Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Sosarme, re di Media / Fernando, re di Castiglia (1732)

Format :

  • Dramma per musica en trois actes (HWV 30).
  • Musique : Georg Friedrich Händel.
  • Livret : adaptation anonyme de Dionisio, re di Portogallo d’Antonio Salvi (1707).
  • Langue : italien.

Création :

15 février 1732, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Créé quatre semaines seulement après l’échec d’Ezio, Sosarme remporte un succès immédiat : douze représentations devant des salles combles. Le Colman’s Opera Register note qu’en février « Sosarme fascine la ville », et un contemporain le juge « l’une des meilleures œuvres » qu’il ait jamais entendues ; le pamphlet See and Seem Blind oppose l’Ezio « très magistral » au Sosarme « très agréable ». La distribution réunit Senesino (Sosarme), Anna Strada del Pò (Elmira), le ténor Giovanni Battista Pinacci (Haliate), la basse Antonio Montagnana (Altomaro), les contraltos Anna Bagnolesi (Erenice) et Francesca Bertolli (Melo), et le castrat alto Antonio Gualandi dit « Campioli » (Argone). Händel reprend l’ouvrage en avril 1734 dans une version remaniée, pour trois représentations.

Livret :

Le texte provient de Dionisio, re di Portogallo d’Antonio Salvi, écrit pour la villa médicéenne de Pratolino (1707), qui mettait en scène le conflit entre le roi Denis de Portugal et son fils rebelle Alphonse au XIVe siècle. Händel commença à composer l’opéra sous le titre de Fernando, re di Castiglia, dans son cadre ibérique d’origine, avant de changer en cours de travail le lieu, l’époque et le nom des personnages : l’action est transportée à Sardes, en Lydie, dans une Antiquité orientale imaginaire, et Fernando devient Sosarme, roi des Mèdes. Ce revirement tardif s’explique vraisemblablement par des raisons diplomatiques — ne pas offenser le Portugal, allié de la Grande-Bretagne, en montrant sur scène une querelle dynastique de sa famille royale. Comme souvent à Londres, les récitatifs sont réduits au strict nécessaire au profit des airs et des ensembles, dont trois duos remarquables.

Intrigue :

  • Acte I : Melo, fils et héritier du roi Haliate de Lydie, s’est révolté contre son père, persuadé que celui-ci veut le déshériter au profit de son fils illégitime Argone. Sosarme, roi des Mèdes, fiancé à Elmira, sœur de Melo, est venu avec son armée pour mettre fin à cette guerre fratricide. Haliate assiège Sardes, où Melo s’est retranché avec sa mère Erenice et sa sœur ; la ville est affamée et Melo décide de lancer une sortie, malgré les supplications des deux femmes qui redoutent qu’il blesse ou tue son père. Altomaro, conseiller d’Haliate et grand-père d’Argone, pousse ce dernier à revendiquer la succession, ce que le jeune homme juge déshonorant. Sosarme tente une médiation, mais Haliate est résolu à punir le fils rebelle.
  • Acte II : Après la bataille, Melo rapporte au palais un vêtement taché du sang de Sosarme, et Elmira s’évanouit à sa vue (« Padre, germano e sposo »). Altomaro, décidé à renverser lui-même Haliate si Argone refuse de le faire, multiplie les intrigues. Mais Sosarme n’a été que blessé : ramené au palais, il retrouve Elmira avec tendresse (duo « Per le porte del tormento »). Pour épargner à son peuple une guerre prolongée, Haliate décide de régler la querelle en défiant Melo en combat singulier.
  • Acte III : Au moment où père et fils vont s’affronter, Erenice et Argone s’interposent ; la mère déchirée exprime sa douleur dans « Cuor di madre ». Haliate et Melo découvrent qu’Altomaro les a trahis tous deux ; on annonce que le traître s’est donné la mort. Le père et le fils se réconcilient, et Sosarme épouse Elmira.

Enregistrements :

Anthony Lewis — 1954

Format : 3 LP (1955), réédité en 2 CD.
Label : L’Oiseau-Lyre ; rééditions Theorema, Opera d’Oro, Urania, Eloquence.
Référence : OL 50091-3 (LP) ; Eloquence ELQ 482 8582 (CD).
Année d’enregistrement : 1954, Londres.
Distribution :

  • Sosarme : Alfred Deller, contre-ténor
  • Elmira : Margaret Ritchie, soprano
  • Erenice : Nancy Evans, mezzo-soprano
  • Melo : Helen Watts, contralto
  • Haliate : William Herbert, ténor
  • Argone : John Kentish, ténor
  • Altomaro : Ian Wallace, basse

Direction : Anthony Lewis.
Orchestre : St Cecilia Orchestra, St Anthony Singers.
Langue : italien.

Particularité :

L’un des tout premiers enregistrements d’un opéra de Händel, réalisé par Anthony Lewis, musicologue et pionnier de la redécouverte du baroque anglais, peu avant une diffusion intégrale de l’œuvre par la BBC en 1955. Alfred Deller, qui ressuscitait alors la voix de contre-ténor, y tient le rôle-titre créé par Senesino — un choix audacieux à une époque où les rôles de castrats étaient généralement transposés pour baryton. Aux côtés de la jeune Helen Watts et de Margaret Ritchie, la version porte la marque de son temps (orchestre moderne, style prudent), mais reste un document historique majeur de la Handel Renaissance.

Johannes Somary — 1993

Format : 2 CD (studio).
Label : Newport Classic.
Référence : NPD 85575.
Année d’enregistrement : automne 1993, New York (publication 1994).
Distribution :

  • Sosarme : D’Anna Fortunato, mezzo-soprano
  • Elmira : Julianne Baird, soprano
  • Erenice : Jennifer Lane, mezzo-soprano
  • Melo : Drew Minter, contre-ténor
  • Haliate : John Aler, ténor
  • Argone : Raymond Pellerin, contre-ténor
  • Altomaro : Nathaniel Watson, basse

Direction : Johannes Somary.
Orchestre : Amor Artis Orchestra (clavecin : Edward Brewer), Taghkanic Chorale.
Langue : italien.

Particularité :

Présenté comme le premier enregistrement de Sosarme sur instruments d’époque, ce coffret produit par John Ostendorf réunit une distribution de spécialistes américains de la musique ancienne. Le ténor John Aler campe un Haliate noble et assuré, Julianne Baird une Elmira claire et stylée, et le contre-ténor Drew Minter un Melo sensible. Le rôle-titre est confié, comme souvent à l’époque, à une mezzo-soprano, D’Anna Fortunato. Une lecture honnête et soignée, qui a longtemps été la seule version moderne disponible.

Alan Curtis — 2005

Format : 2 CD (studio), sous le titre Fernando, re di Castiglia.
Label : Virgin Classics (Veritas) ; réédition Erato.
Référence : Erato 3654832 (réédition).
Année d’enregistrement : 20-28 avril 2005, Tonhalle, Saint-Gall (Suisse) (publication 2006).
Distribution :

  • Fernando (Sosarme) : Lawrence Zazzo, contre-ténor
  • Elvida (Elmira) : Veronica Cangemi, soprano
  • Isabella (Erenice) : Marianna Pizzolato, mezzo-soprano
  • Dionisio (Haliate) : Filippo Adami, ténor
  • Alfonso (Melo) : Neal Banerjee, ténor
  • Sancio (Argone) : Max Emanuel Cencic, contre-ténor
  • Altomaro : Antonio Abete, basse

Direction : Alan Curtis.
Orchestre : Il Complesso Barocco.
Langue : italien.

Particularité :

Version singulière : Alan Curtis a reconstitué, à partir de l’autographe, la première mouture de l’opéra, Fernando, re di Castiglia, telle que Händel l’avait conçue dans son cadre portugais avant de la transformer en Sosarme. Les personnages portent leurs noms d’origine et certaines pages diffèrent de la version créée en 1732. Lawrence Zazzo maîtrise brillamment le rôle-titre, Veronica Cangemi offre une Elvida au soprano crémeux et ravissant, et le jeune Max Emanuel Cencic se distingue déjà. Curtis dirige avec sensibilité et expressivité, servi par l’acoustique de la Tonhalle de Saint-Gall : un véritable « banquet » musical, selon la critique.

Marco Angioloni — 2026

Format : 3 CD (studio).
Label : Château de Versailles Spectacles.
Référence : CVS160.
Année d’enregistrement : 9-15 décembre 2024, Salon d’Hercule, château de Versailles (publication 2026).
Distribution :

  • Sosarme : Rémy Brès-Feuillet, contre-ténor
  • Elmira : Sarah Charles, soprano
  • Erenice : Éléonore Pancrazi, mezzo-soprano
  • Melo : Nicolò Balducci, contre-ténor
  • Haliate : Marco Angioloni, ténor
  • Argone : Logan Lopez Gonzalez, contre-ténor
  • Altomaro : Giacomo Nanni, basse

Direction : Marco Angioloni (ténor et direction).
Orchestre : Orchestre de l’Opéra Royal.
Langue : italien.

Particularité :

Comme dans son Poro, Marco Angioloni dirige tout en chantant l’un des rôles, ici le roi Haliate. C’est le premier enregistrement de Sosarme dans sa version définitive depuis celui de Somary en 1993, et le seul disponible aujourd’hui, les précédents étant épuisés. La distribution, jeune, brille par Rémy Brès-Feuillet, aux vocalises précises et raffinées dans le rôle-titre, par l’Elmira fraîche et agile de Sarah Charles, et par l’Erenice émouvante d’Éléonore Pancrazi, bouleversante dans « Cuor di madre » ; Logan Lopez Gonzalez fait valoir un superbe timbre en Argone. La critique regrette en revanche un orchestre de vingt-six musiciens manquant parfois d’ampleur et de relief.

Postérité :

Malgré son succès de 1732, Sosarme ne fut plus joué après la reprise de 1734 et disparut pendant plus de deux siècles. Il fut l’un des premiers opéras de Händel à revivre au XXe siècle, avec l’enregistrement d’Anthony Lewis et la diffusion intégrale de la BBC en 1955, avant de retrouver la scène à partir de 1970 : Barber Institute de Birmingham (1979), London Handel Festival (2004), Opéra de Halle (2016). Sa partition, où Händel concentre son invention dans les airs et les ensembles — le duo « Per le porte del tormento », l’air d’Erenice « Cuor di madre », le duo final « Tu caro sei » —, est aujourd’hui considérée comme l’une des plus accomplies de sa maturité, et la découverte de la version primitive Fernando éclaire de façon passionnante sa méthode de travail.

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