Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Riccardo primo, re d’Inghilterra, HWV 23 (1727)

Format :

  • Opera seria (dramma per musica) en 3 actes.
  • Musique : Georg Friedrich Händel (1685-1759).
  • Livret : Paolo Antonio Rolli, d’après Isacio tiranno de Francesco Briani.
  • Langue : italien.

Création :

11 novembre 1727, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Composé pour la Royal Academy of Music, Riccardo primo réunit une dernière fois le trio vedette de la compagnie : le castrat Senesino (Riccardo), Francesca Cuzzoni (Costanza) et Faustina Bordoni (Pulcheria), avec Antonio Baldi (Oronte), Giuseppe Maria Boschi (Isacio) et Giovanni Battista Palmerini (Berardo). La mort de George Ier en juin 1727 ferme les théâtres et retarde la création ; l’opéra devient alors un hommage au nouveau roi George II, couronné le 11 octobre 1727 (Händel a composé pour la cérémonie ses célèbres Coronation Anthems), et célèbre en même temps la naturalisation britannique toute récente du compositeur. Unique incursion de Händel dans l’histoire anglaise, l’ouvrage, somptueusement orchestré (flûtes traversière et à bec, hautbois, cors, trompettes, timbales), est donné onze fois, sans être repris ensuite par Händel, qui en réutilise treize airs dans d’autres œuvres. En février 1729, Telemann le présente à Hambourg en version allemande, sous le titre Richardus I., König von England, avec des scènes comiques ajoutées ; il est également donné à Brunswick.

Livret :

Paolo Antonio Rolli adapte Isacio tiranno de Francesco Briani, mis en musique par Antonio Lotti à Venise en 1710. Le livret s’inspire d’un épisode de la troisième croisade : en 1191, en route vers la Terre sainte, Richard Cœur de Lion s’empare de Chypre, dont le souverain Isaac Comnène avait maltraité des naufragés de sa flotte, et y épouse Bérengère de Navarre (ici Costanza). Rolli transforme le héros en figure du roi idéal, sage et magnanime, dans laquelle le public londonien pouvait reconnaître le jeune George II.

Intrigue :

  • Acte I : Chypre, 1191. Costanza, princesse de Navarre promise à Riccardo, roi d’Angleterre, qu’elle n’a jamais vu, fait naufrage sur la côte de l’île avec son tuteur Berardo. Recueillie par le tyran de Chypre Isacio, elle cache son identité, mais Isacio s’éprend d’elle. Riccardo, qui a débarqué à la recherche de sa fiancée, se présente à la cour déguisé en son propre ambassadeur pour réclamer la princesse. Isacio, décidé à garder Costanza, imagine de faire passer sa propre fille Pulcheria, fiancée au prince syrien Oronte, pour la promise de Riccardo.
  • Acte II : La supercherie ne tient pas : Pulcheria, indignée d’être utilisée par son père et fidèle à Oronte, révèle la vérité à Riccardo. Oronte, révolté par la conduite d’Isacio, se range aux côtés du roi d’Angleterre. Riccardo, découvrant enfin Costanza, lui déclare son amour, mais Isacio refuse de la rendre et la guerre éclate.
  • Acte III : Isacio tente une dernière fois de retourner la situation par la ruse et la menace. Les armées anglaises et les troupes d’Oronte prennent la ville ; le tyran est vaincu et capturé. Riccardo, en souverain magnanime, épouse Costanza, rend la justice avec clémence et confie le trône de Chypre à Pulcheria et Oronte.

Enregistrement(s) :

Rousset — 1995

Format : Coffret 3 CD.
Label : Éditions de L’Oiseau-Lyre (Decca), avec le soutien de la Fondation France Télécom.
Référence : 452 201-2 (parution 1996).
Année d’enregistrement : 1995 (studio).
Distribution :

  • Riccardo : Sara Mingardo, contralto
  • Costanza : Sandrine Piau, soprano
  • Pulcheria : Claire Brua, soprano
  • Oronte : Pascal Bertin, contre-ténor
  • Isacio : Roberto Scaltriti, baryton-basse
  • Berardo : Olivier Lallouette, baryton

Direction : Christophe Rousset
Orchestre : Les Talens Lyriques (instruments d’époque)
Langue : italien

Particularité :

Premier enregistrement mondial de l’œuvre, et l’une des premières intégrales händéliennes de Christophe Rousset et de ses Talens Lyriques, fondés quelques années plus tôt. La direction, nerveuse et colorée, met en valeur l’orchestration somptueuse de la partition. Sara Mingardo prête au rôle-titre écrit pour Senesino son contralto profond et noble ; Sandrine Piau, lumineuse et virtuose, incarne une Costanza d’une grande fraîcheur face à la Pulcheria plus fougueuse de Claire Brua. Un enregistrement qui a largement contribué à révéler cet opéra méconnu.

Goodwin — 2007

Format : Coffret 3 CD (enhanced CD, livret complet en PDF sur le CD 1).
Label : Deutsche Harmonia Mundi (Sony BMG), en coproduction avec les Händel-Festspiele Halle.
Référence : 88697 17421 2 (℗ 2008).
Année d’enregistrement : 2007 (studio).
Distribution :

  • Riccardo : Lawrence Zazzo, contre-ténor
  • Costanza : Núria Rial, soprano
  • Pulcheria : Geraldine McGreevy, soprano
  • Oronte : Tim Mead, contre-ténor
  • Isacio : David Wilson-Johnson, baryton
  • Berardo : Curtis Streetman, baryton-basse

Direction : Paul Goodwin
Orchestre : Kammerorchester Basel (instruments d’époque)
Langue : italien

Particularité :

Né d’une collaboration avec le festival Händel de Halle, cet enregistrement confie cette fois le rôle de Riccardo à un contre-ténor, Lawrence Zazzo, héroïque et d’une belle agilité. Paul Goodwin, qui voit dans l’ouvrage l’un des opéras de Händel injustement négligés et musicalement parmi ses meilleurs, dirige le Kammerorchester Basel avec élan et raffinement. Núria Rial offre une Costanza tendre et pure, Geraldine McGreevy une Pulcheria pleine de caractère, et le jeune Tim Mead un Oronte prometteur. Une alternative moderne et vivante à la version pionnière de Rousset.

Postérité :

Jamais repris par Händel, Riccardo primo n’a connu au XVIIIe siècle que les reprises allemandes de Hambourg et Brunswick. Redécouvert en 1964 par la Handel Opera Society à Londres, il a ensuite été monté à Chypre (1991), au festival de Göttingen (1996), puis à Karlsruhe et, pour sa première américaine, à l’Opera Theatre of Saint Louis (2015). Plus récemment, Les Arts Florissants et le Teatro Real de Madrid l’ont remis à l’affiche. Longtemps perçu comme une simple œuvre de circonstance liée au couronnement de George II, l’ouvrage est aujourd’hui reconnu pour la richesse de son orchestration et la qualité de ses airs, destinés aux plus grands chanteurs de l’époque.

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