Format :
- Opérette (« Operetta ») en un acte, en 18 scènes ; désignée dans les livrets d’époque comme « Singe-Spiel » (1702) puis « Singe- und Tantz-Spiel » (1703).
- Musique : Reinhard Keiser (1674-1739).
- Livret : Christian Heinrich Postel.
- Langue : allemand.
Création :
18 octobre 1702, Hambourg, Oper am Gänsemarkt (sous le titre Sieg der fruchtbaren Pomona, « La victoire de la féconde Pomone »).
L’ouvrage est une commande festive pour l’anniversaire de Frédéric IV, roi de Danemark, dont le résident à Hambourg, Hans Statius von Hagedorn, finança deux représentations (18 et 25 octobre 1702) et invita ministres étrangers et personnages de rang. Le directeur de l’Opéra, le conseiller Gerhard Schott, mourut en 1702, peut-être pendant la seconde représentation. Keiser, devenu locataire de la maison, reprit l’œuvre en 1703 sous le titre Streit der Vier-Jahreszeiten oder der Siegende Herbst (« La querelle des quatre saisons ou l’Automne victorieux »), avec un livret plus soigné qui cite la date exacte de la fête du roi (11 octobre), tous ses titres, le nom du compositeur et une scène initiale supprimée.
Livret :
Pomona fut le dernier livret de Postel (1658-1705) pour Keiser, dont il avait discerné très tôt le talent et pour qui il écrivait exclusivement depuis 1697. Comme d’autres opéras de circonstance hambourgeois, il transpose un événement contemporain dans la mythologie : les dieux se réunissent pour qu’un arbitrage de Jupiter désigne la meilleure des quatre saisons, et le couple divin Pomone-Vertumne renvoie au couple royal, Frédéric IV et la reine Louise. L’ouvrage est le premier de quatre opéras dédiés à la maison royale danoise : Keiser cherchait alors à obtenir du roi un poste de maître de chapelle et, si possible, un titre de noblesse.
Intrigue :
- Scènes 1 à 5 : Mercure, sorte de régisseur de l’opéra, convoque les dieux au palais de Jupiter pour qu’il départage les saisons, et plaide déjà en faveur du changement. Dans un jardin fleuri, Flore et son bien-aimé Zéphyr forment un couple heureux, hormis les plaintes de Zéphyr sur la rigueur de sa belle. Cérès défend à grands mots sa liaison avec Jasion, peu conforme à son rang.
- Scènes 6 à 11 : Bacchus déclare d’emblée que la victoire revient au vin, donc à l’automne, et donc à lui. Pomone paraît, et une vive dispute s’engage : l’automne l’emportera-t-il grâce au vin ou grâce aux fruits ? Bacchus quitte la scène, excédé. Pomone, longtemps rebelle aux avances, associe les saisons aux étapes de la vie et l’automne au mariage ; son époux Vertumne, dieu des métamorphoses, avait longtemps tenté de la séduire sous divers déguisements avant d’y parvenir. Vulcain, boiteux depuis que son père l’a précipité du ciel, plaide pour l’hiver, saison idéale pour sa forge.
- Scènes 12 à 17 : Dans l’antichambre du palais céleste, Mercure est le premier arrivé, suivi de Bacchus, de Vulcain, de Cérès et sa suite, puis de Flore et Zéphyr, enfin de Pomone et Vertumne. Chacun défend sa saison, les déesses se disputent, et Mercure rappelle tout le monde à l’ordre en annonçant le plus grand des dieux.
- Scène 18 : Jupiter apparaît dans son palais et salue tous les présents, puis célèbre le roi de Danemark comme héros du Nord et la reine Louise, dont il fait le pendant divin de Pomone et Vertumne. L’automne est déclaré vainqueur et Pomone reçoit la couronne de la victoire. Tous s’inclinent devant le couple royal et le ballet final se clôt sur un chœur à la gloire de Frédéric et de Louise.
Enregistrement(s) :

Thomas Ihlenfeldt — 2014
Format : 2 CD, intégrale (durée : environ 2 h 02).
Label : cpo (en collaboration avec Deutschlandradio Kultur).
Référence : cpo 777 659-2 (paru en 2014).
Année d’enregistrement : 6-11 septembre 2010, Siemensvilla, Berlin.
Distribution :
- Pomone : Melanie Hirsch, soprano
- Flore : Doerthe Maria Sandmann, soprano
- Cérès : Olivia Vermeulen, mezzo-soprano
- Vertumne : Magdalene Harer, soprano
- Mercure : Julian Podger, ténor
- Zéphyr : Knut Schoch, ténor
- Jasion / Jupiter : Jan Kobow, ténor
- Bacchus : Raimonds Spogis, baryton
- Vulcain : Jörg Gottschick, baryton
Direction : Thomas Ihlenfeldt (également au chitarrone).
Orchestre : Capella Orlandi Bremen.
Langue : allemand.
Particularité :
Le livret d’accompagnement présente Pomona comme l’introduction idéale à l’opéra baroque allemand : pas d’intrigue compliquée, pas de longueur excessive, une suite de numéros brefs et savoureux. La critique loue la Capella Orlandi Bremen pour son jeu différencié et son continuo attentif au texte, la conduite fluide de Ihlenfeldt, et une distribution homogène : la Pomone aux airs doucement mélodieux de Melanie Hirsch, le Mercure mesuré de Julian Podger, le Jupiter autoritaire et le Jasion poétique de Jan Kobow, le Bacchus plein d’esprit de Raimonds Spogis, ainsi que Jörg Gottschick.
Postérité :
Œuvre de circonstance jouée en 1702 et 1703 à Hambourg, Pomona marque un tournant dans la carrière de Keiser, alors que l’Opéra traverse une période plus difficile après la mort de Schott, et inaugure sa série d’ouvrages dédiés à la cour de Danemark. L’enregistrement de 2014 la remet en lumière comme un exemple vivant du théâtre musical hambourgeois, dans un répertoire que Haendel a étudié et dont il s’est inspiré pendant son séjour à Hambourg.

Laisser un commentaire