Note personnelle : ,

Haydn, Joseph — Orfeo ed Euridice (1791)

Format :

  • Dramma per musica en quatre actes (L’anima del filosofo, ossia Orfeo ed Euridice).
  • Musique : Joseph Haydn.
  • Livret : Carlo Francesco Badini, d’après le mythe d’Orphée (Ovide, Métamorphoses ; Virgile, Géorgiques).
  • Langue : italien.

Création :

Composé en 1791 à Londres, non représenté du vivant de Haydn ; création le 9 juin 1951, Florence, Teatro della Pergola (Maggio Musicale Fiorentino), sous la direction d’Erich Kleiber.
À la mort du prince Nicolas Esterházy en 1790, Haydn, libéré de ses obligations, accepte l’invitation de l’imprésario Johann Peter Salomon et part pour Londres. L’imprésario John Gallini lui commande un opéra pour le King’s Theatre de Haymarket, qu’il compose au début de 1791. Mais la querelle entre le roi George III et le prince de Galles, qui soutenaient des théâtres rivaux, empêcha l’obtention de la licence royale : l’œuvre, dont les répétitions avaient commencé, ne fut jamais donnée. Seuls quelques numéros furent publiés, et Haydn ne revint plus à l’opéra. Il fallut attendre 160 ans pour sa création florentine, avec Maria Callas (Euridice), Boris Christoff (Creonte) et Tyge Tygesen (Orfeo).

Livret :

Carlo Francesco Badini, poète attitré du King’s Theatre, s’écarte sensiblement du modèle de Calzabigi et Gluck : il ajoute le personnage de Creonte, père d’Euridice, et un « Genio » (esprit, parfois assimilé à la Sibylle) qui guide Orfeo, et renoue avec la fin tragique du mythe antique, Orfeo mourant empoisonné par les Bacchantes. Le sous-titre, L’anima del filosofo (« l’âme du philosophe »), fait allusion à la dimension morale et philosophique de l’œuvre. Haydn y écrit une partition ambitieuse, riche en chœurs et en airs de grande virtuosité, pour un orchestre fourni comprenant clarinettes, cors anglais et harpe.

Intrigue :

  • Acte I : Euridice, fille du roi Creonte, s’est enfuie dans la forêt pour échapper au mariage que son père veut lui imposer avec le prince Arideo. Capturée par des sauvages qui s’apprêtent à la sacrifier, elle est sauvée par Orfeo, dont le chant apaise les barbares. Orfeo la ramène à Creonte.
  • Acte II : Orfeo et Euridice se jurent un amour éternel, et Creonte consent à leur union. Mais les hommes d’Arideo tentent d’enlever Euridice ; en fuyant, elle est mordue par un serpent et meurt dans les bras d’Orfeo, désespéré, tandis que Creonte jure vengeance.
  • Acte III : Guidé par le Genio, Orfeo descend aux Enfers. Son chant émeut les ombres et Pluton, qui lui accorde le retour d’Euridice à condition qu’il ne la regarde pas avant d’avoir quitté le royaume des morts. Orfeo ne peut résister, se retourne, et perd Euridice à jamais.
  • Acte IV : Désespéré, Orfeo jure de renoncer à l’amour des femmes. Les Bacchantes tentent en vain de le séduire, puis l’empoisonnent ; il meurt. Les Bacchantes sont à leur tour englouties dans une tempête, dans un finale saisissant.

Enregistrements :

Richard Bonynge — 1967

Format : 2 CD.
Label : Opera d’Oro (Allegro Corporation).
Référence : OPD-1280 (parution 2001).
Année d’enregistrement : 1967, en public, King’s Theatre, Édimbourg (Festival international d’Édimbourg).
Distribution :

  • Euridice : Joan Sutherland, soprano
  • Orfeo : Nicolai Gedda, ténor
  • Creonte : Spiro Malas, basse
  • Genio : Mary O’Brien, soprano
  • Pluto : Simon Gilbert, basse
  • Un serviteur : Malcolm King, basse
  • Un capitaine : John Graham, baryton

Direction : Richard Bonynge.
Orchestre : Scottish National Orchestra ; Scottish Opera Chorus.
Langue : italien.

Particularité :

Captation de la première production scénique britannique de l’œuvre, montée au Festival d’Édimbourg 1967 par Rudolf Hartmann en coproduction avec le Holland Festival. Ce fut la dernière des trois venues de Joan Sutherland au festival, et la seule apparition lyrique de Nicolai Gedda à Édimbourg. Richard Bonynge, grand défricheur du répertoire oublié, dirige une partition qu’il reprendra trente ans plus tard. Sutherland, au sommet de ses moyens, fait merveille dans l’écriture virtuose d’Euridice, et Gedda offre un Orfeo élégant et stylé. La prise de son d’époque, issue d’une captation en public, reste limitée, mais le document est précieux par son plateau exceptionnel.

Christopher Hogwood — 1996

Format : 2 CD.
Label : L’Oiseau-Lyre (Decca).
Référence : 452 668-2.
Année d’enregistrement : décembre 1995, janvier et avril 1996, Henry Wood Hall, Londres ; parution en 1997.
Distribution :

  • Euridice / Genio : Cecilia Bartoli, mezzo-soprano
  • Orfeo : Uwe Heilmann, ténor
  • Creonte : Ildebrando D’Arcangelo, basse
  • Pluto : Andrea Silvestrelli, basse
  • Baccante : Angela Kazimierczuk, soprano
  • Coristes solistes : Roberto Scaltriti, Jose Fardilha, Colin Campbell, James Oxley

Direction : Christopher Hogwood.
Orchestre : The Academy of Ancient Music (instruments d’époque) et son chœur.
Langue : italien.

Particularité :

Première version sur instruments d’époque et intégrale de référence, couronnée par le Prix de l’Académie Charles Cros, avec une notice de H. C. Robbins Landon, grand spécialiste de Haydn. Christopher Hogwood dirige l’Academy of Ancient Music avec vigueur et transparence, mettant en valeur la richesse de l’orchestration et la puissance dramatique des chœurs. Cecilia Bartoli, alors au faîte de sa gloire, cumule les rôles d’Euridice et du Genio, déployant une virtuosité étourdissante et une grande intensité expressive ; le jeune Ildebrando D’Arcangelo impressionne en Creonte, et Uwe Heilmann assume avec vaillance la tessiture exigeante d’Orfeo. Un enregistrement qui a largement contribué à réhabiliter l’œuvre.

Richard Bonynge — 1996

Format : 2 CD.
Label : Olympia.
Référence : OCD 658 A+B.
Année d’enregistrement : 13 juillet 1996, en public, église d’Ilomantsi (Finlande).
Distribution :

  • Euridice : Ludmila Shilova, soprano
  • Orfeo : Nikolai Doroshkin, ténor
  • Creonte : Yuri Sarafanov, baryton
  • Capitano / Seguace : Valery Plankin, baryton
  • Genio : Irina Abmanskaya, soprano
  • Pluto : Alexander Prokhorov, basse

Direction : Richard Bonynge.
Orchestre : Ensemble XXI Moscow (direction musicale : Lygia O’Riordan) ; Maria Struve Children’s Cappella ; Kvartettilaulajat Men’s Choir (chef de chœur : Ensti Pohjola).
Langue : italien.

Particularité :

Trente ans après Édimbourg, Richard Bonynge retrouve cette partition qu’il affectionne, lors d’un concert donné dans l’église d’Ilomantsi, en Carélie finlandaise, avec l’Ensemble XXI de Moscou fondé par Lygia O’Riordan et une distribution de jeunes chanteurs russes. Enregistrée en public en son Ambisonic, cette version, légèrement allégée (environ 105 minutes), séduit par sa fraîcheur et l’engagement de ses interprètes, sans atteindre l’éclat vocal de la version Sutherland/Gedda ni la finesse stylistique de celle de Hogwood. Un témoignage sympathique de la fidélité de Bonynge à ce répertoire méconnu.

Postérité :

Longtemps réduit à l’état de curiosité, le dernier opéra de Haydn a connu une véritable renaissance après sa création florentine de 1951, portée par la présence de Maria Callas. La production d’Édimbourg de 1967 puis l’enregistrement de Hogwood en 1997 ont révélé la richesse d’une partition qui, par son ampleur, ses chœurs et son orchestration, annonce déjà les oratorios londoniens et viennois de Haydn. L’œuvre a depuis été reprise sur plusieurs scènes européennes, sans toutefois s’imposer au répertoire.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *