Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Siroe, re di Persia, HWV 24 (1728)

Format :

  • Opera seria (dramma per musica) en 3 actes.
  • Musique : Georg Friedrich Händel (1685-1759).
  • Livret : Pietro Metastasio, adapté par Nicola Francesco Haym.
  • Langue : italien.

Création :

17 février 1728, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Dernier grand opéra de la Royal Academy of Music avant son effondrement, Siroe réunit une ultime fois Senesino (Siroe), Faustina Bordoni (Emira) et Francesca Cuzzoni (Laodice), avec le castrat Antonio Baldi (Medarse) et les basses Giuseppe Maria Boschi (Cosroe) et Giovanni Battista Palmerini (Arasse). Händel l’écrit dans la hâte à la fin de 1727, après avoir abandonné un Genserico déjà entamé dont il recycle cinq airs dans l’acte I. La création intervient trois semaines après le triomphe du Beggar’s Opera de John Gay (29 janvier 1728), satire en anglais qui détourne une partie du public de l’opéra italien ; Mrs Pendarves se désole que « le goût de la ville est si dépravé que rien ne sera approuvé hormis le burlesque ». Pourtant, soutenu par la famille royale qui assiste à au moins sept soirées, Siroe tient l’affiche dix-huit représentations consécutives, deuxième meilleure série d’une saison de la Royal Academy, qui s’effondre néanmoins à la fin de la saison avec le départ des chanteurs italiens. Avec Riccardo primo et Tolomeo, il forme une sorte de triptyque de sujets royaux, l’année qui suit l’avènement de George II.

Livret :

Siroe est le premier livret de Pietro Metastasio (Pietro Trapassi, 1698-1782) mis en musique par Händel. Écrit pour Leonardo Vinci au carnaval de Venise 1726, il avait déjà été repris par Porta, Sarro, Porpora et Vivaldi. C’est la version napolitaine de Sarro que Nicola Francesco Haym, secrétaire de la Royal Academy, adapte pour Londres, réduisant de moitié les 1284 vers de récitatif, tout en conservant dix-neuf textes d’airs de Metastasio. Le drame s’inspire librement du roi sassanide Khosrow II (590-628), qui voulut écarter son fils aîné Kavadh II Shiroé au profit de son cadet ; Metastasio, qui connaissait sans doute le Cosroès de Rotrou (1649) et l’Ormisda de Zeno (1721), inverse l’histoire en faisant du fils condamné un modèle de clémence et le rédempteur de son père.

Intrigue :

  • Acte I : Au temple du Soleil, Cosroe, roi de Perse, annonce qu’il désigne pour héritier son fils cadet Medarse au lieu de l’aîné Siroe. Emira, princesse de Cambaja, dont Cosroe a tué le père, vit à la cour déguisée en homme sous le nom d’Idaspe ; elle a juré de se venger et veut faire de Siroe, qu’elle aime, son complice. Laodice, maîtresse du roi et sœur du général Arasse, aime Siroe qui la repousse, et jure de le perdre. Siroe prévient son père par une lettre anonyme du complot d’Emira ; Laodice l’accuse de l’avoir menacée, Medarse s’attribue l’avertissement, et Siroe, qui refuse de nommer les conjurés pour ne pas trahir Emira, est arrêté.
  • Acte II : Déchiré entre l’amour, le devoir filial et sa parole, Siroe tire l’épée pour se donner la mort ; Cosroe survient et croit qu’il menace Idaspe. Seule avec le roi, Emira s’apprête à le frapper mais, surprise par Medarse, feint de déposer l’épée à ses pieds, ce qui touche profondément Cosroe. Le roi somme une dernière fois Siroe de parler — il obtiendrait alors la main de Laodice — ou de mourir ; Siroe se tait et est condamné.
  • Acte III : Le peuple se soulève contre la condamnation de Siroe. Cosroe, pris de remords, confie son anneau à Idaspe pour sauver son fils, mais Arasse annonce la mort de Siroe ; le roi est désespéré, et Emira, révélant son identité, proclame l’innocence du prince. Arasse, fidèle à Siroe, l’a en réalité épargné. Medarse tente de tuer son frère, mais Emira retourne contre lui l’épée qu’elle s’est fait remettre. Lors de la révolte, Siroe retient la main d’Emira qui voulait frapper Cosroe, pardonne à Medarse et à Laodice, et obtient d’Emira qu’elle renonce à sa vengeance. Cosroe abdique et couronne Siroe roi de Perse ; tous chantent l’amour.

Enregistrement(s) :

Palmer — 1989

Format : Coffret 3 CD (DDD), avec livret.
Label : Newport Classic.
Référence : NCD 60125 (℗ 1991).
Année d’enregistrement : septembre 1989, SUNY Purchase (État de New York), studio ; producteur : John Ostendorf.
Distribution :

  • Siroe : D’Anna Fortunato, mezzo-soprano
  • Emira : Julianne Baird, soprano
  • Laodice : Andrea Matthews, soprano
  • Medarse : Steven Rickards, contre-ténor
  • Cosroe : John Ostendorf, baryton-basse
  • Arasse : Frederick Urrey, ténor

Direction : Rudolph Palmer
Orchestre : Brewer Baroque Chamber Orchestra (instruments d’époque ; clavecin : Edward Brewer)
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’opéra, réalisé par une équipe entièrement américaine autour de Rudolph Palmer, qui a gravé plusieurs raretés händéliennes pour Newport Classic. Sur instruments d’époque, la lecture est sérieuse et stylée, portée notamment par la voix pure et agile de Julianne Baird en Emira et par le Siroe noble de la mezzo D’Anna Fortunato. Si la direction manque parfois de relief dramatique, ce document pionnier a le mérite d’avoir révélé l’ouvrage au disque.

Spering — 2004

Format : Coffret 2 CD, avec notice et synopsis.
Label : Harmonia Mundi (réédition collection « Heritage »).
Référence : HMC 901826.27 (2004) ; HMY 2921826.27 (réédition 2015).
Année d’enregistrement : 2003 (studio), parution 2004.
Distribution :

  • Siroe : Ann Hallenberg, alto
  • Emira : Johanna Stojkovic, soprano
  • Laodice : Sunhae Im, soprano
  • Medarse : Gunther Schmid, contre-ténor
  • Cosroe : Sebastian Noack, baryton
  • Arasse : Timm de Jong, basse

Direction : Andreas Spering
Orchestre : Cappella Coloniensis (instruments d’époque)
Langue : italien

Particularité :

Version plus concise (2 CD), dirigée avec vivacité et netteté par Andreas Spering à la tête de la Cappella Coloniensis, l’un des plus anciens orchestres allemands sur instruments d’époque. La mezzo suédoise Ann Hallenberg, alors en pleine ascension, confère au rôle-titre une chaleur et une noblesse remarquables, notamment dans la scène de prison de l’acte III. Sunhae Im apporte fraîcheur et virtuosité à Laodice, face à l’Emira de Johanna Stojkovic. Spering a par ailleurs établi le matériel d’exécution repris plus tard à Göttingen.

Cummings — 2013

Format : Coffret 3 CD, enregistrement public, livret complet.
Label : Accent (note 1 music), en coproduction avec NDR Kultur et les Internationale Händel-Festspiele Göttingen.
Référence : ACC 26401 (© 2014).
Année d’enregistrement : 10 mai 2013, en public au Deutsches Theater de Göttingen, dans le cadre des Internationale Händel-Festspiele Göttingen.
Distribution :

  • Siroe : Yosemeh Adjei, contre-ténor
  • Emira : Anna Dennis, soprano
  • Laodice : Aleksandra Zamojska, soprano
  • Medarse : Antonio Giovannini, contre-ténor
  • Cosroe : Lisandro Abadie, basse
  • Arasse : Ross Ramgobin, basse

Direction : Laurence Cummings
Orchestre : FestspielOrchester Göttingen (instruments d’époque)
Langue : italien

Particularité :

Captation de la production qui a marqué la première présentation de Siroe au festival Händel de Göttingen. Sa direction, souple et théâtrale, fait ressortir la tension dramatique d’une partition sans flûtes ni cuivres. Le contre-ténor Yosemeh Adjei donne un Siroe intense, bouleversant dans la grande scène de prison « Son stanco, ingiusti numi » / « Deggio morire, o stelle » ; Anna Dennis et Aleksandra Zamojska campent des rivales bien caractérisées, et Lisandro Abadie un Cosroe rongé par le remords dans « Gelido in ogni vena ». La version la plus complète et la plus vivante de l’ouvrage.

Postérité :

Händel ne reprit jamais Siroe, mais il en réutilisa des airs dans ses pasticcios Oreste (1734) et Alessandro Severo (1738), dans les reprises de Tolomeo et de Poro, et jusque dans des reprises tardives des oratorios Deborah et Theodora. Il mit ensuite en musique deux autres livrets de Metastasio (Poro et Ezio) et en tira plusieurs pasticcios. Longtemps négligé, Siroe reste l’un des opéras les moins joués de Händel, malgré quelques productions modernes et les trois intégrales discographiques. On y admire pourtant des pages parmi les plus inspirées du compositeur, comme la plainte de Laodice « Mi lagnerò tacendo », l’air de remords de Cosroe « Gelido in ogni vena » et la scène de prison de Siroe à l’acte III.

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