Note personnelle : , ,

Janáček, Leoš — La Petite Renarde rusée (1924)

Format :

  • Opéra en 3 actes (Příhody lišky Bystroušky, « Les Aventures de la renarde Fine-Oreille »), JW I/9.
  • Musique : Leoš Janáček (1854-1928).
  • Livret : Leoš Janáček, d’après le roman-feuilleton de Rudolf Těsnohlídek, illustré par Stanislav Lolek.
  • Langue : tchèque.

Création :

6 novembre 1924, Brno, Théâtre national, sous la direction de František Neumann.
Composée en 1922-1923, entre Káťa Kabanová et L’Affaire Makropoulos, la partition est née d’un feuilleton paru en 1920 dans le quotidien brnois Lidové noviny, dont Janáček était lui-même collaborateur : les textes de Rudolf Těsnohlídek y accompagnaient une série de dessins de Stanislav Lolek racontant les aventures d’une renarde. Fasciné par la nature et la vie animale, le compositeur, alors septuagénaire, en tira une œuvre singulière, mêlant monde des hommes et monde des bêtes, humour et mélancolie, dans une célébration panthéiste du cycle éternel de la vie. La création fut un succès ; Max Brod traduisit l’ouvrage en allemand pour Universal Edition.

Livret :

Janáček adapta lui-même le feuilleton de Těsnohlídek, en lui donnant une portée philosophique absente de l’original et en y ajoutant la mort de la renarde. L’ouvrage entrelace les destins des animaux de la forêt et ceux des humains du village — le garde-forestier, l’instituteur, le curé, le braconnier Harašta —, souvent interprétés par les mêmes chanteurs (le curé et le blaireau, l’instituteur et le moustique), et fait une large place à la danse et aux interludes orchestraux. Le monologue final du garde-forestier, que Janáček voulait voir jouer à ses propres funérailles, en est le sommet émotionnel.

Intrigue :

  • Acte I : Dans la forêt, par un jour d’été, le garde-forestier s’endort ; réveillé par une jeune renarde curieuse, il la capture et l’emporte chez lui. Élevée dans la cour de la ferme, Bystrouška (Fine-Oreille) grandit, repousse les assauts du chien et des enfants, harangue les poules sur leur servitude, puis les massacre. Menacée, elle ronge sa corde et s’enfuit dans la forêt.
  • Acte II : La renarde chasse le blaireau de son terrier et s’y installe. À l’auberge, le garde-forestier, l’instituteur et le curé évoquent avec nostalgie leurs amours passées. Dans la forêt, la renarde rencontre un beau renard, Zlatohřbítek (Dos-d’or) ; ils tombent amoureux et, sous la pression des commères de la forêt, célèbrent aussitôt leurs noces, entourés de tous les animaux.
  • Acte III : Le braconnier Harašta, qui doit épouser Terynka, la bohémienne aimée de l’instituteur, découvre un lièvre mort près d’un piège posé par le garde-forestier. La renarde, entourée de ses petits, le nargue et lui dérobe ses poules ; il l’abat d’un coup de fusil. À l’auberge, on apprend le mariage de Terynka, qui portera un manchon en peau de renard. Revenu dans la forêt, le garde-forestier s’assoupit et médite sur le renouvellement de la nature ; il aperçoit une petite renarde, portrait de sa mère, et une grenouille, petite-fille de celle du début : la vie continue.

Enregistrement(s) :

Charles Mackerras — 1995

Format : DVD / Blu-ray (vidéo).
Label : Arthaus Musik (RM Arts ; également éditions Altaya « Operas »).
Référence : Arthaus 109207 (Blu-ray).
Année d’enregistrement : juin 1995, en public, Théâtre du Châtelet, Paris (mise en scène de Nicholas Hytner, décors et costumes de Bob Crowley, chorégraphie de Jean-Claude Gallotta ; réalisation de Brian Large).
Distribution :

  • La renarde Bystrouška : Eva Jenis, soprano
  • Le garde-forestier : Thomas Allen, baryton
  • Le renard : Hana Minutillo, mezzo-soprano
  • La femme du garde-forestier / La chouette : Libuše Márová, mezzo-soprano
  • L’instituteur / Le moustique : Josef Hajna, ténor
  • Le curé / Le blaireau : Richard Novák, basse
  • Harašta : Ivan Kusnjer, baryton
  • L’aubergiste / Lapák : Jean-Philippe Marlière, baryton-basse
  • La femme de l’aubergiste / Le coq / Le geai : Sarah Connolly, mezzo-soprano
  • La poule : Florence Bonnafous, soprano
  • Le pivert : Françoise Martinaud, mezzo-soprano

Direction : Sir Charles Mackerras
Orchestre : Orchestre de Paris
Langue : tchèque

Particularité :

Captation d’une production devenue classique, où Nicholas Hytner et Bob Crowley imaginent une forêt poétique et colorée, peuplée d’animaux aux costumes stylisés, animée par la chorégraphie de Jean-Claude Gallotta, avec un humour et une tendresse qui n’excluent jamais la mélancolie. Charles Mackerras, qui avait déjà gravé l’œuvre chez Decca dans son cycle viennois, dirige l’Orchestre de Paris avec une chaleur et une vivacité idiomatiques. Eva Jenis est une renarde espiègle et touchante, et Thomas Allen un garde-forestier d’une humanité profonde, bouleversant dans le monologue final. Une jeune Sarah Connolly apparaît dans plusieurs petits rôles.

Seiji Ozawa — 2009

Format : Blu-ray / DVD (vidéo).
Label : Arthaus Musik (Rai Trade).
Référence : 108 094 (Blu-ray), parution 2013.
Année d’enregistrement : 8 novembre 2009, en public, Teatro Comunale, Florence (production du Maggio Musicale Fiorentino ; mise en scène et costumes de Laurent Pelly, décors de Barbara de Limburg Stirum, chorégraphie de Lionel Hoche, lumières de Peter Van Praet).
Distribution :

  • La renarde Bystrouška : Isabel Bayrakdarian, soprano
  • Le garde-forestier : Quinn Kelsey, baryton
  • La femme du garde-forestier / La chouette : Judith Christin, mezzo-soprano
  • L’instituteur / Le moustique : Dennis Petersen, ténor
  • Le curé / Le blaireau : Kevin Langan, basse
  • Harašta : Gustáv Beláček, basse
  • L’aubergiste Pásek : Federico Lepre, ténor
  • La femme de l’aubergiste : Marcella Polidori, mezzo-soprano
  • Le renard : Lauren Curnow, mezzo-soprano

Direction : Seiji Ozawa (chef de chœur : Piero Monti)
Orchestre : Orchestre et Chœur du Maggio Musicale Fiorentino
Langue : tchèque

Particularité :

Production du Maggio Musicale Fiorentino réunissant une distribution en grande partie nord-américaine. Laurent Pelly signe une mise en scène pleine de fantaisie, avec des costumes d’animaux à la fois réalistes et drôles, dans un décor de terre ocre et de tôles ondulées. Ozawa dirige avec finesse et une grande attention aux couleurs orchestrales. Isabel Bayrakdarian est une renarde vive et lumineuse, et Quinn Kelsey un garde-forestier d’une belle ampleur vocale.

Johannes Debus — 2018

Format : 2 CD.
Label : Oehms Classics (en coproduction avec l’Oper Frankfurt).
Référence : Oehms Classics, parution 2018-2019.
Année d’enregistrement : avril-mai 2016, en public, Oper Frankfurt (série des premières).
Distribution :

  • La renarde Bystrouška : Louise Alder, soprano
  • Le garde-forestier : Simon Neal, baryton-basse
  • Le renard : Jenny Carlstedt, mezzo-soprano
  • La femme du garde-forestier / La chouette : Joanna Krasuska-Motulewicz, mezzo-soprano
  • L’instituteur : Beau Gibson, ténor
  • Le curé : Magnús Baldvinsson, basse
  • Harašta : Sebastian Geyer, baryton
  • Le blaireau / Le pivert / Le basset : Nina Tarandek, mezzo-soprano
  • L’aubergiste : Michael McCown, ténor
  • La poule / La femme de l’aubergiste : Britta Stallmeister, soprano

Direction : Johannes Debus
Orchestre : Frankfurter Opern- und Museumsorchester ; Chor und Kinderchor der Oper Frankfurt
Langue : tchèque

Particularité :

Captation live d’une production de l’Oper Frankfurt, fruit de la tradition de troupe de l’une des meilleures maisons allemandes. Le chef allemand Johannes Debus, directeur musical de la Canadian Opera Company, obtient de l’orchestre une lecture d’une grande clarté, qui met en valeur la subtilité de l’orchestration de Janáček et le contraste entre le monde de la nature et celui des hommes. La jeune Louise Alder, alors membre de la troupe de Francfort, est une renarde pétillante, face au garde-forestier chaleureux de Simon Neal. La critique a salué une réalisation d’ensemble de grande qualité.

Postérité :

Longtemps considérée comme un conte pour enfants, puis jouée dans la version allemande de Max Brod, La Petite Renarde rusée a été révélée dans toute sa profondeur par la mise en scène légendaire de Walter Felsenstein à la Komische Oper de Berlin (1956), puis par l’enregistrement de Mackerras avec le Philharmonique de Vienne (1981), qui imposa la version originale. Elle est aujourd’hui l’un des opéras les plus populaires de Janáček et du XXe siècle, régulièrement mise en scène dans le monde entier (Hytner, Pelly, Barrie Kosky…), et son monologue final, joué aux funérailles du compositeur en 1928, est devenu l’emblème de son art.

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