Format :
- Burletta per musica en deux actes.
- Musique : Joseph Haydn.
- Livret : Marco Coltellini (1773), remanié pour Eszterháza.
- Langue : italien.
Création :
26 juillet 1773, Eszterháza (Hongrie), pour la fête onomastique de la princesse douairière Esterházy ; reprise le 1er septembre 1773 lors de la visite de l’impératrice Marie-Thérèse.
Maître de chapelle des Esterházy depuis 1766, Haydn inaugure avec cette œuvre la grande période lyrique d’Eszterháza, où le prince Nicolas « le Magnifique » développe une véritable saison d’opéra. La distribution de la création réunissait des membres de la troupe princière : Maddalena Friberth (Vespina), Barbara Dichtler (Sandrina), Carl Friberth (Filippo), Leopold Dichtler (Nencio) et Christian Specht (Nanni). La reprise devant Marie-Thérèse, lors de fastueuses festivités de plusieurs jours, contribua largement à la réputation de Haydn à la cour de Vienne ; l’impératrice aurait déclaré que, pour entendre un bon opéra, il fallait aller à Eszterháza.
Livret :
Marco Coltellini, poète de la cour de Vienne et l’un des librettistes de la réforme (il avait écrit pour Hasse Piramo e Tisbe, pour Gluck et pour le jeune Mozart), signe ici une comédie champêtre toscane en deux actes, à cinq personnages, adaptée pour les chanteurs d’Eszterháza. La burletta y mêle la satire des mariages d’intérêt paysans et la verve du travestissement, dans la tradition de l’opera buffa, avec un rôle-vedette pour la rusée Vespina et ses déguisements successifs.
Intrigue :
- Acte I : Dans un village de Toscane, le vieux paysan Filippo veut marier sa fille Sandrina au riche fermier Nencio, alors qu’elle aime le pauvre Nanni. Vespina, sœur de Nanni, est elle-même éprise de Nencio, qui l’a délaissée pour ce mariage avantageux. Sandrina, soumise, n’ose désobéir à son père, tandis que Nanni et Vespina, furieux, surprennent Nencio venu donner la sérénade sous les fenêtres de Sandrina et le raillent. Vespina décide de déjouer par la ruse cette union forcée.
- Acte II : Vespina multiplie les déguisements : en vieille femme, elle vient se plaindre auprès de Filippo que Nencio aurait abandonné sa fille ; en valet allemand, puis en marquis de Ripafratta, elle feint de vouloir épouser elle-même Sandrina et persuade Nencio d’épouser sa « servante » ; enfin, en notaire, elle rédige les contrats de mariage. Filippo et Nencio, dupés, signent sans le savoir l’union de Sandrina avec Nanni et celle de Nencio avec Vespina. La supercherie dévoilée, chacun accepte de bonne grâce le dénouement, et la fidélité triomphe de l’infidélité.
Enregistrements :

Frigyes Sándor — 1976
Format : 3 LP, réédition en 2 CD.
Label : Hungaroton.
Référence : SLPX 11832-34 (LP) ; HCD 11832-33 (CD).
Année d’enregistrement : vers 1976 (parution des LP en 1976).
Distribution :
- Vespina : Magda Kalmár, soprano
- Sandrina : Júlia Pászthy, soprano
- Filippo : István Rozsos, ténor
- Nencio : Attila Fülöp, ténor
- Nanni : József Gregor, basse
Direction : Frigyes Sándor.
Orchestre : Orchestre de chambre Franz Liszt (Liszt Ferenc Kamarazenekar), Budapest.
Langue : italien.
Particularité :
Intégrale réalisée dans le cadre de la redécouverte hongroise des opéras d’Eszterháza menée par Hungaroton, avec l’Orchestre de chambre Franz Liszt de Frigyes Sándor sur instruments modernes. Le disque, d’une durée généreuse (plus de deux heures), intègre quelques airs d’insertion empruntés à d’autres ouvrages lyriques (Acide e Galatea, Ifigenia in Tauride). Il est porté par la Vespina pétillante de Magda Kalmár, alors jeune vedette de l’Opéra de Budapest, entourée d’une équipe hongroise très homogène que l’on retrouve dans La fedeltà premiata du même chef. Une lecture vivante et chaleureuse, qui garde une grande valeur de témoignage.

Sigiswald Kuijken — 1988
Format : 2 CD.
Label : Deutsche Harmonia Mundi (BMG) ; enregistrement du WDR.
Référence : RD 77099 (réédition 05472-77099-2).
Année d’enregistrement : mai 1987 et mars 1988, Haarlem (Pays-Bas) ; parution en 1989.
Distribution :
- Vespina : Nancy Argenta, soprano
- Sandrina : Lena Lootens, soprano
- Filippo : Christoph Prégardien, ténor
- Nencio : Markus Schäfer, ténor
- Nanni : Stephen Varcoe, basse
Direction : Sigiswald Kuijken.
Orchestre : La Petite Bande (Pierre Hantaï, clavecin ; Richte van der Meer, violoncelle).
Langue : italien.
Particularité :
Première version sur instruments d’époque, réalisée par Sigiswald Kuijken et La Petite Bande, pionniers de l’interprétation historiquement informée du répertoire classique, avec un continuo de luxe réunissant Pierre Hantaï au clavecin et Richte van der Meer au violoncelle. Plus resserrée que la version Sándor (deux heures), elle réunit une jeune distribution promise à un bel avenir : Nancy Argenta, Vespina vive et lumineuse, Lena Lootens en tendre Sandrina, Christoph Prégardien et Markus Schäfer, ténors raffinés, et le baryton-basse Stephen Varcoe en Nanni. Kuijken, qui monta également l’œuvre sur scène à Anvers en 1990, en livre une lecture légère, fine et pleine d’esprit, qui restitue l’échelle de chambre du théâtre d’Eszterháza.
Postérité :
Comme l’ensemble des opéras de Haydn, L’infedeltà delusa tomba dans l’oubli après la disparition du théâtre princier d’Eszterháza. Redécouverte dans la seconde moitié du XXe siècle, elle a bénéficié de plusieurs enregistrements, dont celui d’Antonio de Almeida (Le Chant du Monde, années 1970), la version Hungaroton de Frigyes Sándor et celle d’Antal Doráti chez Philips (1981, avec Edith Mathis et Barbara Hendricks). Sa brièveté, son effectif réduit et la drôlerie des travestissements de Vespina en font l’un des opéras de Haydn les plus fréquemment montés aujourd’hui, comme en témoigne la production du Bayerische Staatsoper à Munich en 2022.

Laisser un commentaire