Format :
- Dramma giocoso en trois actes.
- Musique : Joseph Haydn.
- Livret : d’après Carlo Goldoni (Il mondo della luna, 1750), adaptation anonyme.
- Langue : italien.
Création :
3 août 1777, Eszterháza (Hongrie), théâtre d’opéra du château.
Maître de chapelle des princes Esterházy, Haydn compose l’ouvrage pour les festivités du mariage du comte Nikolaus Esterházy, second fils du prince Nicolas « le Magnifique », avec la comtesse Maria Anna von Weissenwolf. À cette époque, le prince fait d’Eszterháza un centre lyrique d’une remarquable intensité, où Haydn dirige chaque année des dizaines de représentations. L’œuvre, d’une ampleur inhabituelle, ne fut apparemment donnée que lors de ces festivités ; Haydn en réutilisa ensuite certaines pages, dont l’ouverture.
Livret :
Le livret dérive de la comédie en musique de Carlo Goldoni, écrite en 1750 pour Baldassare Galuppi et mise en musique ensuite par de nombreux compositeurs (Piccinni, Paisiello…). Satire du crédule bourgeois fasciné par les sciences nouvelles, la pièce mêle comédie d’intrigue, théâtre dans le théâtre et fantaisie « lunaire » : le faux astronome y exploite la naïveté d’un père tyrannique pour marier ses filles selon leur cœur. L’adaptation utilisée par Haydn, d’un auteur inconnu, resserre le texte de Goldoni pour les chanteurs de la troupe d’Eszterháza.
Intrigue :
- Acte I : Le faux astronome Ecclitico, amoureux de Clarice, veut obtenir sa main de son père, le riche et crédule Buonafede, qui s’y oppose, tout comme il refuse Flaminia, son autre fille, au cavalier Ernesto. Aidé d’Ernesto et de son valet Cecco, épris de la servante Lisetta, Ecclitico fait regarder à Buonafede, dans un « télescope » truqué, de prétendues scènes de la vie sur la Lune, où les maris sont complaisants et les femmes dociles. Fasciné, Buonafede accepte de boire un élixir censé le transporter sur la Lune et sombre dans un profond sommeil.
- Acte II : Buonafede se réveille dans le jardin d’Ecclitico, déguisé en paysage lunaire, et se croit sur la Lune. Il y rencontre Cecco, travesti en empereur de la Lune, et Ernesto en étoile Hespérus. Sa servante Lisetta, qu’il convoite, est proclamée impératrice, tandis que Clarice et Flaminia, censées avoir été transportées à leur tour, sont unies avec son consentement à Ecclitico et à Ernesto. Mais la supercherie est dévoilée, et Buonafede, furieux, jure de se venger.
- Acte III : Enfermé, Buonafede menace les coupables ; les jeunes gens implorent son pardon. Face aux supplications de ses filles et à l’évidence de sa propre crédulité, il finit par céder et consent aux trois mariages, que l’on célèbre dans la joie générale.
Enregistrement :

Nikolaus Harnoncourt — 2009
Format : Blu-ray (1 BD 50) / 2 DVD.
Label : C Major / Unitel Classica.
Référence : 703604 (Blu-ray) ; 703508 (DVD).
Année d’enregistrement : 2009, en public, Theater an der Wien (Vienne) ; parution en 2010.
Distribution :
- Ecclitico : Bernard Richter, ténor
- Ernesto : Vivica Genaux, mezzo-soprano
- Buonafede : Dietrich Henschel, baryton
- Clarice : Christina Landshamer, soprano
- Flaminia : Anja-Nina Bahrmann, soprano
- Lisetta : Maite Beaumont, mezzo-soprano
- Cecco : Markus Schäfer, ténor
Direction : Nikolaus Harnoncourt.
Orchestre : Concentus Musicus Wien.
Langue : italien.
Particularité :
Captation vidéo d’une production du Theater an der Wien réalisée pour la double célébration de 2009 : le bicentenaire de la mort de Haydn et les quatre-vingts ans de Nikolaus Harnoncourt, pour qui l’œuvre était « extrême, complètement folle et très drôle ». Mise en scène par l’acteur Tobias Moretti, la production transpose l’action dans les années 1960 : le télescope devient une machine de réalité virtuelle, l’élixir un cocktail, et le monde lunaire se pare de feuilles d’aluminium doré évoquant les capsules Apollo, dans un esprit de conte loufoque mêlant slapstick et costumes fantaisistes. Harnoncourt, qui s’appuie sur la nouvelle édition critique Bärenreiter (2009), dirige avec une énergie irrésistible, des accents appuyés et des cuivres éclatants, et un continuo alternant clavecin et théorbe. Côté chant, les femmes dominent : Flaminia incandescente d’Anja-Nina Bahrmann, Lisetta pleine de piquant de Maite Beaumont, Vivica Genaux virtuose en Ernesto (malgré un vibrato labial qui divise) ; Dietrich Henschel et Bernard Richter campent des personnages très vivants. Généralement considérée comme la meilleure version vidéo de l’œuvre.
Postérité :
Longtemps négligée comme l’ensemble des opéras de Haydn, éclipsés par ceux de Mozart, l’œuvre a été redécouverte au XXe siècle, d’abord sous forme de versions remaniées, puis dans sa forme originale grâce à l’édition critique de Günter Thomas et à l’intégrale des opéras d’Eszterháza enregistrée par Antal Doráti chez Philips (1977). Son ouverture, réutilisée par Haydn comme premier mouvement de sa Symphonie n° 63 « La Roxelane », et son sujet à la fois satirique et fantastique en ont fait l’un des opéras de Haydn les plus régulièrement représentés aujourd’hui.

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