Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — HWV 20 – Scipione (1726)

Format :

  • Dramma per musica (opera seria) en 3 actes, HWV 20.
  • Musique : Georg Friedrich Händel.
  • Livret : Paolo Antonio Rolli, d’après Publio Cornelio Scipione d’Antonio Salvi (Livourne, 1704), lui-même tiré de Tite-Live (la « continence de Scipion »).
  • Langue : italien.

Création :

12 mars 1726, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Huitième opéra écrit par Händel pour la Royal Academy of Music, Scipione succède immédiatement à la grande trilogie Giulio Cesare – Tamerlano – Rodelinda. C’est un « opéra d’attente » : Händel travaillait à Alessandro, conçu pour l’affrontement de Francesca Cuzzoni et de la nouvelle recrue vénitienne Faustina Bordoni, lorsqu’on apprit au début de 1726 que celle-ci n’arriverait pas à Londres avant le printemps. Il interrompit donc Alessandro et composa Scipione en toute hâte, de la mi-février au 2 mars, pour la troupe disponible. La distribution réunissait les deux étoiles de la compagnie, le castrat Senesino (Lucejo) et Francesca Cuzzoni (Berenice), le castrat Antonio Baldi dans le rôle-titre (son unique rôle-titre händélien), le ténor Luigi Antinori (Lelio), la basse Giuseppe Maria Boschi (Ernando) et la soprano Livia Costantini (Armira). Malgré la précipitation, l’ouvrage remporta un vif succès : treize représentations jusqu’au 30 avril 1726. Händel le reprit en 1730 avec une distribution et une partition largement remaniées, seul Senesino conservant son rôle.

Livret :

Nicola Haym, librettiste attitré de Händel depuis Ottone, étant inexplicablement absent, c’est Paolo Antonio Rolli qui adapta, sans grand scrupule dramaturgique, le livret d’Antonio Salvi Publio Cornelio Scipione, écrit pour Livourne en 1704. Le sujet vient de Tite-Live : après la prise de Carthagène (Carthago Nova) en 210 av. J.-C., Scipion l’Africain rend intacte à son fiancé une noble captive, épisode célèbre sous le nom de « continence de Scipion ». Pendant la composition, la contralto Anna Vincenza Dotti, qui devait chanter Rosalba, mère de Berenice, quitta Londres ; Rolli et Händel durent supprimer le personnage en cours de route, ce qui affaiblit encore la construction dramatique.

Intrigue :

  • Acte I : À Carthagène, Scipione, général romain vainqueur, fait son entrée triomphale suivi de ses troupes et des captifs, dont la princesse celtibère Berenice et Armira. Épris de Berenice, il la traite avec égards. Mais Berenice aime Lucejo, prince ibère qui s’est glissé déguisé dans l’armée romaine pour la délivrer. Le lieutenant Lelio courtise Armira, qui l’éconduit. Lucejo parvient à rejoindre Berenice dans les jardins du palais ; il surprend ensuite les avances de Scipione et, jaloux, doute de la fidélité de sa bien-aimée.
  • Acte II : Ernando, roi des Baléares et père de Berenice, arrive pour offrir une rançon et l’amitié de son peuple. Berenice repousse Scipione, tandis que Lucejo feint de s’intéresser à Armira pour éprouver sa bien-aimée. Surpris dans le jardin par Scipione, Lucejo révèle son identité et le provoque ; Scipione le fait arrêter. Berenice, dans un grand air de bravoure (« Scoglio d’immota fronte »), se compare au rocher inébranlable au milieu des flots.
  • Acte III : Scipione propose de libérer Berenice si elle l’épouse, mais Ernando refuse, fidèle à la promesse qui l’engage envers Lucejo. Touché par cette noblesse et par la vertu de Berenice, Scipione triomphe de sa propre passion : il accepte la rançon d’Ernando, rend la liberté à Berenice et offre la rançon comme présent de noces au couple. Lucejo jure fidélité à Scipione et à Rome, et le chœur célèbre victoire, paix et amour.

Enregistrement(s) :

Christophe Rousset — 1993

Format : 3 CD (171 min).
Label : Fnac Music (première édition, 1993) ; réédition Aparté (2010).
Référence : Fnac Music 592245 ; Aparté AP005.
Année d’enregistrement : 25–31 juillet 1993, Maison de Radio France, Paris (en lien avec le Festival international d’opéra baroque de Beaune).
Distribution :

  • Scipione : Derek Lee Ragin, contre-ténor
  • Berenice : Sandrine Piau, soprano
  • Lucejo : Doris Lamprecht, mezzo-soprano
  • Armira : Vanda Tabery, soprano
  • Lelio : Guy Flechter, ténor
  • Ernando : Olivier Lallouette, basse

Direction : Christophe Rousset (et clavecin des récitatifs).
Orchestre : Les Talens Lyriques (premier violon : Florence Malgoire).
Langue : italien.

Particularité :

Première intégrale de l’opéra dans sa version originale de 1726, et longtemps la seule au disque. Enregistrée deux ans à peine après la fondation des Talens Lyriques, elle frappe par sa fougue et la vitalité de ses airs, portée par une troupe de jeunes chanteurs dans leurs premiers grands emplois händéliens. Sandrine Piau y signe son premier rôle händélien, une Berenice à la fois fragile et vaillante, éblouissante dans « Scoglio d’immota fronte » qui clôt l’acte II ; Derek Lee Ragin, alors contre-ténor händélien de référence, incarne le rôle-titre. Rousset reconnaîtra plus tard avoir, à l’époque, tronqué les cadences sur la note finale des chanteurs, pratique qu’il abandonna ensuite. La réédition Aparté de 2010, accompagnée d’une notice d’Ivan A. Alexandre et du livret complet, fut saluée par la critique (4 étoiles au Financial Times).

Postérité :

L’abbé Prévost rapportait au début des années 1730 que le public londonien tenait Giulio Cesare, Scipione et Rodelinda pour les chefs-d’œuvre de Händel. Pourtant, après la reprise de 1730, l’opéra sombra dans l’oubli, à l’exception de deux pages : la célèbre marche en sol majeur de l’acte I, adoptée comme marche lente régimentaire des Grenadier Guards, et l’air de Lucejo « Dimmi, cara ». Les premières tentatives de résurrection furent altérées : Göttingen en 1937 (en allemand, transposé et abrégé), Halle en 1965, puis la Handel Opera Society à Londres en 1967, 1970 et 1979 (en anglais). La première exécution fidèle à la version de 1726 eut lieu le 15 novembre 1989 à la Guildhall School de Londres. Porté par le renouveau baroque, Scipione reste l’un des opéras les moins joués de la période de la Royal Academy, malgré la qualité de nombre de ses airs.

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