Format :
- Dramma per musica en trois actes (HWV 29).
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : adaptation anonyme d’Ezio de Pietro Metastasio (1728).
- Langue : italien.
Création :
15 janvier 1732, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Composé vraisemblablement en novembre-décembre 1731, Ezio est le troisième livret de Métastase mis en musique par Händel, après Siroe (1728) et Poro (1731). Rien n’avait été épargné : décors et costumes neufs, et une distribution de premier plan réunissant Senesino (Ezio), Anna Strada del Pò (Fulvia), la contralto Anna Bagnolesi (Valentiniano), le grand ténor Giovanni Battista Pinacci (Massimo), Francesca Bertolli (Onoria) et la jeune basse Antonio Montagnana (Varo), à la tessiture exceptionnellement étendue. L’échec est pourtant net : cinq représentations seulement, et l’opéra ne fut jamais repris du vivant du compositeur. Le pamphlet See and Seem Blind (1732) résume la saison en qualifiant Ezio de « très magistral » et Sosarme, créé quatre semaines plus tard avec succès, de « très agréable ». Le public fut sans doute dérouté par un héros privé de grands airs de bravoure — c’est Varo, et non Senesino, qui chante l’air brillant avec trompette obligée avant le finale —, choix qui contribua à dégrader les relations entre Händel et le castrat, lequel rejoignit l’Opera of the Nobility en 1733.
Livret :
Ezio est l’un des premiers livrets de Pietro Metastasio, mis en musique pour la première fois par Pietro Auletta à Rome en 1728 ; Händel le découvrit probablement lors de son voyage en Italie en 1729. Fidèle à la réforme métastasienne — suppression du merveilleux et des valets comiques, intrigue logique, stricte séparation entre récitatifs qui font avancer l’action et airs qui en commentent les étapes —, le drame met en scène la rivalité entre l’empereur Valentinien III et son général Aetius, vainqueur d’Attila aux champs Catalauniques (451), au lendemain du retour triomphal de ce dernier à Rome. Contrairement à l’histoire, où Aetius fut assassiné par Valentinien en 454, l’opéra se termine par un lieto fine. L’adaptateur londonien taille sévèrement dans les récitatifs et réorganise les airs, au point de compromettre l’équilibre des caractères voulu par Métastase : le spectateur doit lire l’avant-propos du livret pour comprendre que Massimo hait l’empereur parce que celui-ci a tenté de séduire sa femme.
Intrigue :
- Acte I : Au Forum, l’empereur Valentiniano accueille triomphalement Ezio, vainqueur d’Attila. Le patricien Massimo, favori de l’empereur mais secrètement résolu à se venger de lui, annonce à Ezio, fiancé à sa fille Fulvia, que Valentiniano veut épouser celle-ci, et l’invite à tuer le tyran ; Ezio refuse de trahir. Fulvia reproche à son père de faire d’elle l’instrument de ses ambitions ; Massimo décide alors de faire assassiner l’empereur par son serviteur Emilio et de faire retomber les soupçons sur Ezio. Onoria, sœur de l’empereur, avoue à Varo, préfet du prétoire, son amour secret pour le général. Valentiniano, inquiet de la gloire d’Ezio, lui offre la main d’Onoria ; Ezio avoue aimer Fulvia, et apprend que l’empereur compte l’épouser dès le lendemain : il menace de se venger.
- Acte II : À l’aube, l’attentat contre Valentiniano a échoué ; l’empereur, indemne, a reconnu Emilio mais croit, sur la foi de Massimo, qu’Ezio est l’instigateur du complot. Fulvia, déchirée entre son père et son amant, presse Ezio de fuir ; il refuse, se sachant innocent, et Varo vient lui retirer son épée. Devant l’empereur et Fulvia qui feint d’aimer Valentiniano pour sauver Ezio, le général accuse l’empereur de lui voler sa bien-aimée ; Fulvia finit par avouer qu’elle n’aime qu’Ezio. Furieux, Valentiniano fait jeter Ezio en prison.
- Acte III : Onoria rend visite à Ezio dans sa cellule pour lui offrir la liberté contre des aveux ; il refuse et lui confie qu’il en aime une autre. Valentiniano ordonne à Varo de faire exécuter Ezio si celui-ci ne revient pas en sa compagnie. Varo annonce bientôt la mort du général, tandis qu’Onoria rapporte qu’Emilio, mourant, a proclamé son innocence ; pour sauver son père, Fulvia s’accuse elle-même (« Misera, dove son ? »). Au Capitole, Massimo soulève le peuple contre l’empereur et tente de le tuer ; Fulvia s’interpose, et Ezio, que Varo avait seulement feint de faire exécuter, surgit et sauve Valentiniano. L’empereur, repentant, pardonne à Massimo à la prière d’Ezio et unit les deux amants.
Enregistrements :

Brynmor Llewelyn Jones — 1993
Format : 2 CD (live).
Label : Deutsche Schallplatten (DSB), coproduction Deutschlandradio / Thorofon, collection « Berliner Kammeroper live ».
Référence : DS 1051-2.
Année d’enregistrement : juillet 1993, Hebbel-Theater, Berlin (publication 1995).
Distribution :
- Ezio : Christopher Robson, contre-ténor
- Fulvia : Lori McCann, soprano
- Valentiniano : Linda Pavelka, mezzo-soprano
- Massimo : Mark Bowman-Hester, ténor
- Onoria : Barbara Schramm, mezzo-soprano
- Varo : Johannes Schwärsky, basse
Direction : Brynmor Llewelyn Jones.
Orchestre : Orchestre de la Berliner Kammeroper.
Langue : allemand (traduction de Herbert Koch, adaptation scénique de Heinz Rückert).
Particularité :
Captation d’une production scénique de la Berliner Kammeroper, mise en scène par Henry Akina dans des décors de Ric Schachtebeck, présentée par August Everding. Chantée en allemand dans la traduction de Herbert Koch, héritée de la tradition des festivals allemands de Halle et de Göttingen, cette version a le mérite d’avoir fait connaître l’œuvre au disque. Le rôle-titre est tenu par le contre-ténor britannique Christopher Robson, grand spécialiste des rôles de castrats ; la vitalité du théâtre l’emporte ici sur le style, loin de l’esthétique baroque actuelle.

Richard Auldon Clark — 1994
Format : 2 CD (studio).
Label : Vox Classics.
Référence : VOX2 7503.
Année d’enregistrement : mars 1994, église Saint-Jean-Baptiste, New York (publication 1995).
Distribution :
- Ezio : D’Anna Fortunato, mezzo-soprano
- Fulvia : Julianne Baird, soprano
- Valentiniano : Raymond Pellerin, contre-ténor
- Massimo : Frederick Urrey, ténor
- Onoria : Jennifer Lane, mezzo-soprano
- Varo : Nathaniel Watson, basse
Direction : Richard Auldon Clark.
Orchestre : Manhattan Chamber Orchestra (et Magic Circle Opera Ensemble).
Langue : italien.
Particularité :
Présenté comme le premier enregistrement intégral en italien, ce coffret produit par John Ostendorf reprend une pratique d’époque : deux concertos pour orgue de l’opus 4 de Händel, joués par Johannes Somary, sont insérés entre les actes, comme Händel le faisait lui-même lors de ses soirées d’oratorios. Julianne Baird, figure du baroque américain, prête à Fulvia une voix claire et stylée, face à l’Ezio de D’Anna Fortunato. L’orchestre joue sur instruments modernes et l’ensemble, honnête, a été nettement surpassé par la version Curtis.

Alan Curtis — 2008
Format : 3 CD (studio).
Label : Deutsche Grammophon (Archiv Produktion).
Référence : 477 8073.
Année d’enregistrement : septembre 2008, Teatro Comunale di Lonigo (Vénétie, Italie) (publication 2009).
Distribution :
- Ezio : Ann Hallenberg, mezzo-soprano
- Fulvia : Karina Gauvin, soprano
- Valentiniano : Sonia Prina, contralto
- Massimo : Anicio Zorzi Giustiniani, ténor
- Onoria : Marianne Andersen, mezzo-soprano
- Varo : Vito Priante, basse
Direction : Alan Curtis.
Orchestre : Il Complesso Barocco.
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement sur instruments d’époque, réalisé d’après la nouvelle édition établie par Alan Curtis à partir des sources originales, avec le soutien de la romancière Donna Leon. Ann Hallenberg campe un Ezio d’une assurance souveraine ; Sonia Prina domine le plateau en Valentiniano sans excès d’ornementation, et Karina Gauvin offre une Fulvia lumineuse et dramatique, notamment dans la grande scène de folie « Misera, dove son ? ». Le ténor élégant d’Anicio Zorzi Giustiniani et la basse de Vito Priante, brillant dans l’air avec trompette « Già risonar », complètent une distribution homogène. Curtis donne aux récitatifs un élan continu et aux airs un tempo naturel : la version de référence de l’ouvrage.
Postérité :
Échec de la saison 1731-1732, Ezio est resté l’un des opéras les plus méconnus de Händel. Il a pourtant retrouvé la scène au XXe siècle, notamment grâce à la Handel Opera Society, qui le donna en anglais au Sadler’s Wells de Londres en 1977, puis en Allemagne avec la Berliner Kammeroper (1993) et le festival de Schwetzingen (2009). La critique moderne a réévalué sa partition, d’une écriture orchestrale subtile et colorée, riche en airs raffinés — « Se povero il ruscello », « Finché un zeffiro soave », « Se la mia vita » — et en portraits psychologiques saisissants, telle la scène de délire de Fulvia qui annonce la folie de Lucia di Lammermoor. Son relatif échec aurait convaincu Händel que les livrets de Métastase convenaient mieux aux théâtres de cour du continent qu’au public londonien : il ne revint plus à Métastase pour ses opéras originaux.

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