Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Tolomeo, re d’Egitto, HWV 25 (1728)

Format :

  • Opera seria (dramma per musica) en 3 actes.
  • Musique : Georg Friedrich Händel (1685-1759).
  • Livret : Nicola Francesco Haym, d’après Tolomeo et Alessandro, overo La corona disprezzata de Carlo Sigismondo Capece.
  • Langue : italien.

Création :

30 avril 1728, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Dernier opéra composé par Händel pour la première Royal Academy of Music, Tolomeo clôt la série des trois sujets royaux (Riccardo primo, Siroe, Tolomeo) de l’année qui suit l’avènement de George II. Il réunit une dernière fois la distribution vedette de la compagnie : Senesino (Tolomeo), Francesca Cuzzoni (Seleuce), Faustina Bordoni (Elisa), Antonio Baldi (Alessandro) et Giuseppe Maria Boschi (Araspe). Créé dans le contexte difficile de la concurrence du Beggar’s Opera et des difficultés financières de l’Academy, il ne connaît que sept représentations ; la compagnie cesse ses activités à la fin de la saison et les chanteurs italiens quittent Londres. Händel reprend cependant l’ouvrage, remanié, lors de sa « seconde Academy » en 1730 et en 1733, signe de l’attachement qu’il lui portait.

Livret :

Nicola Francesco Haym adapte Tolomeo et Alessandro de Carlo Sigismondo Capece, livret écrit pour Domenico Scarlatti et créé à Rome en 1711 au théâtre privé de la reine Marie-Casimire de Pologne, alors en exil. Le sujet s’inspire de l’histoire des Lagides : Ptolémée IX Sôter II (dit Lathyre), chassé du trône d’Égypte par sa mère Cléopâtre III au profit de son frère cadet Ptolémée X Alexandre, se réfugia à Chypre. Capece en tire une pastorale héroïque aux accents d’Arcadie, faite de déguisements, de quiproquos et de sentiments intenses, qu’Haym resserre en conservant l’essentiel de l’intrigue pour cinq personnages seulement, sans chœur.

Intrigue :

  • Acte I : Chypre. Tolomeo, roi d’Égypte détrôné par sa mère Cléopâtre au profit de son frère Alessandro, vit en exil sous l’habit du berger Osmino. Il sauve du naufrage un inconnu, qui n’est autre qu’Alessandro, venu le chercher. Elisa, sœur d’Araspe, roi de Chypre, s’éprend du berger. Seleuce, épouse de Tolomeo, dont elle a été séparée, erre elle aussi sur l’île déguisée en bergère sous le nom de Delia ; Araspe la désire.
  • Acte II : Les époux se retrouvent enfin, mais leur bonheur est aussitôt menacé : Elisa, repoussée par Tolomeo, et Araspe, repoussé par Seleuce, découvrent leurs identités et usent de leur pouvoir pour obtenir par la contrainte l’amour qu’on leur refuse. Tolomeo et Seleuce, à nouveau séparés, sont à la merci de leurs rivaux.
  • Acte III : Elisa, humiliée, fait boire à Tolomeo ce qu’il croit être un poison ; il chante, mourant, l’air célèbre « Stille amare, già vi sento », avant de sombrer. Mais le breuvage n’était qu’un somnifère. Apprenant la mort de Cléopâtre, Alessandro, loyal envers son frère, lui rend la couronne d’Égypte ; Araspe et Elisa renoncent à leur vengeance, et l’opéra s’achève sur un quatuor joyeux célébrant le pardon et les retrouvailles des époux.

Enregistrement(s) :

Auldon Clark — 1995

Format : Coffret 3 CD, avec livret.
Label : Vox Classics.
Référence : VOX3 7530 (parution 1996).
Année d’enregistrement : 1995 (studio).
Distribution :

  • Tolomeo : Jennifer Lane, mezzo-soprano
  • Seleuce : Brenda Harris, soprano
  • Elisa : Andrea Matthews, soprano
  • Alessandro : Mary Ann Hart, mezzo-soprano
  • Araspe : Peter Castaldi, baryton

Direction : Richard Auldon Clark
Orchestre : Manhattan Chamber Orchestra (clavecin : Bradley Brookshire)
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’œuvre, réalisé par une équipe américaine sur instruments modernes. La direction de Richard Auldon Clark est soignée mais assez uniforme, et la lecture reste en deçà de la tension dramatique de la partition. On y remarque cependant la mezzo Jennifer Lane, spécialiste du répertoire händélien, qui prête au rôle-titre un timbre chaud et une belle présence, et que l’on retrouve ensuite en Alessandro dans la production de Halle. Un document utile pour avoir révélé l’ouvrage au disque.

Arman — 1998

Format : Coffret 3 CD, enregistrement public.
Label : Edition Opernhaus Halle (enregistrement MDR Kultur ; réédition Mondo Musica).
Référence : Edition Opernhaus Halle (1998) ; Mondo Musica MMH 80080 (2004).
Année d’enregistrement : en public à l’Opernhaus de Halle, production des Händel-Festspiele Halle créée en 1996 ; parution 1998. Enregistrement MDR Kultur (direction artistique : Maria Suschke).
Distribution :

  • Tolomeo : Axel Köhler, contre-ténor
  • Seleuce : Linda Perillo, soprano
  • Elisa : Romelia Lichtenstein, soprano
  • Alessandro : Jennifer Lane, mezzo-soprano
  • Araspe : Brian Bannatyne-Scott, basse

Direction : Howard Arman
Orchestre : Händelfestspielorchester des Opernhauses Halle (instruments d’époque)
Langue : italien

Particularité :

Témoignage de la production du festival Händel de Halle, ville natale du compositeur, par l’équipe qui y défendait alors ses opéras (on retrouve Howard Arman, Axel Köhler et Romelia Lichtenstein dans l’Admeto filmé en 2006). La direction d’Arman, vivante et théâtrale, tire parti de l’énergie du direct. Le contre-ténor Axel Köhler campe un Tolomeo sensible, touchant dans « Stille amare », face à l’Elisa brillante et impérieuse de Romelia Lichtenstein et à la Seleuce délicate de Linda Perillo. Une version longtemps difficile à trouver, rééditée par Mondo Musica.

Curtis — 2006

Format : Coffret 3 CD, avec livret.
Label : Archiv Produktion (Deutsche Grammophon).
Référence : 477 7106 (parution 2008).
Année d’enregistrement : 2006 (studio).
Distribution :

  • Tolomeo : Ann Hallenberg, mezzo-soprano
  • Seleuce : Karina Gauvin, soprano
  • Elisa : Anna Bonitatibus, mezzo-soprano
  • Alessandro : Romina Basso, mezzo-soprano
  • Araspe : Pietro Spagnoli, baryton

Direction : Alan Curtis
Orchestre : Il Complesso Barocco (instruments d’époque)
Langue : italien

Particularité :

Version de référence, dans la série des opéras de Händel qu’Alan Curtis a enregistrés avec Il Complesso Barocco. Sa direction souple et attentive au texte privilégie l’élégance et la vérité des affects. Ann Hallenberg, déjà Siroe chez Spering, livre un Tolomeo d’une grande noblesse et d’une émotion saisissante dans « Stille amare », tandis que Karina Gauvin, lumineuse, fait de Seleuce l’une de ses plus belles incarnations händéliennes. Anna Bonitatibus apporte à Elisa un tempérament incisif, Romina Basso et Pietro Spagnoli complétant une distribution homogène.

Postérité :

Après les reprises de 1730 et 1733, Tolomeo sombre dans l’oubli, mais l’air « Non lo dirò col labbro » connaîtra une longue carrière indépendante (notamment dans une adaptation anglaise sous le titre « Did you not hear my lady »). L’opéra est l’un des premiers de Händel à renaître au XXe siècle : Fritz Lehmann le monte à Göttingen dès 1938. Suivront les productions de Halle (1996), de l’English Touring Opera (2006) et de Glimmerglass (2010). Avec son effectif réduit, son atmosphère pastorale et la grande scène de l’empoisonnement « Stille amare », souvent citée parmi les sommets dramatiques du compositeur, Tolomeo est aujourd’hui considéré comme l’un des joyaux méconnus de la maturité de Händel.

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