Note personnelle : ,

Haydn, Joseph — Die wüste Insel (1779)

Format :

  • Azione teatrale en deux parties.
  • Musique : Joseph Haydn.
  • Livret : Pietro Metastasio (L’isola disabitata, 1752) ; version allemande Die wüste Insel de Johann Otto Heinrich Schaum (1802).
  • Langue : italien (original) ; allemand (version enregistrée).

Création :

6 décembre 1779, Eszterháza (Hongrie), cour du prince Nicolas Esterházy.
Maître de chapelle des princes Esterházy depuis 1766, Haydn dirige alors à Eszterháza une intense saison lyrique. L’isola disabitata, son dixième opéra, fut composé pour la fête onomastique du prince Nicolas, peu après l’incendie qui avait détruit le théâtre d’opéra du château en novembre 1779 : l’œuvre fut donc créée dans le petit théâtre de marionnettes. La distribution réunissait Barbara Ripamonti (Costanza), Luigia Polzelli (Silvia) – chanteuse de la troupe et maîtresse de Haydn –, Andrea Totti (Gernando) et Benedetto Bianchi (Enrico).

Livret :

C’est le seul livret de Métastase que Haydn ait mis en musique. Écrit en 1752 pour Giuseppe Bonno et la cour de Vienne, ce bref texte en deux parties, à quatre personnages, fut ensuite repris par de nombreux compositeurs. L’azione teatrale y renonce aux intrigues complexes de l’opera seria au profit d’une situation unique, mi-idyllique, mi-pathétique. En 1802, Johann Otto Heinrich Schaum en réalisa une traduction allemande, Die wüste Insel, qui permit à l’œuvre de circuler dans les pays germaniques au temps de la grande célébrité de Haydn.

Intrigue :

  • Première partie : Treize ans plus tôt, Costanza et son mari Gernando ont fait naufrage sur une île déserte avec Silvia, la petite sœur de Costanza. Gernando a été enlevé par des pirates ; Costanza, persuadée d’avoir été abandonnée, a élevé Silvia dans la méfiance des hommes et grave inlassablement sur un rocher une inscription accusant son époux de trahison. Silvia, qui n’a jamais vu d’homme, découvre un vaisseau accosté et aperçoit Enrico, l’ami de Gernando : croyant d’abord à un monstre, elle éprouve un trouble inconnu. Gernando, enfin libéré et revenu chercher sa femme, découvre l’inscription inachevée et croit Costanza morte ; accablé, il veut rester sur l’île pour mourir près d’elle.
  • Deuxième partie : Silvia rencontre Enrico, qui lui explique la vérité sur les hommes ; l’amour naît entre eux, et Enrico apprend qu’elle est la sœur de Costanza, toujours vivante. Enrico prépare les retrouvailles des époux : après un moment de défiance, Costanza, découvrant la fidélité de Gernando, se jette dans ses bras. Les deux couples réunis quittent l’île, et l’œuvre s’achève sur un grand quatuor où les voix dialoguent avec un violon, un violoncelle, une flûte et un basson solistes.

Enregistrement :

Michi Gaigg — 2009

Format : 1 CD.
Label : Deutsche Harmonia Mundi (Sony Music).
Référence : 88697579852.
Année d’enregistrement : 13-16 juillet 2009, salle de concert de l’Anton Bruckner Privatuniversität, Linz (Autriche) ; parution en janvier 2010.
Distribution :

  • Costanza : Ulrike Hofbauer, soprano
  • Silvia : Barbara Kraus, soprano
  • Gernando : Christian Zenker, ténor
  • Enrico : Reinhard Mayr, basse

Direction : Michi Gaigg.
Orchestre : L’Orfeo Barockorchester.
Langue : allemand.

Particularité :

Premier enregistrement de la version allemande de Johann Otto Heinrich Schaum (1802), qui offre une perspective inédite sur la réception de l’œuvre dans le monde germanique à l’aube du XIXe siècle. Michi Gaigg et son L’Orfeo Barockorchester, spécialistes du classicisme viennois sur instruments d’époque, soulignent la modernité de la partition : ouverture Sturm und Drang en sol mineur, récitatifs entièrement accompagnés par l’orchestre, audaces harmoniques et airs tour à tour bouleversants et touchants. La critique a salué l’engagement d’un quatuor vocal homogène, à l’élégance svelte et sans défaut, ainsi que la capacité de Gaigg à insuffler un maximum de vie théâtrale à une action volontairement statique, même si l’abondance des récitatifs met parfois la patience de l’auditeur à l’épreuve.

Postérité :

Restée inédite jusqu’à la publication de la partition complète en 1976 (une nouvelle édition en ligne paraît en 2007), L’isola disabitata est l’un des opéras de Haydn qui ont le plus bénéficié de la redécouverte de son théâtre lyrique dans la seconde moitié du XXe siècle, notamment grâce à l’intégrale des opéras d’Eszterháza enregistrée par Antal Doráti chez Philips. Son ouverture, fréquemment jouée en concert, est un exemple emblématique de la veine Sturm und Drang du compositeur, et l’emploi systématique du récitatif accompagné en fait une étape originale dans l’histoire de l’opéra, à mi-chemin entre la tradition métastasienne et le drame musical de Gluck et de Mozart.

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