Note personnelle : ,

Hasse, Johann Adolf — La contadina (1728)

Format :

  • Intermezzo en 2 parties (aussi connu sous les titres Scintilla e Don Tabarano ou La contadina astuta).
  • Musique : Johann Adolf Hasse (1699-1783).
  • Livret : attribué à Bernardo Saddumene (ou à Andrea Belmuro).
  • Langue : italien (avec passages en dialecte napolitain).

Création :

1728, Teatro San Bartolomeo, Naples.
Hasse, âgé de vingt-neuf ans et installé à Naples depuis 1722, compose La contadina pour être donnée pendant les deux entractes de l’opera seria Clitarco, ossia il più fedel amico de Pietro Scarlatti — d’où la division en « Intermezzo primo » et « Intermezzo secondo », bien que les deux parties forment un tout. Les nombreux témoignages sur la création attestent un grand succès, qui ne se démentit pas : trente-huit productions sont documentées dans les principaux théâtres européens entre 1728 et 1769, d’abord en Italie puis, après une dizaine d’années, dans les pays germaniques. La contadina fut ainsi l’un des « tubes » du XVIIIe siècle. Paradoxalement, sa renommée fut longtemps associée à Pergolesi : la ressemblance du titre avec son intermezzo La contadina astuta (Livietta e Tracollo), l’attribution expresse à Pergolesi dans les partitions de Parme, Florence et Bruxelles, et la substitution, dans ces sources, du célèbre duo de Pergolesi « Per te ho io nel core » au duo final, entretinrent la confusion — le castrat Caffarelli lui-même l’attribua à son compatriote, et une autre source la donne à Porpora.

Livret :

L’auteur du livret reste incertain : un livret de 1728 conservé au Conservatoire de Naples le donne à Bernardo Saddumene, tandis qu’Allacci et Algarotti citent Andrea Belmuro. Le plus ancien livret connu sur ce sujet se rattache à une représentation donnée à Trieste en 1721. Contrairement à nombre d’intermezzi de l’époque, le texte ne semble pas adapté d’une comédie française précise, même si le riche paysan Don Tabarano, vaniteux et vêtu « de façon fort ridicule », évoque Le Bourgeois gentilhomme, et si le faux enlèvement par des pirates turcs rappelle Les Fourberies de Scapin. Le dénouement précipité fut d’ailleurs souvent modifié dans les partitions de l’époque. Musicalement, Hasse y illustre pleinement le style napolitain alors en plein essor : écriture simplifiée à deux voix, violons à l’unisson de la voix, déclamation souple épousant le texte, contrastes rythmiques et points d’orgue à effet comique — autant de traits qui annoncent le style classique.

Intrigue :

  • Intermezzo primo : Dans un jardin, le riche et fat paysan Don Tabarano et son valet muet et turbulent Corbo rencontrent la paysanne Scintilla. Tabarano s’éprend d’elle au premier regard et lui déclare sa flamme en métaphores ampoulées aux sous-entendus grivois. Flairant l’aubaine, Scintilla prétend avoir été dépouillée par des voleurs la nuit précédente ; Tabarano, consterné, lui offre réparation de sa propre bourse. Contre la promesse de son amour, elle lui soutire argent et objets précieux, afin de s’enfuir avec son amant Lucindo. Corbo perce son jeu à jour sans pouvoir protéger son maître. Lorsque Scintilla réclame aussi la maison et la ferme tout en refusant la moindre preuve d’amour, Tabarano commence à se méfier.
  • Intermezzo secondo : Déguisés en pirates turcs, Tabarano, Corbo et leurs complices s’emparent de Scintilla et de Lucindo au moment où ils s’apprêtent à embarquer. Dans un sabir mêlant turc et napolitain, Tabarano les menace d’esclavage et de mort. Scintilla propose de livrer aux pirates un riche paysan — Tabarano lui-même — à rançonner, et avoue au faux Turc qu’elle n’aime pas plus cet homme « qu’un chat n’aime la salade ». Tabarano se démasque et menace de la livrer à la justice. Apprenant que Lucindo s’est enfui en l’abandonnant, Scintilla finit par consentir, non sans contrainte, à s’unir à Tabarano, ravi de la tenir enfin ; tous deux dansent pour conclure.

Enregistrement(s) :

Fabio Maestri — 1993

Format : 1 CD, enregistrement de studio.
Label : Bongiovanni (collection « Intermezzi del ‘700 »).
Référence : GB 2128-2.
Année d’enregistrement : 1993, Teatro Comunale, Narni (parution en 1995).
Distribution :

  • Scintilla : Susanna Rigacci, soprano
  • Don Tabarano : Romano Franceschetto, baryton

Direction : Fabio Maestri.
Orchestre : Orchestra da camera dell’Associazione « In Canto ».
Langue : italien.

Particularité :

Enregistrement réalisé au Teatro Comunale de Narni, en Ombrie, et publié par Bongiovanni dans sa collection consacrée aux intermezzi du XVIIIe siècle. Fabio Maestri y dirige l’orchestre de chambre de l’association In Canto dans une lecture alerte et théâtrale. La soprano Susanna Rigacci campe une Scintilla vive et rusée face au Don Tabarano bouffe et truculent du baryton Romano Franceschetto. C’est le plus ancien des trois enregistrements de l’œuvre présentés ici.

Attilio Cremonesi — 1998

Format : 1 CD (env. 70 min), enregistrement de studio ; complété par un concerto de Michele Mascitti.
Label : Glossa (coproduction Schola Cantorum Basiliensis / Schweizer Radio DRS2).
Référence : GCD 922511.
Année d’enregistrement : novembre 1998, studio de la Schweizer Radio DRS2, Zurich (parution Glossa en 2013).
Distribution :

  • Scintilla : Graciela Oddone, soprano
  • Don Tabarano : Lorenzo Regazzo, baryton-basse

Direction : Attilio Cremonesi (également au clavecin).
Orchestre : Ensemble Arcadia (premier violon : Pablo Valetti ; clavecin : Massimiliano Toni).
Langue : italien.

Particularité :

Production de la Schola Cantorum Basiliensis, sur instruments d’époque, réunissant de jeunes musiciens appelés à de belles carrières dans le monde baroque (Pablo Valetti, Amandine Beyer, Riccardo Minasi, Gaetano Nasillo…). Attilio Cremonesi, qui fut longtemps l’assistant musical de René Jacobs, restitue l’intermezzo avec l’ouverture d’Astarto (1727) en guise de sinfonia et les danses du second intermezzo (« Ballo da Turco », « Ballo di Villano »), tandis que les bruitages du valet muet Corbo sont confiés à Louis van Niekerk. Le disque est complété par le Concerto op. 7 n° 3 de Michele Mascitti (1727). La critique (International Record Review) a salué une interprétation « enjouée et pleine d’entrain », la sonorité « cristalline » et pétillante de Graciela Oddone et l’exubérance complice des deux chanteurs, Lorenzo Regazzo déployant sa verve de basse bouffe rossinienne.

Delio Cassetta — 1999

Format : 1 CD, enregistrement de studio.
Label : Kicco Classic.
Référence : KC052.1.
Année d’enregistrement : 1999 (parution en 2000).
Distribution :

  • Scintilla : Federica Bragaglia, soprano
  • Don Tabarano : Alessandro Calamai, baryton

Direction : Delio Cassetta.
Orchestre : Orchestra da Camera di Belluno.
Langue : italien.

Particularité :

Publié sous le titre La contadina astuta et la double signature « J. A. Hasse – G. B. Pergolesi », avec la mention « First World Recording », cet enregistrement témoigne de la longue confusion entre les deux compositeurs, née des sources qui attribuaient l’intermezzo à Pergolesi. Delio Cassetta y dirige l’Orchestra da Camera di Belluno, avec la soprano Federica Bragaglia en Scintilla et le baryton Alessandro Calamai en Don Tabarano. Un témoignage intéressant de l’histoire compliquée de l’attribution de l’œuvre.

Postérité :

Immense succès du XVIIIe siècle, La contadina sombra ensuite dans l’oubli, sa paternité même restant brouillée par les attributions à Pergolesi et à Porpora. Rendue à Hasse par la musicologie du XXe siècle, elle a connu dans les années 1990 plusieurs enregistrements successifs, qui ont permis de redécouvrir le talent comique d’un compositeur surtout célébré pour ses opere serie, et sa place dans l’essor du style napolitain qui prépare le classicisme.

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