Format :
- Dramma per musica (opera seria) en 3 actes.
- Musique : Niccolò Jommelli (1714-1774).
- Livret : Mattia Verazi, d’après Lucio Vero d’Apostolo Zeno.
- Langue : italien.
Création :
11 février 1766, Ludwigsburg, nouveau théâtre de la cour du duc Charles-Eugène de Wurtemberg.
Ober-Kapellmeister de la cour de Stuttgart depuis le 1er janvier 1754, Jommelli disposait de moyens exceptionnels : le duc choisissait les sujets, mais le compositeur avait la maîtrise de tout le reste, et les meilleurs artistes d’Europe étaient engagés sans regarder à la dépense. À partir des années 1760, les opéras furent donnés plus souvent à Ludwigsburg qu’à Stuttgart, et un somptueux théâtre, alors l’un des plus grands d’Europe, y fut inauguré en 1765, derrière le château ; Il Vologeso y fut créé. La distribution, entièrement italienne, réunissait le castrat Pasquale Potenza (Vologeso), la prima donna Maria Masi Giura (Berenice) et le ténor Arcangelo Cortoni (Lucio Vero), réputé pour son jeu et sa virtuosité. Jommelli avait déjà mis en musique une version du Lucio Vero de Zeno pour Milan en 1754.
Livret :
Collaborateur de longue date de Jommelli, Mattia Verazi (vers 1730-1794) s’était fait une spécialité de bousculer les conventions de l’opera seria et sa succession d’airs de sortie : ses livrets accentuent l’horreur et la terreur des situations, construisent des climax saisissants, et ses vers, heurtés et asymétriques, tranchent avec la fluidité mélodieuse de Métastase. Adapté du Lucio Vero d’Apostolo Zeno, le livret situe l’action à Éphèse vers 164 apr. J.-C., pendant la guerre de Rome contre les Parthes. Jommelli y répond par une musique d’un dynamisme âpre, plus proche de Gluck que de Mozart, véritable équivalent lyrique du Sturm und Drang : da capo abrégés, personnages qui restent en scène après leur air, nombreux récitatifs accompagnés et finales d’ensemble aux deux premiers actes.
Intrigue :
- Acte I : À Éphèse, l’empereur Lucio Vero, vainqueur des Parthes, s’attarde au lieu de rentrer à Rome épouser Lucilla, fille de Marc Aurèle : il poursuit de ses assiduités Berenice, fiancée du roi parthe Vologeso, que l’on croit mort. Lors d’un banquet, un esclave parthe offre à l’empereur une coupe de vin ; Berenice reconnaît en lui Vologeso, qui l’empêche de boire le poison destiné à Vero et est emprisonné. Lucilla arrive à Éphèse avec l’ambassadeur Flavio. Dans l’arène où l’on doit jeter Vologeso aux lions, Berenice saute à ses côtés ; pour la sauver, Vero lance son épée à Vologeso, qui tue le lion et se rend noblement. Lucilla comprend qu’elle est trahie.
- Acte II : Vero offre à Vologeso la liberté et son trône s’il renonce à Berenice ; le Parthe refuse. Vero somme Berenice de choisir entre sa main et la tête de Vologeso ; elle feint de céder, mais lui déclare ensuite qu’il devra lui arracher le cœur de la poitrine pour l’obtenir. Furieux, Vero la fait enchaîner ; Lucilla, humiliée, décide de partir. Berenice et Vologeso restent inébranlables.
- Acte III : Flavio et les soldats romains délivrent Vologeso. Aniceto, confident de Vero et secrètement épris de Lucilla, organise une macabre mise en scène où l’on présente à Berenice ce qui serait la tête tranchée de son amant. Elle résiste encore et s’apprête à le rejoindre dans la mort, quand Vologeso fait irruption avec Flavio. Contraint, Vero rend aux Parthes leur royaume et retourne à Rome épouser Lucilla.
Enregistrement(s) :

Frieder Bernius — 1997
Format : 3 CD.
Label : Orfeo.
Référence : C 420 983 F, parution 1998.
Année d’enregistrement : 10-16 décembre 1997, Evangelische Kirche, Gönningen.
Distribution :
- Vologeso : Jörg Waschinski, sopraniste
- Lucio Vero : Lothar Odinius, ténor
- Berenice : Gabriele Rossmanith, soprano
- Lucilla : Helene Schneiderman, mezzo-soprano
- Aniceto : Daniel Taylor, contre-ténor
- Flavio : Mechthild Bach, soprano
Direction : Frieder Bernius (continuo : Detlef Bratschke, clavecin ; György Bognár, violoncelle)
Orchestre : Stuttgarter Kammerorchester
Langue : italien
Particularité :
Première intégrale moderne de l’ouvrage, fruit de l’engagement de Frieder Bernius en faveur du répertoire de la cour de Wurtemberg, après sa Didone abbandonata de 1994. La partition est donnée sans coupures, sur un matériel d’exécution préparé par Bernius, repris ensuite par Ian Page. L’Orchestre de chambre de Stuttgart joue avec éclat et réactivité, mettant en valeur les effets orchestraux et les récitatifs accompagnés d’une grande audace. Distribution originale, avec une seule voix d’homme « naturelle » (le ténor Lothar Odinius) : le sopraniste Jörg Waschinski, dans le rôle du castrat Potenza, n’a pas convaincu tous les critiques, tandis que Gabriele Rossmanith et Helene Schneiderman sont des Berenice et Lucilla de premier ordre. Ian Page la qualifiera d’« excellent enregistrement ».

Gabriele Ferro — 2015
Format : Blu-ray / DVD (vidéo).
Label : Naxos (Unitel).
Référence : Naxos, parution 2018.
Année d’enregistrement : 2015, en public, Staatsoper Stuttgart (coproduction FAVO Film, Unitel et Staatsoper Stuttgart, avec SWR et ARTE ; mise en scène de Jossi Wieler et Sergio Morabito, décors et costumes d’Anna Viebrock ; réalisation de Marcus Richardt).
Distribution :
- Lucio Vero : Sebastian Kohlhepp, ténor
- Vologeso : Sophie Marilley, mezzo-soprano
- Berenice : Ana Durlovski, soprano
- Lucilla : Helene Schneiderman, mezzo-soprano
- Flavio : Catriona Smith, soprano
- Aniceto : Igor Durlovski, basse
Direction : Gabriele Ferro
Orchestre : Staatsorchester Stuttgart
Langue : italien
Particularité :
Présentée comme la première mise en scène de l’ouvrage depuis plus de deux siècles, cette production de l’Opéra de Stuttgart, sous le titre Berenice, regina d’Armenia, est signée par le célèbre tandem Jossi Wieler et Sergio Morabito, qui transpose l’action dans un univers contemporain, entre survêtements, treillis et fresques Renaissance, dans les décors d’Anna Viebrock. Une relecture saluée par la critique, d’une grande intensité théâtrale. Gabriele Ferro dirige l’orchestre de l’Opéra de Stuttgart avec vigueur. Ana Durlovski est une Berenice d’une virtuosité et d’une présence remarquables, face au Lucio Vero de Sebastian Kohlhepp ; Helene Schneiderman, déjà Lucilla chez Bernius dix-huit ans plus tôt, reprend le rôle.

Ian Page — 2021
Format : 2 CD.
Label : Signum Classics.
Référence : SIGCD692, parution 2021.
Année d’enregistrement : 28 avril 2016, en public (version de concert), Cadogan Hall, Londres.
Distribution :
- Lucio Vero : Stuart Jackson, ténor
- Vologeso : Rachel Kelly, mezzo-soprano
- Berenice : Gemma Summerfield, soprano
- Lucilla : Angela Simkin, mezzo-soprano
- Flavio : Jennifer France, soprano
- Aniceto : Tom Verney, contre-ténor
Direction : Ian Page (continuo : Christopher Bucknall, clavecin ; Luise Buchberger, violoncelle ; Timothy Amherst, contrebasse)
Orchestre : The Mozartists (premier violon : Daniel Edgar)
Langue : italien
Particularité :
Captation d’un concert donné dans le cadre du projet « MOZART 250 », par lequel Ian Page et The Mozartists explorent chaque année la musique composée deux cent cinquante ans plus tôt, afin d’éclairer le contexte de l’évolution de Mozart ; faute d’œuvres marquantes en 1766, année de deuil après la mort de l’empereur François Ier, le choix se porta sur Il Vologeso. Conçue comme un concert unique et non comme un enregistrement, l’exécution comporte quelques coupures (un petit chœur, trois airs et plusieurs da capo). Sur instruments d’époque (la = 430 Hz), sur le matériel de Frieder Bernius, Ian Page dirige avec énergie et un sens aigu du drame une jeune distribution britannique, vitrine de talents émergents, où brillent Gemma Summerfield en Berenice et Rachel Kelly en Vologeso.
Postérité :
Oublié comme l’ensemble des opéras de Jommelli après la fin du XVIIIe siècle, Il Vologeso est aujourd’hui considéré comme l’un des sommets de la période de Stuttgart et comme un jalon capital de l’évolution de l’opera seria vers une dramaturgie plus continue, annonçant Gluck et le jeune Mozart. Ses trois enregistrements successifs, dont une production scénique acclamée à Stuttgart, ont contribué à faire de Jommelli l’un des compositeurs du XVIIIe siècle les plus redécouverts de ces dernières décennies.

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