Note personnelle : ,

Janáček, Leoš — Les Excursions de M. Brouček (1920)

Format :

  • Opéra en 2 parties (Výlety páně Broučkovy) : L’Excursion de M. Brouček dans la Lune (1908-1917) et L’Excursion de M. Brouček au XVe siècle (1917-1918).
  • Musique : Leoš Janáček (1854-1928).
  • Livret : Leoš Janáček, avec la collaboration de Karel Mašek, Zikmund Janke, František Gellner, Viktor Dyk et František Serafínský Procházka, d’après les romans de Svatopluk Čech.
  • Langue : tchèque.

Création :

23 avril 1920, Prague, Théâtre national, sous la direction d’Otakar Ostrčil.
Seul opéra de Janáček à n’avoir pas été créé à Brno, Brouček est aussi celui dont la genèse fut la plus longue et la plus tourmentée. Le compositeur avait sollicité dès le début du siècle les droits des deux romans satiriques de Svatopluk Čech (1888 et 1889), qui refusa ; après la mort de l’écrivain en 1908, Janáček put se mettre au travail, mais la mise au point du livret mobilisa successivement près de sept collaborateurs. La première partie, commencée en 1908, ne fut achevée qu’en 1917 ; la seconde, écrite rapidement en 1917-1918, prit une résonance patriotique à l’heure de l’indépendance tchécoslovaque. Après le succès pragois de Jenůfa en 1916, le Théâtre national accepta l’ouvrage ; Ostrčil, qui en dirigea la création, jugeait sa musique « plus riche que Jenůfa à tous égards ».

Livret :

Les romans de Čech brossent le portrait satirique d’un bourgeois pragois, propriétaire d’immeuble épris de bière et de saucisses, incarnation du philistinisme et de l’égoïsme petit-bourgeois. Janáček voulait que le public soit « dégoûté » par Brouček, mais le personnage, sympathique malgré lui, séduit plutôt qu’il ne rebute. La première partie raille les prétentions esthétiques des artistes « lunaires », parodies des cénacles artistiques pragois ; la seconde oppose la veulerie de Brouček à l’héroïsme des Hussites défendant Prague en 1420. Les personnages terrestres réapparaissent transformés dans chaque « excursion », confiés aux mêmes chanteurs.

Intrigue :

  • Première partie – L’Excursion dans la Lune : Un soir d’été à Prague, devant l’auberge Vikárka près de la cathédrale Saint-Guy, le propriétaire Matěj Brouček, passablement ivre, se querelle avec son locataire, le peintre Mazal, amoureux de Málinka, fille du sacristain. Rêvant de fuir les tracas terrestres, Brouček se retrouve dans la Lune, où il rencontre les artistes lunaires : le poète Blankytný (double de Mazal), la muse Etherea (double de Málinka), qui s’éprend de lui, et le mécène Čaroskvoucí (double de l’aubergiste Würfl). Horrifiés par ce terrien qui mange de la viande, les esthètes lunaires s’évanouissent ; Brouček, chassé, retombe sur terre, ivre mort, devant la Vikárka.
  • Seconde partie – L’Excursion au XVe siècle : Égaré dans les souterrains du Château, Brouček se retrouve dans la Prague de 1420, assiégée par les croisés de l’empereur Sigismond. Accueilli par le bourgeois hussite Domšík (double du sacristain), il fait l’éloge de la sobriété et de la tempérance, mais se dérobe lorsqu’il faut combattre. Démasqué comme lâche et traître, il est condamné à être brûlé dans un tonneau. Il se réveille dans le tonneau de la Vikárka, où on le retrouve au petit matin, et se vante auprès de Würfl d’avoir délivré la Bohême.

Enregistrement(s) :

Jiří Bělohlávek — 2008

Format : 2 CD.
Label : Deutsche Grammophon.
Référence : 477 7387, parution 2008.
Année d’enregistrement : février 2007, en public (version de concert), Barbican Hall, Londres.
Distribution :

  • Matěj Brouček : Jan Vacík, ténor
  • Mazal / Blankytný / Petřík : Peter Straka, ténor
  • Málinka / Etherea / Kunka : Maria Haan, soprano
  • Le sacristain / Lunobor / Domšík : Roman Janál, baryton
  • Würfl / Čaroskvoucí / Le conseiller : Zdeněk Plech, basse
  • Le poète / Oblačný / Vacek Bradatý : Václav Sibera, baryton

Direction : Jiří Bělohlávek (chef de chœur : Stephen Betteridge)
Orchestre : BBC Symphony Orchestra ; BBC Singers
Langue : tchèque

Particularité :

Enregistré lors de concerts au Barbican, dans le cadre du mandat de Jiří Bělohlávek à la tête du BBC Symphony Orchestra, cet enregistrement a contribué à sortir l’ouvrage de l’ombre, deuxième version au disque après celle de František Jílek chez Supraphon (1980). Bělohlávek, grand connaisseur de Janáček, en offre une lecture chaleureuse et vivante, et l’orchestre de la BBC déploie des cordes plus présentes et plus chaleureuses que dans la version pragoise. La distribution, essentiellement tchèque, est idiomatique : Jan Vacík campe un Brouček bonhomme et truculent, entouré de Peter Straka, Maria Haan et Roman Janál, chacun dans plusieurs rôles. Une version très recommandable, saluée par la critique pour la vivacité de sa prise de son.

Jaroslav Kyzlink — 2024

Format : 2 CD.
Label : Supraphon.
Référence : SU 4339-2.
Année d’enregistrement : 29 août 2020 et 17-18 mai 2021, Rudolfinum, Prague (studio).
Édition : édition critique de Jiří Zahrádka (Universal Edition).
Distribution :

  • Matěj Brouček : Jaroslav Březina, ténor
  • Mazal / Blankytný / Petřík : Aleš Briscein, ténor
  • Le sacristain / Lunobor / Domšík od Zvonu : František Zahradníček, baryton
  • Málinka / Etherea / Kunka : Alžběta Poláčková, soprano
  • Würfl / Čaroskvoucí / Le conseiller : Jiří Sulženko, basse
  • Le poète / Oblačný / Une autre voix : Roman Janál, baryton
  • Svatopluk Čech / Vacek Bradatý / Premier taborite : Jiří Brückler, baryton
  • Le compositeur / Harfoboj / Miroslav l’orfèvre : Martin Šrejma, ténor
  • Le peintre / Duhoslav / La voix du professeur / Vojta od Pávů / Deuxième taborite : Josef Moravec, ténor
  • Le jeune garçon de café / L’enfant prodige / L’élève : Doubravka Součková, soprano
  • Kedruta : Stanislava Jirků, mezzo-soprano

Direction : Jaroslav Kyzlink (chefs de chœur : Martin Buchta, Pavel Vaněk)
Orchestre : Orchestre et Chœur du Théâtre national de Prague
Langue : tchèque

Particularité :

Enregistrement réalisé d’après l’édition critique de Jiří Zahrádka, qui restitue la partition au plus près des intentions du compositeur. Enregistré en studio au Rudolfinum en deux sessions séparées par la pandémie, avec les forces du Théâtre national de Prague, lieu même de la création, il témoigne de la grande tradition janáčekienne tchèque. Jaroslav Kyzlink dirige avec vivacité et humour, et la distribution entièrement tchèque, emmenée par le Brouček expérimenté de Jaroslav Březina, entouré d’Aleš Briscein, Alžběta Poláčková et Jiří Sulženko, brille par son idiomatisme et sa diction.

Simon Rattle — 2026

Format : 2 SACD.
Label : LSO Live.
Référence : LSO Live, parution 2026.
Année d’enregistrement : 4 et 6 mai 2025, en public (version de concert), Barbican Hall, Londres.
Édition : édition de Jiří Zahrádka, sous la supervision de Sir Charles Mackerras.
Distribution :

  • Matěj Brouček : Peter Hoare, ténor
  • Mazal / Blankytný / Petřík : Aleš Briscein, ténor
  • Málinka / Etherea / Kunka : Lucy Crowe, soprano
  • Le sacristain / Lunobor / Domšík od Zvonu / Svatopluk Čech : Gyula Orendt, baryton
  • Würfl / Čaroskvoucí / Le conseiller : Lukáš Zeman, baryton
  • Le jeune garçon de café / L’enfant prodige / L’élève : Doubravka Novotná, soprano
  • Kedruta : Hannah Hipp, mezzo-soprano
  • Le poète / Oblačný / Vacek Bradatý / Une autre voix : Arttu Kataja, baryton
  • Le peintre / Duhoslav / Vojta od Pávů / La voix du professeur : Stephan Rügamer, ténor
  • Le compositeur / Harfoboj / Miroslav l’orfèvre : Linard Vrielink, ténor

Direction : Sir Simon Rattle
Orchestre : London Symphony Orchestra ; Tenebrae (chef de chœur : Nigel Short)
Langue : tchèque

Particularité :

Nouveau volet du cycle Janáček de Simon Rattle avec le LSO, après La Petite Renarde rusée, Káťa Kabanová et Jenůfa, capté en concert au Barbican, désormais sous la baguette du chef émérite de l’orchestre. Rattle souligne la verve satirique et la modernité d’une partition foisonnante, où l’orchestre du LSO se montre d’une virtuosité étincelante, des scènes lunaires éthérées aux fresques hussites. Peter Hoare, grand ténor de caractère, campe un Brouček savoureux, entouré d’Aleš Briscein, qui reprend ici les rôles de Mazal qu’il chantait déjà chez Kyzlink, de Lucy Crowe, radieuse Málinka-Etherea, et du baryton hongrois Gyula Orendt. Prise de son SACD d’une grande clarté.

Postérité :

Longtemps considéré comme le moins accessible des opéras de la maturité de Janáček, en raison de sa satire très locale et de sa structure en deux parties, Brouček est resté plus rarement joué que Jenůfa ou Káťa Kabanová. La nouvelle édition critique de Jiří Zahrádka, ainsi que trois enregistrements récents, l’ont replacé au rang des grands opéras du compositeur, apprécié pour son humour, sa fantaisie et la richesse de son orchestration.

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