Format :
- Dramma per musica en trois actes.
- Musique : Johann Adolf Hasse.
- Livret : Pietro Metastasio.
- Langue : italien.
Création :
2 mai 1733, Bologne, Teatro Malvezzi, sous la direction du compositeur ; version révisée créée le 3 août 1763 à Dresde, à l’Opernhaus am Zwinger.
En 1733, Hasse est depuis trois ans Kapellmeister de la cour de Saxe à Dresde, mais multiplie les congés en Italie où sa renommée est immense. La création bolonaise réunit une distribution d’exception : Farinelli dans le rôle-titre, face à son grand rival Caffarelli en Medarse, et la contralto Vittoria Tesi en Emira. Trente ans plus tard, Hasse reprend l’ouvrage pour la fête onomastique d’Auguste III, roi de Pologne et électeur de Saxe, qui rentre à Dresde en avril 1763 après l’exil imposé par l’occupation prussienne pendant la guerre de Sept Ans. L’opéra, dont le théâtre avait servi de dépôt de munitions aux Prussiens, est donné en grande pompe (de six à onze heures du soir) ; la partition, profondément remaniée – quatorze des vingt et un airs, dont tout le rôle-titre, sont réécrits, dans la hâte et malgré des crises de goutte –, fait appel au ténor Angelo Amorevoli (Cosroe) et à la jeune Elisabeth Teyber, élève de Hasse (Laodice). Ce sera le dernier opéra créé à Dresde sous Auguste III, qui meurt deux mois plus tard ; quelques mois après, Hasse et son épouse Faustina Bordoni quittent Dresde pour Vienne, sans pension.
Livret :
Écrit par Métastase en 1726 pour Leonardo Vinci (Venise), le livret de Siroe fut mis en musique par de nombreux compositeurs, dont Vivaldi et Haendel (1728). Il s’inspire librement de l’histoire du roi sassanide Khosro II et de son fils Kavadh II (Siroès), mais les personnages sont presque entièrement inventés. Le drame, bâti sur un conflit de succession entre deux frères et sur une héroïne travestie en homme, mène l’intrigue au bord de la catastrophe avant qu’une révolte populaire et le jugement mesuré d’Arasse ne rétablissent l’ordre. Hasse, ami intime de Métastase dont il mit en musique plus de trente livrets, y apporta pour la version de 1763 de nombreuses adaptations.
Intrigue :
- Acte I : Dans le temple du Soleil, Cosroe, roi de Perse, exige que ses fils jurent fidélité à celui qu’il désignera pour lui succéder. Medarse, le cadet et favori, obéit ; Siroe, l’héritier légitime, blessé dans son orgueil, refuse. La princesse Emira, fille d’un roi tué par Cosroe, vit à la cour déguisée en guerrier sous le nom d’Idaspe ; aimée de Siroe, elle lui reproche sa lâcheté et projette de tuer Cosroe pour venger son père. Laodice, sœur du général Arasse et maîtresse du roi, aime elle aussi Siroe, qui la repousse. Pour avertir son père du danger, Siroe dépose sur son bureau une lettre anonyme ; caché, il entend Laodice l’accuser d’avoir attenté à sa vertu. Medarse prétend être l’auteur de la lettre et accuse Siroe de comploter la mort du roi ; tous se retournent contre le prince, même Emira. Cosroe le fait surveiller, et Medarse rêve déjà du trône.
- Acte II : Emira accable Siroe de reproches ; comme elle refuse de pardonner à Cosroe, il lui tend son épée pour qu’elle le tue. Le roi survient, croit que son fils menace « Idaspe » et le fait arrêter. Surprise par Medarse alors qu’elle s’apprête à frapper le roi, Emira parvient à faire croire qu’elle déposait son épée en hommage ; Cosroe la charge de démasquer le complot. Medarse, jouant l’abnégation, achève de convaincre son père de la culpabilité de Siroe. Arasse presse en vain le prince de se révolter. Cosroe offre à Siroe le pardon, le trône et la main de Laodice s’il avoue et livre ses complices ; tiraillé entre Emira et Laodice, Siroe se tait.
- Acte III : Arasse supplie le roi d’épargner Siroe, dont l’exécution soulèverait le peuple ; Laodice avoue sa faute, et Emira obtient la grâce du prince. Mais Arasse annonce sa mort : bouleversée, Emira révèle sa véritable identité et est arrêtée, tandis que Cosroe est hanté par la vision de son fils. Arasse, qui a feint l’exécution, fait libérer Emira et lui apprend que Siroe est vivant. Dans sa prison, Siroe se lamente ; Emira, venue sous prétexte de le tuer, lui remet l’épée prise à Medarse et se fait reconnaître. Arasse délivre le prince, qui pardonne à son frère repentant. Le palais est assailli par les partisans de Siroe ; celui-ci défend son père contre Emira. Medarse et Laodice implorent son pardon, Emira pardonne à Cosroe, et le roi, ému, couronne Siroe roi de Perse avant de se retirer.
Enregistrement :

George Petrou — 2014
Format : 3 CD.
Label : Decca (production Parnassus Arts Productions).
Référence : 478 6768.
Année d’enregistrement : 21-31 juillet 2014, Parnassos Hall, Athènes.
Distribution :
- Siroe : Max Emanuel Cencic, contre-ténor
- Laodice : Julia Lezhneva, soprano
- Emira (Idaspe) : Mary-Ellen Nesi, mezzo-soprano
- Medarse : Franco Fagioli, contre-ténor
- Arasse : Lauren Snouffer, soprano
- Cosroe : Juan Sancho, ténor
Direction : George Petrou.
Orchestre : Armonia Atenea (instruments d’époque).
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement mondial de l’opéra, dans sa version de Dresde (1763), réalisé dans la foulée de la production scénique créée au Festival d’Athènes le 26 juin 2014, en coproduction avec l’Opéra Royal de Versailles, mise en scène par Max Emanuel Cencic lui-même dans un univers inspiré des miniatures persanes. L’édition de Renzo Bez et Giovanni Sechi intègre quelques insertions : un récitatif accompagné tiré du Siroe de Haendel suivi de l’air « Vo disperato a morte » emprunté au Tito Vespasiano de Hasse pour la scène de la prison, et un air de Laodice sur une musique de Graun (Britannico). George Petrou, salué pour la brillance et le sens théâtral de sa direction, mène avec énergie un plateau de haut vol : Julia Lezhneva éblouit par des vocalises d’une vélocité et d’une précision stupéfiantes, Mary-Ellen Nesi touche par une expressivité plus intériorisée, Cencic offre un Siroe chaleureux et nuancé, Franco Fagioli déploie une virtuosité spectaculaire dans « Fra l’orror della tempesta », et Juan Sancho campe un Cosroe d’une grande agilité. Couronné Disc of the Month du BBC Music Magazine et Editor’s Choice de Gramophone, ce coffret a largement contribué à la réhabilitation de l’opéra de Hasse.
Postérité :
Comme presque toute l’œuvre de Hasse, compositeur le plus célébré d’Europe au milieu du XVIIIe siècle – « le père de la musique » selon Mancini, le « grand Apollon » selon Burney –, Siroe sombra dans l’oubli après la fin de l’Ancien Régime. Sa renaissance moderne débute en 2008 avec une exécution intégrale de près de cinq heures, suivie de productions plus resserrées en 2011 et 2018. La production athénienne de 2014, reprise à Versailles et en tournée, puis immortalisée par Decca, a fait de Siroe l’un des opéras de Hasse les plus connus aujourd’hui, et un emblème du renouveau de l’opera seria porté par la nouvelle génération de contre-ténors.

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