Format :
- Serenata (sérénade de fête) en une seule partie.
- Musique : Johann David Heinichen (1683-1729).
- Livret : anonyme (poète de la cour de Dresde non identifié).
- Langue : italien.
Création :
10 septembre 1719, Dresde, jardin du palais royal dit « chinois » (Holländisches Palais), au bord de l’Elbe, lors de la « Fête du Soleil ».
Élève de Schelle et Kuhnau à la Thomasschule de Leipzig, Heinichen a passé plusieurs années en Italie, surtout à Venise, avant d’être engagé en 1716 comme Kapellmeister de la cour de Saxe grâce au prince électeur Frédéric-Auguste. En septembre 1719, Auguste le Fort célèbre le mariage de son fils avec l’archiduchesse Maria Josepha d’Autriche par un mois entier de festivités parmi les plus somptueuses de l’Europe baroque : arrivée de la mariée par l’Elbe, Te Deum ponctué de 330 salves, opéras de Lotti (Giove in Argo, Teofane), bals, combats d’animaux au Zwinger, carrousels, feux d’artifice. Le roi décide de placer les grandes fêtes sous le signe des sept planètes qui donnent leur nom aux jours de la semaine. La gara degli dei ouvre ce cycle : introduite par 64 trompettes et 8 timbaliers, la sérénade est chantée par les solistes juchés sur une « nuée » machinée descendant au-dessus d’un orchestre de 27 musiciens, dans un décor construit pour l’occasion, avant un grand feu d’artifice sur l’Elbe (scène immortalisée par une gravure de Johann August Corvinus). Heinichen écrit quelques jours plus tard une seconde sérénade, Diana su l’Elba (18 septembre), et le succès des deux œuvres lui vaut une substantielle augmentation de traitement.
Livret :
Le livret, d’un poète de cour resté anonyme, est un pur texte de circonstance : son avant-propos explique que le roi a voulu faire annoncer les principales fêtes du mariage par les sept planètes. Mercure, le Soleil, Diane, Mars, Vénus, Jupiter et Saturne descendent tour à tour sur leur machine pour célébrer l’union de Frédéric-Auguste et de Marie-Josèphe, de la Saxe et de l’Autriche, chacun annonçant la fête qui lui sera consacrée (tournoi, chasse, foire, fête des mineurs…). Le texte fourmille d’allusions dynastiques (Henri l’Oiseleur, ancêtre des Wettin ; la « pierre précieuse » venue du Danube à l’Elbe ; le prince revenu de Vienne tel Jason avec la Toison d’or). La partition autographe est conservée à la Sächsische Landesbibliothek – Staats- und Universitätsbibliothek Dresden (Mus. 2398-L-1) ; Michael Walter en a publié l’édition moderne (A-R Editions, 2000).
Intrigue :
- Partie unique : Après une sonate d’ouverture, Mercure convoque les dieux sur les rives fleuries de l’Elbe, où Jupiter les a réunis pour honorer l’arrivée du couple princier. Le Soleil proclame n’avoir jamais éclairé jour plus heureux ; Diane invite la Germanie à de nouveaux héros ; Mars promet que la trompette de la Renommée chantera les grands noms de la dynastie ; Vénus rappelle qu’elle a poussé l’Amour à unir les époux, plus heureux que ceux que le seul devoir conduit à un fiancé inconnu. Jupiter juge que ces bienfaits ne suffisent pas : il veut que chaque dieu honore les noces par une fête nouvelle — d’où une véritable « joute des dieux ». Le Soleil annonce une girandole de feu qui illuminera l’Elbe ; Diane, une grande chasse ; Mars, un tournoi faisant revivre la chevalerie d’Henri l’Oiseleur ; Mercure, une foire à l’image de celles de Leipzig, avec loterie ; Vénus vante la douceur du jeune couple ; Saturne, adouci par la beauté de la mariée, fera venir les mineurs offrir les trésors des montagnes. Le Soleil conclut en ordonnant les feux d’artifice, qui évoqueront la conquête de la Toison d’or par Jason ; il chante l’impossibilité de dire lequel des deux cœurs est le plus heureux, et le chœur final (« Di stelle concordi ») unit toutes les voix.
Enregistrement(s) :

Hartmut Haenchen — 2013
Format : 1 CD (collection « JubiläumsLiveEdition »).
Label : Berlin Classics (Edel) / Deutschlandradio Kultur
Référence : 0300544BC
Année d’enregistrement : enregistrement public du 23 novembre 2003, Konzerthaus, Berlin ; parution en 2013.
Distribution :
- Venere : Alexandra Coku, soprano
- Mercurio : Carola Höhn, soprano
- Diana : Simone Nold, soprano
- Il Sole : Katharina Kammerloher, mezzo-soprano
- Marte : Annette Markert, alto
- Saturno : Ralph Eschrig, ténor
- Giove : Olaf Bär, baryton
Direction : Hartmut Haenchen
Orchestre : Kammerorchester Carl Philipp Emanuel Bach (violon solo : Christian Trompler ; clavecin : Hansjörg Albrecht ; théorbe : Stephan Rath)
Langue : italien
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’œuvre, publié dix ans après le concert berlinois dans la « JubiläumsLiveEdition » célébrant la longue collaboration de Hartmut Haenchen avec le Kammerorchester Carl Philipp Emanuel Bach. Il s’agit d’une captation de concert intégrale et non retouchée, réalisée par Deutschlandradio. Le chef, Dresdois formé au Kreuzchor et grand défricheur des fonds de la bibliothèque de Saxe, a travaillé sur le manuscrit original et l’édition de Michael Walter. Haenchen reprend l’effectif historique de 27 musiciens, mais sur instruments modernes, avec une approche assumée (vibrato conçu comme ornement, effets de timbre dramatiques) qu’il défend dans le livret. La distribution réunit des chanteurs de premier plan issus de l’opéra plus que du baroque spécialisé — Olaf Bär en Jupiter, Katharina Kammerloher et Annette Markert, cette dernière grande haendélienne. L’intérêt tient aussi aux parties obligées virtuoses qui mettent en valeur les solistes de l’orchestre (violon, flûtes traversières et à bec, hautbois, cors), véritable « feu d’artifice » instrumental conforme à l’esprit de joute de l’œuvre, notamment l’air de Saturne avec théorbe et cor obligés.
Postérité :
Œuvre de pure circonstance, La gara degli dei n’a pas été reprise après les fêtes de 1719, qui marquèrent à la fois l’apogée et la fin de l’opéra vénitien importé à Dresde : quelques mois plus tard, la querelle des castrats lors des répétitions de Flavio Crispo entraînait le renvoi de la troupe italienne, et Heinichen ne composa plus pour la scène, se tournant vers la cantate et la musique sacrée. Longtemps connue des seuls historiens des fêtes saxonnes, notamment grâce à la gravure de Corvinus, la sérénade a retrouvé une existence grâce à l’édition de Michael Walter (2000) et à l’enregistrement de Hartmut Haenchen, qui avait également fait revivre Diana su l’Elba au bord de l’Elbe lors des Dresdner Musikfestspiele. Elle témoigne de l’éclat de la Hofkapelle de Dresde, alors l’un des meilleurs orchestres d’Europe, et du goût de Heinichen pour une orchestration riche et colorée.

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