Format :
- Dramma per musica en trois actes (HWV 31).
- Musique : Georg Friedrich Händel.
- Livret : adaptation anonyme de l’Orlando, ovvero La gelosa pazzia de Carlo Sigismondo Capece (Rome, 1711), d’après l’Orlando furioso de l’Arioste (1516).
- Langue : italien.
Création :
27 janvier 1733, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Dernier opéra écrit par Händel pour Senesino, Orlando réunit la troupe de la « seconde Académie » : Senesino (Orlando, castrat alto), Anna Strada del Pò (Angelica, soprano), Francesca Bertolli (Medoro, contralto), Celeste Gismondi (Dorinda, soprano), venue de l’intermezzo napolitain, et la basse Antonio Montagnana (Zoroastro). Le spectacle, somptueux, est jugé « extraordinairement beau et magnifique », mais le public est clairsemé : onze représentations seulement, et l’œuvre ne sera pas reprise du vivant du compositeur. Quelques mois plus tard, Senesino quitte Händel pour l’Opera of the Nobility nouvellement fondé, emmenant avec lui presque toute la troupe.
Livret :
Le texte adapte le livret que Carlo Sigismondo Capece avait écrit pour Domenico Scarlatti et le théâtre privé de la reine Marie-Casimire de Pologne à Rome en 1711, lui-même tiré de l’épisode de la folie de Roland dans l’Orlando furioso de l’Arioste. L’adaptateur londonien, resté anonyme, resserre l’intrigue et crée de toutes pièces le personnage du mage Zoroastro, figure de la raison qui guide le héros, tandis que la bergère Dorinda, simple comparse chez Capece, devient un rôle de premier plan, entre comédie et mélancolie. Le drame oppose l’amour et la gloire : le paladin, qui délaisse ses devoirs guerriers pour la reine Angelica, sombre dans la folie en découvrant qu’elle aime le prince africain Medoro, avant que Zoroastro ne le ramène à la raison. Le merveilleux et les machines — montagnes transformées en palais, char tiré par des dragons, grotte changée en temple — y tiennent une place considérable.
Intrigue :
- Acte I : La nuit, dans un paysage de montagne, le mage Zoroastro lit dans les astres le destin d’Orlando et l’exhorte à délaisser l’amour pour la gloire des armes ; le paladin, partagé, s’y résout un instant, mais sa passion pour Angelica, reine du Cathay, l’emporte. Il sauve en passant la princesse Isabella, ce qui éveille la jalousie d’Angelica. Celle-ci aime le prince africain Medoro, qu’elle a soigné de ses blessures dans le bois de la bergère Dorinda — laquelle s’est éprise à son tour du jeune homme. Dorinda découvre, désolée, les amours d’Angelica et de Medoro, qui cherchent à échapper à Orlando ; l’acte se clôt sur le trio « Consolati, o bella », où les amants consolent la bergère délaissée.
- Acte II : Dorinda révèle à Orlando qu’Angelica aime Medoro ; fou de jalousie, le paladin jure de se venger. Zoroastro protège la fuite des amants, qui gravent leurs noms sur les arbres ; Angelica fait ses adieux au bois (« Verdi piante, erbette liete »). Orlando découvre les inscriptions et, se croyant trahi, perd la raison : dans la grande scène de folie « Ah ! Stigie larve », aux mesures irrégulières à 5/8, il se croit descendu aux Enfers avant d’être emporté dans les airs par Zoroastro sur son char.
- Acte III : Medoro trouve refuge chez Dorinda. Orlando, toujours égaré, courtise la bergère qu’il prend pour Vénus, puis, convaincu qu’Angelica lui a été enlevée, détruit la chaumière de Dorinda, croyant y avoir tué Medoro, et précipite Angelica dans une grotte que Zoroastro transforme en temple. Épuisé, le héros s’endort (« Già l’ebro mio ciglio ») ; Zoroastro lui rend la raison grâce à un breuvage magique apporté par un aigle. Revenu à lui et bouleversé par ses actes, Orlando renonce à Angelica, bénit son union avec Medoro et se tourne de nouveau vers la gloire ; Dorinda invite tous les personnages à fêter l’heureuse issue.
Enregistrements :

Arnold Goldsborough — 1963
Format : 2 CD (radio).
Label : Oriel Music Society ; Ponto.
Référence : OMS 085/3M ; Ponto PO-1048.
Année d’enregistrement : diffusion de la BBC (Third Programme) du 24 février 1963, Londres.
Distribution :
- Orlando : Janet Baker, mezzo-soprano
- Angelica : April Cantelo, soprano
- Medoro : Pamela Bowden, contralto
- Dorinda : Heather Harper, soprano
- Zoroastro : Stanislav Pieczora, basse
Direction : Arnold Goldsborough.
Orchestre : English Chamber Orchestra.
Langue : italien.
Particularité :
Précieux document radiophonique de la Handel Renaissance anglaise, capté par la BBC trois ans avant la production de Birmingham (1966) qui ramena l’œuvre sur scène en Grande-Bretagne, déjà avec Janet Baker. La jeune mezzo, bientôt l’une des grandes interprètes de Händel, donne au rôle-titre créé par Senesino une noblesse et une intensité remarquables, entourée d’April Cantelo, de Pamela Bowden et de Heather Harper. L’orchestre moderne, les coupures et le style de l’époque datent la lecture, mais le témoignage vocal reste de premier ordre. L’édition Ponto ajoute en bonus des extraits d’une exécution dirigée par Kazimierz Kord à Scheveningen en 1978.

Charles Mackerras — 1985
Format : 3 CD (live).
Label : Mondo Musica.
Référence : MFOH 10502.
Année d’enregistrement : 14 avril 1985, Gran Teatro La Fenice, Venise (publication 1999).
Distribution :
- Orlando : Marilyn Horne, mezzo-soprano
- Angelica : Lella Cuberli, soprano
- Medoro : Jeffrey Gall, contre-ténor
- Dorinda : Adelina Scarabelli, soprano
- Zoroastro : Giorgio Surjan, basse
Direction : Charles Mackerras (édition de Charles Mackerras et Julian Smith).
Orchestre : Orchestra del Teatro La Fenice.
Langue : italien.
Particularité :
Captation d’une production vénitienne construite autour de Marilyn Horne, qui fut dans les années 1980 l’une des grandes championnes des rôles de castrats de Händel et de Rossini. Sa voix de mezzo, d’une puissance et d’une agilité phénoménales, confère à Orlando une stature héroïque et une folie spectaculaire. Lella Cuberli, belcantiste raffinée, est une Angelica élégante, et Jeffrey Gall fait entendre un contre-ténor en Medoro. Mackerras, pionnier de l’interprétation informée sur instruments modernes, dirige avec élan une partition dont il a lui-même établi l’édition.

Christopher Hogwood — 1989
Format : 3 CD (studio).
Label : L’Oiseau-Lyre (Decca).
Référence : 430 845-2.
Année d’enregistrement : 1989-1990, Londres (publication 1991).
Distribution :
- Orlando : James Bowman, contre-ténor
- Angelica : Arleen Auger, soprano
- Medoro : Catherine Robbin, mezzo-soprano
- Dorinda : Emma Kirkby, soprano
- Zoroastro : David Thomas, basse
Direction : Christopher Hogwood.
Orchestre : The Academy of Ancient Music.
Langue : italien.
Particularité :
Premier enregistrement intégral sur instruments d’époque, longtemps considéré comme la référence. James Bowman, grand contre-ténor britannique, est un Orlando noble et touchant plutôt que spectaculaire ; Arleen Auger, à la ligne d’une pureté exceptionnelle, livre une Angelica lumineuse, et Emma Kirkby, idéale en Dorinda, apporte fraîcheur et esprit. David Thomas campe un Zoroastro solide et Catherine Robbin un Medoro sensible. La direction de Hogwood, claire et équilibrée, privilégie l’élégance à la théâtralité.

William Christie — 1996
Format : 3 CD (studio).
Label : Erato.
Référence : 0630-14636-2.
Année d’enregistrement : 1996 (publication 1996).
Distribution :
- Orlando : Patricia Bardon, mezzo-soprano
- Angelica : Rosemary Joshua, soprano
- Medoro : Hilary Summers, contralto
- Dorinda : Rosa Mannion, soprano
- Zoroastro : Harry van der Kamp, basse
Direction : William Christie.
Orchestre : Les Arts Florissants.
Langue : italien.
Particularité :
Cette version s’est imposée comme l’une des grandes références de l’œuvre. Christie et ses Arts Florissants y déploient un sens du théâtre, une souplesse et une richesse de couleurs qui mettent en valeur le merveilleux de la partition. Patricia Bardon, mezzo au timbre sombre et charnu, fait d’Orlando un héros viril et tourmenté, bouleversant dans la scène de folie ; Rosemary Joshua est une Angelica radieuse, Rosa Mannion une Dorinda piquante et émouvante, Hilary Summers un Medoro au grave profond, et Harry van der Kamp un Zoroastro d’une belle autorité.

Jean-Claude Malgoire — 2008
Format : 3 CD (live).
Label : K617.
Référence : K617221/3.
Année d’enregistrement : 4 mai 2008, Théâtre municipal de Tourcoing (publication 2010).
Distribution :
- Orlando : Christophe Dumaux, contre-ténor
- Angelica : Elena de la Merced, soprano
- Medoro : Jean-Michel Fumas, contre-ténor
- Dorinda : Rachel Nicholls, soprano
- Zoroastro : Alain Buet, baryton-basse
Direction : Jean-Claude Malgoire.
Orchestre : La Grande Écurie et la Chambre du Roy.
Langue : italien.
Particularité :
Captation de la production de l’Atelier lyrique de Tourcoing, mise en scène par Gildas Bourdet, également présentée au Théâtre des Champs-Élysées. Le jeune Christophe Dumaux, à la voix saisissante de beauté et de couleurs, campe un Orlando d’une grande vérité dramatique, d’une sincérité bouleversante dans la scène de folie. Rachel Nicholls, Dorinda d’une pureté ensorcelante, est l’un des atouts majeurs de la distribution, aux côtés de l’Angelica brillante d’Elena de la Merced et du Medoro sobre et concentré de Jean-Michel Fumas. Malgoire, à la tête de sa Grande Écurie, soigne la progression dramatique et le rythme théâtral.

Nicholas McGegan — 2008
Format : 3 CD (live, édition non commerciale).
Label : Internationale Händel-Festspiele Göttingen / NDR Kultur.
Référence : hors commerce.
Année d’enregistrement : mai 2008, Deutsches Theater, Göttingen (88e Internationale Händel-Festspiele Göttingen).
Distribution :
- Orlando : William Towers, contre-ténor
- Angelica : Dominique Labelle, soprano
- Medoro : Diana Moore, mezzo-soprano
- Dorinda : Susanne Rydén, soprano
- Zoroastro : Wolf Matthias Friedrich, basse
Direction : Nicholas McGegan.
Orchestre : FestspielOrchester Göttingen (avec la New York Baroque Dance Company).
Langue : italien.
Particularité :
Témoignage de la production scénique du festival de Göttingen, coproduite avec NDR Kultur et diffusée hors commerce. Dirigée par McGegan, alors directeur artistique du festival, cette version réunit une distribution nord-américaine et scandinave rompue au style händélien : le contre-ténor William Towers en Orlando, Dominique Labelle, grande habituée des productions de McGegan, en Angelica, et la lumineuse Susanne Rydén en Dorinda. La présence de la New York Baroque Dance Company rappelle l’importance de la danse dans les productions du festival.

Alexander Weimann — 2012
Format : 3 CD (studio).
Label : ATMA Classique (en partenariat avec Early Music Vancouver).
Référence : ACD2 2678.
Année d’enregistrement : août 2012, Ryerson United Church, Vancouver (Canada) (publication 2013).
Distribution :
- Orlando : Owen Willetts, contre-ténor
- Angelica : Karina Gauvin, soprano
- Medoro : Allyson McHardy, mezzo-soprano
- Dorinda : Amanda Forsythe, soprano
- Zoroastro : Nathan Berg, baryton-basse
Direction : Alexander Weimann.
Orchestre : Pacific Baroque Orchestra.
Langue : italien.
Particularité :
Enregistrement réalisé en partenariat avec Early Music Vancouver. Alexander Weimann tire de son orchestre sur instruments d’époque un jeu énergique et plein de caractère. Owen Willetts prête à Orlando un timbre doux et mélancolique, plus séduisant que dramatiquement dominateur ; Karina Gauvin est une Angelica engagée, Allyson McHardy un Medoro solide et Nathan Berg un Zoroastro un peu léger pour ce rôle de basse. La révélation du coffret est la Dorinda d’Amanda Forsythe, au timbre scintillant, d’une chaleur et d’un esprit irrésistibles.

René Jacobs — 2013
Format : 2 CD (studio).
Label : Deutsche Grammophon (Archiv Produktion).
Référence : 479 2199.
Année d’enregistrement : juillet-août 2013, Concertgebouw, Bruges (publication 2014).
Distribution :
- Orlando : Bejun Mehta, contre-ténor
- Angelica : Sophie Karthäuser, soprano
- Medoro : Kristina Hammarström, mezzo-soprano
- Dorinda : Sunhae Im, soprano
- Zoroastro : Konstantin Wolff, baryton-basse
Direction : René Jacobs.
Orchestre : B’Rock Orchestra (Gand).
Langue : italien.
Particularité :
Premier opéra de Jacobs pour Archiv, enregistré après une tournée de concerts. Bejun Mehta, considéré comme le meilleur Orlando de sa génération, allie autorité technique et tristesse retenue dans la scène de folie. Kristina Hammarström, Medoro d’une élégance souveraine, Sophie Karthäuser, Angelica audacieuse et radieuse dans « Verdi piante », et Sunhae Im, Dorinda solaire, forment un plateau de haut niveau. Fidèle à son style, Jacobs prend des libertés avec la partition et ajoute des effets sonores (vent, tonnerre, chants d’oiseaux) qui divisent la critique, mais sa direction, vivante et colorée, se montre ici très attentive aux chanteurs.
Postérité :
Succès d’estime plus que de public en 1733, Orlando est aujourd’hui considéré comme l’un des chefs-d’œuvre absolus de Händel : Winton Dean y voyait « musicalement le plus riche de tous ses opéras », et on l’a souvent rapproché de La Flûte enchantée pour son mélange de merveilleux, de comédie et de gravité. Recréé à Halle en 1922, il revient sur la scène britannique en 1966 à Birmingham avec Janet Baker, puis devient l’un des opéras de Händel les plus joués depuis la renaissance baroque. Sa scène de folie, avec ses mesures irrégulières et ses ruptures de ton, reste l’une des pages les plus audacieuses de l’opera seria, tout comme l’air du sommeil « Già l’ebro mio ciglio ». Le rôle-titre, créé par Senesino, est devenu un emblème pour les contre-ténors et les mezzos, de Janet Baker et Marilyn Horne à James Bowman, Bejun Mehta ou Christophe Dumaux.

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