Format :
- Dramma pastorale giocoso en trois actes.
- Musique : Joseph Haydn.
- Livret : adaptation anonyme de L’infedeltà fedele de Giambattista Lorenzi.
- Langue : italien.
Création :
25 février 1781, Eszterháza (Hongrie), nouveau théâtre d’opéra du château ; version révisée en septembre 1782.
L’incendie de novembre 1779 ayant détruit le théâtre d’Eszterháza, le prince Nicolas Esterházy fit reconstruire une salle, et c’est La fedeltà premiata qui l’inaugura. Haydn, alors au sommet de son activité de directeur de l’opéra princier, y déploie toute son expérience théâtrale : l’ouvrage, l’un de ses plus ambitieux, fut repris à plusieurs saisons et circula ensuite hors d’Eszterháza. Haydn en réutilisa l’ouverture comme finale de sa Symphonie n° 73 « La Chasse ».
Livret :
Le texte est adapté de L’infedeltà fedele, livret du Napolitain Giambattista Lorenzi mis en musique par Domenico Cimarosa en 1779 pour l’inauguration du Teatro del Fondo de Naples. L’adaptateur d’Eszterháza en supprima les passages en dialecte napolitain et réduisit les personnages de neuf à huit en fusionnant deux rôles féminins. Le résultat est un genre hybride, mêlant personnages sérieux et bouffes : à la fois drame pastoral à suspense, où des amants doivent être sacrifiés à un monstre marin, et parodie des émotions pseudo-antiques et pré-romantiques de la pastorale.
Intrigue :
- Acte I : À Cumes, une malédiction de Diane impose que chaque année un couple d’amants fidèles soit sacrifié à un monstre marin, jusqu’à ce qu’une âme héroïque offre spontanément sa vie. Le grand prêtre Melibeo aime la coquette Amaranta, elle-même courtisée par le ridicule comte Perrucchetto. Le frère d’Amaranta, Lindoro, délaisse la nymphe Nerina pour Celia, qui aime en secret le berger Fileno. Pour ne pas être désignés comme victimes, Celia et Fileno, séparés depuis longtemps puis réunis à Cumes, doivent cacher leur amour : Celia feint l’indifférence, au grand désespoir de Fileno. Melibeo intrigue pour favoriser Lindoro, et l’acte se clôt sur un vaste finale de confusion.
- Acte II : Fileno, persuadé de l’infidélité de Celia, songe à se donner la mort et grave sa douleur sur l’écorce des arbres. Melibeo, jaloux, manœuvre pour que Celia et Perrucchetto soient surpris ensemble et désignés comme le couple d’amants à sacrifier ; au cours d’une partie de chasse de Diane, Amaranta paraît en chasseresse. Celia et Perrucchetto sont finalement condamnés à être livrés au monstre.
- Acte III : Alors que Celia se prépare au sacrifice, Fileno s’offre spontanément à sa place : ce geste héroïque rompt la malédiction. Diane apparaît, punit le perfide Melibeo et bénit l’union de Celia et Fileno, tandis qu’Amaranta épouse Perrucchetto et que Lindoro revient à Nerina. La fidélité est récompensée.
Enregistrement :

Frigyes Sándor — 1976
Format : 4 LP, puis réédition en CD.
Label : Hungaroton.
Référence : SLPX 11854-57 (LP, 1977).
Année d’enregistrement : 1976 ; parution en 1977.
Distribution :
- Celia : Júlia Pászthy, mezzo-soprano
- Fileno : Attila Fülöp, ténor
- Amaranta : Veronika Kincses, soprano
- Perrucchetto : Gábor Vághelyi, basse
- Nerina : Mária Zempléni, soprano
- Lindoro : István Rozsos, ténor
- Melibeo : József Gregor, basse
- Diana : Ilona Tokody, soprano
Direction : Frigyes Sándor.
Orchestre : Orchestre de chambre Franz Liszt (Liszt Ferenc Kamarazenekar), Budapest ; Chœur de chambre de l’Académie Franz Liszt.
Langue : italien.
Particularité :
L’une des toutes premières intégrales de l’œuvre, réalisée par Hungaroton quasiment en même temps que la version d’Antal Doráti chez Philips, dans le cadre du vaste effort hongrois pour faire revivre l’héritage lyrique d’Eszterháza, avec des notes de László Somfai, grand spécialiste de Haydn. Frigyes Sándor, fondateur de l’Orchestre de chambre Franz Liszt, dirige une lecture vive et élégante sur instruments modernes, portée par une distribution entièrement hongroise où brillent de jeunes chanteurs promis à une belle carrière : Veronika Kincses et Ilona Tokody, futures vedettes de l’Opéra de Budapest, le ténor Attila Fülöp et la basse bouffe József Gregor. Un témoignage précieux et chaleureux, qui fait bien entendre l’alliance de comique et de pathétique propre à la partition.
Postérité :
Disparue des scènes après la mort de Haydn, La fedeltà premiata fut ressuscitée au Holland Festival en 1970, puis révélée au disque dans les années 1970 par Hungaroton et par Antal Doráti (Philips, avec Frederica von Stade, Ileana Cotrubas et Luigi Alva). H. C. Robbins Landon a souligné combien les audaces harmoniques du finale du premier acte semblent annoncer Così fan tutte de Mozart. Remarquée à Glyndebourne en 1979, régulièrement reprise depuis, l’œuvre est aujourd’hui considérée comme l’un des sommets du théâtre lyrique de Haydn.

Laisser un commentaire