Format :
- Opera seria (dramma per musica) en 3 actes.
- Musique : Georg Friedrich Händel (1685-1759).
- Livret : adaptation anonyme (attribuée à Nicola Francesco Haym ou à Paolo Antonio Rolli) de L’Alceste d’Ortensio Mauro, lui-même tiré de L’Antigona delusa da Alceste d’Aurelio Aureli, d’après l’Alceste d’Euripide.
- Langue : italien.
Création :
31 janvier 1727, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Composé pour la Royal Academy of Music quelques mois après Alessandro, Admeto réunit à nouveau les deux prime donne rivales, Faustina Bordoni (Alceste) et Francesca Cuzzoni (Antigona), autour du castrat Senesino dans le rôle-titre, avec Antonio Baldi (Trasimede), Giuseppe Maria Boschi (Ercole), Anna Vincenza Dotti (Orindo) et Giovanni Battista Palmerini (Meraspe). C’est l’un des plus grands succès de Händel à Londres : dix-neuf représentations lors de la première saison, puis seize autres lors de reprises entre 1727 et 1732. Mais la querelle des partisans des deux chanteuses envenime les soirées : sifflets et chahuts se multiplient, jusqu’au scandale de juin 1727 où, en présence de la princesse Caroline, les deux divas en viennent aux mains sur scène lors d’Astianatte de Bononcini. L’année 1727 est aussi celle où Händel obtient la nationalité britannique.
Livret :
Le sujet remonte à l’Alceste d’Euripide, mais la source directe est L’Antigona delusa da Alceste d’Aurelio Aureli, mis en musique par Pietro Andrea Ziani à Venise en 1660. Ortensio Mauro en tira une version remaniée, L’Alceste, pour la cour de Hanovre (1679). L’adaptation londonienne, anonyme, est attribuée à Nicola Francesco Haym ou à Paolo Antonio Rolli. Elle conserve le mélange vénitien de tragique, de merveilleux et de comédie : au mythe de l’épouse qui meurt à la place de son mari et que ramène Hercule des Enfers se greffe l’intrigue d’Antigona, princesse troyenne autrefois promise à Admeto, qui revient déguisée pour le reconquérir — permettant une nouvelle fois de donner des rôles d’égale importance à Faustina et Cuzzoni.
Intrigue :
- Acte I : Admeto, roi de Thessalie, gît mourant, tourmenté par des spectres. L’oracle d’Apollon révèle qu’il ne guérira que si un être qui l’aime donne sa vie pour lui. La reine Alceste décide de se sacrifier et se donne la mort ; Admeto, aussitôt rétabli, est désespéré. Ercole (Hercule), de passage, promet d’aller la chercher aux Enfers. Pendant ce temps arrive Antigona, princesse troyenne jadis fiancée à Admeto, déguisée en bergère et accompagnée de son précepteur Meraspe. Trasimede, frère d’Admeto, qui s’était jadis épris de son portrait, nourrit toujours pour elle une passion secrète.
- Acte II : Ercole arrache Alceste aux Enfers. Celle-ci, voulant éprouver la fidélité de son époux, se déguise en guerrier et observe la cour sans se faire reconnaître. Antigona, sous le nom de Rosilda, se fait engager comme jardinière au palais ; Admeto se sent attiré par elle, tandis que Trasimede, toujours amoureux, la poursuit. Alceste, témoin d’Antigona embrassant un portrait d’Admeto, est rongée par la jalousie.
- Acte III : Admeto hésite entre le souvenir d’Alceste et Antigona, dont l’identité se révèle. Trasimede, fou de jalousie, tente d’assassiner son frère, mais Alceste, toujours déguisée, s’interpose et lui sauve la vie. Elle se fait enfin reconnaître ; Antigona, touchée par son amour, renonce à Admeto et lui présente elle-même Alceste. Les époux sont réunis, et Trasimede obtient le pardon de son frère.
Enregistrement(s) :

Lewis — 1968
Format : Coffret 3 CD (ADD), enregistrement public ; en bonus, la cantate Geist und Seele wird verwirret BWV 35 de Bach par Janet Baker et l’English Chamber Orchestra dirigés par Benjamin Britten (Blythburgh, 12 juin 1969).
Label : Ponto (sous licence Mitridate).
Référence : PO-1029 (2004).
Année d’enregistrement : mai 1968, en concert, Barber Institute of Fine Arts, Birmingham.
Distribution :
- Admetus (Admeto) : Maureen Lehane, mezzo-soprano
- Alcestis (Alceste) : Janet Baker, mezzo-soprano
- Antigona : Sheila Armstrong, soprano
- Thrasymedes (Trasimede) : Margaret Lensky, mezzo-soprano
- Hercules (Ercole) : John Kitchiner, baryton
- Orindo : Jean Temperley, mezzo-soprano
- Meraspes (Meraspe) / Oracle d’Apollon : Norman Welsby, baryton
Direction : Sir Anthony Lewis
Orchestre : The Baroque Opera Orchestra
Langue : anglais (traduction de Geoffrey Dunn)
Particularité :
Précieux témoignage de la redécouverte des opéras de Händel en Angleterre avant le mouvement baroqueux, sous la direction d’Anthony Lewis, l’un des pionniers de ce renouveau à Birmingham. L’œuvre y est chantée en anglais, sur instruments et diapason modernes, et les rôles de castrats sont confiés à des voix de femmes. L’ensemble reste d’un style soigné, mais c’est surtout l’Alcestis de Janet Baker qui justifie l’écoute : une incarnation d’une noblesse tragique bouleversante, qui tire toutefois l’ouvrage vers la tragédie en gommant une partie de son ambiguïté et de ses éléments comiques.

Curtis — 1977
Format : Coffret 3 CD (initialement 5 LP).
Label : EMI Reflexe (LP, 1979) ; Virgin Veritas (CD), puis Erato.
Référence : 1C 163-30808/12 (LP) ; 7243 5 61369 2 2 (CD Virgin Veritas).
Année d’enregistrement : 1977 (studio).
Distribution :
- Admeto : René Jacobs, contre-ténor
- Alceste : Rachel Yakar, soprano
- Antigona : Jill Gomez, soprano
- Trasimede : James Bowman, contre-ténor
- Ercole : Ulrik Cold, basse
- Orindo : Rita Dams, mezzo-soprano
- Meraspe : Max van Egmond, baryton
Direction : Alan Curtis
Orchestre : Il Complesso Barocco (instruments d’époque)
Langue : italien
Particularité :
Première intégrale sur instruments d’époque et l’une des toutes premières gravures « historiquement informées » d’un opera seria de Händel. Alan Curtis privilégie un récitatif vivant, déclamé plus que chanté, et des ornementations d’allure spontanée. René Jacobs, dans le rôle-titre écrit pour Senesino, et James Bowman en Trasimede témoignent de l’essor des contre-ténors, tandis que Rachel Yakar et Jill Gomez rendent justice aux deux rôles taillés pour Faustina et Cuzzoni. Un jalon discographique, dont on a pu trouver certaines inflexions de Jacobs un peu maniérées.

Arman — 2006
Format : Captation vidéo (coffret 2 DVD + 2 CD audio ; également en Blu-ray).
Label : Arthaus Musik (production digital images, en coproduction avec la MDR).
Référence : 101 257 (DVD, 2007) ; 101 258 (Blu-ray, 2009).
Année d’enregistrement : juin 2006, en public à l’Opernhaus de Halle, dans le cadre des Händel-Festspiele Halle.
Distribution :
- Admeto : Matthias Rexroth, contre-ténor
- Alceste : Romelia Lichtenstein, soprano
- Antigona : Mechthild Bach, soprano
- Trasimede : Tim Mead, contre-ténor
- Ercole : Raimund Nolte, baryton-basse
- Orindo : Melanie Hirsch, soprano
- Meraspe : Gerd Vogel, baryton
Direction : Howard Arman
Orchestre : Händelfestspielorchester Halle (instruments d’époque)
Mise en scène : Axel Köhler (décors : Roland Aeschlimann ; costumes : Marie-Thérèse Jossen)
Langue : italien
Particularité :
Production du festival Händel de la ville natale du compositeur, signée par le contre-ténor devenu metteur en scène Axel Köhler, qui transpose l’action dans l’univers d’un hôpital moderne et assume le mélange de tragédie, de comédie et de grotesque propre au livret vénitien. Howard Arman dirige avec vigueur l’orchestre du festival. Matthias Rexroth campe un Admeto sensible, face à l’Alceste intense de Romelia Lichtenstein ; on y remarque surtout un tout jeune Tim Mead en Trasimede, qui reprendra le rôle-titre à Göttingen trois ans plus tard.

McGegan — 2009
Format : Captation vidéo (DVD / Blu-ray), avec en bonus le documentaire Baroque & Butoh.
Label : C Major / Unitel Classica (coproduction Internationale Händel-Festspiele Göttingen, NHK, NDR).
Référence : 702104 (parution 2010).
Année d’enregistrement : mai-juin 2009, en public au Deutsches Theater de Göttingen, dans le cadre des Internationale Händel-Festspiele Göttingen.
Distribution :
- Admeto : Tim Mead, contre-ténor
- Alceste : Marie Arnet, soprano
- Antigona : Kirsten Blaise, soprano
- Trasimede : David Bates, contre-ténor
- Ercole : William Berger, baryton
- Orindo : Andrew Radley, contre-ténor
- Meraspe : Wolf Matthias Friedrich, basse
Direction : Nicholas McGegan
Orchestre : FestspielOrchester Göttingen (instruments d’époque)
Mise en scène : Doris Dörrie ; danse et chorégraphie : Tadashi Endo (Mamu Dance Theatre)
Langue : italien
Particularité :
La cinéaste Doris Dörrie transpose l’opéra dans un Japon ritualisé de samouraïs, ponctué par la danse butô de Tadashi Endo, dans des tableaux aux couleurs vives. Nicholas McGegan, spécialiste reconnu de Händel et longtemps directeur artistique du festival de Göttingen, dirige avec finesse et sensualité un orchestre sur instruments d’époque salué par la critique (The Times). Tim Mead, passé de Trasimede à Halle au rôle-titre, y trouve l’une de ses belles incarnations, bien entouré par Marie Arnet et Kirsten Blaise.
Postérité :
Triomphe à sa création, Admeto fut l’un des opéras de Händel les plus joués de son vivant à Londres, et fut même repris en 1754, bien après l’abandon de l’opera seria par le compositeur. Tombé ensuite dans l’oubli comme tout le répertoire seria, il a été redécouvert au XXe siècle, d’abord en anglais (Birmingham, 1968), puis sur instruments d’époque avec l’enregistrement pionnier d’Alan Curtis. Les festivals Händel de Halle (2006) et de Göttingen (2009) lui ont offert deux productions filmées très contrastées, suivies de celles de l’Opéra de Leipzig (2010) et du Theater an der Wien (2014). On y apprécie aujourd’hui la richesse d’une partition qui va de l’ouverture infernale aux airs d’une grande intensité d’Alceste et Antigona, et le mélange singulier de tragédie mythologique et de comédie amoureuse hérité de l’opéra vénitien.

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