson, mezzo-soprano
  • Victorin : Lars-Erik Jonsson, ténor
  • Comte Albert : Ulrik Qvale, ténor

Direction : Leif Segerstam.
Orchestre : Royal Swedish Opera Orchestra ; Royal Swedish Opera Chorus et Tomtberga School Children’s Choir.
Langue : allemand.

Particularité :

Deuxième enregistrement commercial de l’œuvre, capté sur le vif à Stockholm et proposé à prix économique. La critique salue le sens de Segerstam pour l’ampleur et la profondeur de l’orchestration de Korngold, la Marietta vibrante de Dalayman et l’intensité dramatique du Paul de Sunnegårdh (voix jugée un peu mince), mais relève des bruits de scène, des équilibres inégaux et des coupures notables (dont une partie de l’air de Paul à l’acte I) qui empêchent de le préférer à Leinsdorf.

Donald Runnicles — 2004

Format : 2 CD, enregistrement live.
Label : Orfeo (collection Orfeo d’Or, Salzburger Festspiele Festspieldokumente).
Référence : Orfeo C 634 042 I.
Année d’enregistrement : 18 août 2004, Kleines Festspielhaus, Salzbourg (enregistrement de l’ORF).
Distribution :

  • Paul : Torsten Kerl, ténor
  • Marietta / Marie : Angela Denoke, soprano
  • Frank / Fritz : Bo Skovhus, baryton
  • Brigitta : Daniela Denschlag, mezzo-soprano
  • Juliette : Simina Ivan, soprano
  • Lucienne : Stella Grigorian, mezzo-soprano
  • Gaston : Lukas Gaudernak
  • Victorin : Eberhard F. Lorenz, ténor
  • Comte Albert : Michael Roider, ténor

Direction : Donald Runnicles.
Orchestre : Wiener Philharmoniker ; Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor.
Langue : allemand.

Particularité :

Captation de la nouvelle production du Festival de Salzbourg 2004, mise en scène par Willy Decker, accueillie avec enthousiasme par le public. Le disque reçoit un accueil plus réservé : chanteurs un peu incertains au début (ils gagnent en assurance ensuite), direction jugée par moments trop tonitruante, avec un orchestre qui écrase parfois les voix.

Mikko Franck — 2022

Format : 2 CD, live, audio tiré de la captation vidéo de la production de l’Opéra national de Finlande (durée : environ 2 h 24).
Label : Opus Arte.
Référence : Opus Arte OACD9050D (paru en 2022 ; existe aussi en DVD, OA1121D).
Année d’enregistrement : production créée le 26 novembre 2010 à l’Opéra national de Finlande, Helsinki.
Distribution :

  • Paul : Klaus Florian Vogt, ténor
  • Marietta / Voix de Marie : Camilla Nylund, soprano
  • Frank / Fritz : Markus Eiche, baryton
  • Brigitta : Sari Nordqvist, mezzo-soprano
  • Juliette : Kaisa Ranta, soprano
  • Lucienne : Melis Jaatinen, mezzo-soprano
  • Victorin : Per-Håkan Precht, ténor
  • Comte Albert : Juha Riihimäki, ténor
  • Gaston : Antti Nieminen
  • Marie (rôle muet) : Kirsti Valve

Direction : Mikko Franck.
Orchestre : Orchestre, chœur et chœur d’enfants de l’Opéra national de Finlande.
Langue : allemand.

Particularité :

Version audio de la production de Kasper Holten (décors d’Es Devlin), où Marie est un personnage muet présent sur scène tout au long de l’œuvre, ce qui donne une justification psychologique aux comportements de Paul et de Marietta. La production a été très bien reçue par la presse, qui y voit un triomphe musical ; ce disque est tiré du film réalisé en collaboration avec la radio finlandaise Yle.

Postérité :

Grand succès des années 1920 (Berlin, 1924, avec Lotte Lehmann et Richard Tauber sous la direction de George Szell), Die tote Stadt est interdite en Allemagne et en Autriche sous le nazisme puis, jugée démodée après la guerre, disparaît presque de l’affiche (reprise sans lendemain à Munich en 1955). Le renouveau commence avec le Volksoper de Vienne (1967), New York City Opera (1975) et surtout Berlin dans les années 1980. La création française a lieu en concert en 1982 (première scénique à Strasbourg en 2001), la britannique en concert en 1996 (première scénique au Royal Opera House en 2009), l’argentine au Teatro Colón en 1999 et l’australienne à l’Opéra de Sydney en 2012. Le rôle de Paul, très exposé face à un immense orchestre, et celui de Marietta restent difficiles à distribuer, mais l’ouvrage est aujourd’hui l’un des grands piliers du répertoire post-romantique, comme l’a montré en 2021 la production munichoise dirigée par Kirill Petrenko avec Jonas Kaufmann et Marlis Petersen.

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