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Händel, Georg Friedrich — HWV 19 – Rodelinda (1725)

Format :

  • Dramma per musica (opera seria) en 3 actes, HWV 19.
  • Musique : Georg Friedrich Händel.
  • Livret : Nicola Francesco Haym, d’après Rodelinda, regina de’ Longobardi d’Antonio Salvi (Pratolino, 1710), lui-même tiré de la tragédie Pertharite, roi des Lombards de Pierre Corneille (1652).
  • Langue : italien.

Création :

13 février 1725, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Septième opéra de Händel pour la Royal Academy of Music, Rodelinda vient clore, après Giulio Cesare et Tamerlano, la grande trilogie de chefs-d’œuvre composée en un peu plus d’un an. Händel en achève la partition le 20 janvier 1725. La distribution réunit Francesca Cuzzoni (Rodelinda), le castrat Senesino (Bertarido), le ténor Francesco Borosini (Grimoaldo), qui venait de créer Bajazet dans Tamerlano, la contralto Anna Vincenza Dotti (Eduige), le castrat Andrea Pacini (Unulfo) et la basse Giuseppe Maria Boschi (Garibaldo). Le succès est immédiat : l’ouvrage est donné quatorze fois lors de la première saison, et la robe brune brodée d’argent portée par Cuzzoni lance, dit-on, une mode dans la société londonienne. Händel le reprend dès décembre 1725, puis en 1731, et l’opéra est également monté à Hambourg (1734) et à Brunswick.

Livret :

Le sujet vient de l’histoire des Lombards racontée au VIIIe siècle par Paul Diacre : au VIIe siècle, le roi Perctarit (Bertarido), chassé de Milan par l’usurpateur Grimoald, finit par recouvrer son trône. Pierre Corneille en tira Pertharite (1652), l’un de ses rares échecs, dont Antonio Salvi fit un livret pour Giacomo Antonio Perti, créé en 1710 au théâtre de la villa médicéenne de Pratolino. Nicola Haym l’abrège considérablement, supprimant une grande partie des récitatifs pour laisser place aux airs, tout en conservant la ligne d’un drame centré sur la fidélité conjugale et l’héroïsme d’une épouse, sujet qui annonce, par-delà le siècle, le Fidelio de Beethoven. Le livret londonien est dédié au comte de Peterborough.

Intrigue :

  • Acte I : À Milan, Grimoaldo, duc de Bénévent, s’est emparé du trône de Bertarido, roi des Lombards, que l’on croit mort en exil. Il délaisse sa fiancée Eduige, sœur de Bertarido, et presse de ses avances Rodelinda, la veuve supposée, qui le repousse avec mépris. Eduige, blessée, se rapproche de Garibaldo, duc de Turin, conseiller perfide de Grimoaldo qui convoite le trône pour lui-même. Bertarido, vivant et déguisé, revient en secret à Milan avec l’aide du fidèle Unulfo ; devant son propre tombeau, il voit Rodelinda pleurer sa mort, puis, horrifié, l’entend accepter d’épouser Grimoaldo : Garibaldo l’a menacée de tuer son fils Flavio si elle refusait.
  • Acte II : Rodelinda pose une condition terrible à son mariage : que Grimoaldo tue d’abord son fils sous ses yeux, car elle ne saurait être à la fois mère de l’héritier légitime et épouse de l’usurpateur. Ébranlé, Grimoaldo renonce. Eduige reconnaît son frère ; Unulfo révèle à Bertarido la fidélité de son épouse, et les deux époux se retrouvent enfin, mais Grimoaldo les surprend dans les bras l’un de l’autre et fait jeter Bertarido en prison, les séparant après un déchirant duo d’adieu (« Io t’abbraccio »).
  • Acte III : Eduige fait passer une épée à son frère dans son cachot. Unulfo vient le délivrer par un passage secret, mais Bertarido, le prenant dans l’obscurité pour un assassin, le blesse. Les deux hommes s’enfuient ; Rodelinda, trouvant le cachot vide et le manteau ensanglanté, croit son époux mort. Dans un jardin, Grimoaldo, rongé par le remords et incapable de trouver le sommeil, s’endort ; Garibaldo s’apprête à le tuer, mais Bertarido surgit et abat le traître. Reconnaissant sa dette, Grimoaldo rend à Bertarido son trône, sa femme et son fils, et retourne régner sur Pavie avec Eduige.

Enregistrement(s) :

Carl Leonhardt — 1938

Format : 2 CD, mono, collection « Faszination Musik – History » (enregistrements historiques 1938-1939).
Label : Hänssler Classic / SWR (2002).
Référence : CD 93.032.
Année d’enregistrement : 1938, Stuttgart (production radiophonique du Reichssender Stuttgart, diffusée le 15 mars 1938).
Distribution :

  • Rodelinde : Cäcilie Reich, soprano
  • Bertarido : Gerhard Hüsch, baryton
  • Grimoaldo : Fritz Krauß, ténor
  • Eduige : Emma Mayer, contralto
  • Garibaldo : Hans Ducrue, basse

Direction : Carl Leonhardt.
Orchestre : Chor und Orchester des Reichssenders Stuttgart.
Langue : allemand.

Particularité :

Le plus ancien enregistrement intégral connu de Rodelinda, et l’un des tout premiers témoignages sonores d’un opéra de Händel. Il reflète directement la tradition née de la résurrection de Göttingen en 1920 : l’œuvre est chantée en allemand sous le titre Rodelinde, abrégée, et le rôle de castrat de Bertarido est confié à un baryton, Gerhard Hüsch, grand interprète du lied, dont la noblesse de ligne compense l’anachronisme. Le ténor Fritz Krauß, pilier de l’Opéra de Munich, prête son éclat à Grimoaldo. Malgré une prise de son d’époque, ce document radiophonique, publié par la SWR en 2002, éclaire la manière dont l’Allemagne de l’entre-deux-guerres redécouvrait Händel.

Charles Farncombe — 1959

Format : 2 CD, mono, enregistrement sur le vif ; nouveau remastering 24 bits / 96 kHz.
Label : Andromeda (également paru chez Memories, Pristine Classical et autres labels).
Référence : ANDRCD 9075.
Année d’enregistrement : 1959, Londres (production de la Handel Opera Society au Sadler’s Wells Theatre ; la pochette indique « London, 24.1.1959 »).
Distribution :

  • Rodelinda : Joan Sutherland, soprano
  • Bertarido : Margreta Elkins, mezzo-soprano
  • Eduige : Janet Baker, mezzo-soprano
  • Grimoaldo : Alfred Hallett, ténor
  • Unulfo : Patricia Kern, mezzo-soprano
  • Garibaldo : Raimund Herincx, baryton-basse

Direction : Charles Farncombe.
Orchestre : Philomusica of London.
Langue : anglais.

Particularité :

Témoignage précieux des débuts de la Handel Opera Society, fondée par Charles Farncombe et Edward Dent, qui fut en Angleterre le fer de lance de la résurrection des opéras de Händel. Chantée en anglais et abrégée, cette Rodelinda est surtout le document d’une rencontre au sommet : Joan Sutherland, quelques mois seulement après son triomphe dans Lucia di Lammermoor à Covent Garden, déploie une virtuosité et une beauté de timbre stupéfiantes, et la toute jeune Janet Baker campe une Eduige déjà pleine de caractère. Le son, capté sur le vif, reste limité, mais l’enregistrement est entré dans la légende händélienne.

Brian Priestman — 1964

Format : 3 LP stéréo ; réédition CD.
Label : Westminster.
Référence : WST-320 (stéréo) ; XWN 3320 (mono).
Année d’enregistrement : 1964, Vienne (enregistrement de studio).
Distribution :

  • Rodelinda : Teresa Stich-Randall, soprano
  • Bertarido : Maureen Forrester, contralto
  • Grimoaldo : Alexander Young, ténor
  • Eduige : Hilde Rössel-Majdan, contralto
  • Unulfo : Helen Watts, contralto
  • Garibaldo : John Boyden, basse

Direction : Brian Priestman ; clavecin : Martin Isepp.
Orchestre : Wiener Rundfunkorchester (Vienna Radio Orchestra).
Langue : italien.

Particularité :

Première intégrale de studio de Rodelinda, et l’un des tout premiers opéras de Händel enregistrés en italien avec les rôles de castrats confiés à des voix de femmes dans leur tessiture d’origine. Le chef britannique Brian Priestman, spécialiste de Händel, dirige un orchestre moderne avec vigueur et sens du style. Teresa Stich-Randall, soprano à la voix pure et instrumentale, est une Rodelinda noble et poignante ; Maureen Forrester, contralto ample et chaleureux, donne à Bertarido une grande profondeur, et Alexander Young, ténor händélien de référence, campe un Grimoaldo élégant. Un jalon discographique, un peu daté dans son ornementation mais d’une réelle musicalité.

Richard Bonynge — 1973

Format : 2 CD (76’05, 69’40), AAD, enregistrement sur le vif.
Label : Bella Voce (© 1999 I.M.C. Music).
Référence : BLV 107.206.
Année d’enregistrement : 30 juin 1973, Amsterdam (Holland Festival).
Distribution :

  • Rodelinda : Joan Sutherland, soprano
  • Bertarido : Huguette Tourangeau, mezzo-soprano
  • Grimoaldo : Eric Tappy, ténor
  • Eduige : Margreta Elkins, mezzo-soprano
  • Unulfo : Cora Canne-Meijer, mezzo-soprano
  • Garibaldo : Pieter van den Berg, basse

Direction : Richard Bonynge.
Orchestre : Nederlands Kamerorkest.
Langue : italien.

Particularité :

Quatorze ans après Londres, Joan Sutherland retrouve Rodelinda, cette fois en italien et sous la direction de son époux Richard Bonynge, dans une représentation du Holland Festival. La soprano, au sommet de ses moyens, prodigue les vocalises et les ornements dans l’esthétique belcantiste chère au couple, avec une aisance souveraine. Huguette Tourangeau, mezzo au grave sombre et singulier, partenaire attitrée de Sutherland, campe un Bertarido engagé, et l’on retrouve Margreta Elkins, Bertarido de 1959, passée ici à Eduige. Le ténor suisse Eric Tappy apporte à Grimoaldo son élégance stylistique. Un document de concert publié sans caractère officiel, à la prise de son honorable.

Richard Bonynge — 1985

Format : 3 CD (enregistrement numérique).
Label : Decca (1987).
Référence : 414 667-2.
Année d’enregistrement : 1985 (enregistrement de studio).
Distribution :

  • Rodelinda : Joan Sutherland, soprano
  • Bertarido : Alicia Nafé, mezzo-soprano
  • Grimoaldo : Curtis Rayam, ténor
  • Eduige : Isobel Buchanan, soprano
  • Unulfo : Huguette Tourangeau, mezzo-soprano
  • Garibaldo : Samuel Ramey, basse

Direction : Richard Bonynge.
Orchestre : Welsh National Opera Orchestra.
Langue : italien.

Particularité :

Version de studio tardive de Joan Sutherland, qui enregistre le rôle près de trente ans après ses débuts londoniens. Si la voix a perdu un peu de sa fraîcheur et si la diction reste le point faible de la cantatrice, la virtuosité et le legato demeurent impressionnants. Richard Bonynge, avec un orchestre moderne, défend un Händel ample et orné dans l’esprit du bel canto, bien éloigné des options baroques qui s’imposaient alors. Samuel Ramey fait de Garibaldo un méchant de grand format, et Alicia Nafé est un Bertarido sensible ; Huguette Tourangeau passe cette fois à Unulfo.

Michael Schneider — 1991

Format : 3 CD.
Label : Deutsche Harmonia Mundi / BMG (© 1991).
Référence : RD 77192.
Année d’enregistrement : 3–4 juin 1990, Festeburgkirche, Francfort (captation en conditions de concert, « Live-Durchlauf » ; ingénieur du son : Pere Casulleras).
Distribution :

  • Rodelinda : Barbara Schlick, soprano
  • Bertarido : David Cordier, contre-ténor
  • Grimoaldo : Christoph Prégardien, ténor
  • Eduige : Claudia Schubert, contralto
  • Unulfo : Kai Wessel, contre-ténor
  • Garibaldo : Gotthold Schwarz, basse

Direction : Michael Schneider.
Orchestre : La Stagione Frankfurt (clavecin : Harald Hoeren, Sabine Bauer).
Langue : italien.

Particularité :

Première version sur instruments d’époque, conçue comme un hommage au 70e anniversaire de la production de Göttingen de juin 1920, par laquelle Oskar Hagen avait lancé la renaissance scénique des opéras de Händel au XXe siècle. Enregistrée d’une traite, en conditions de concert, elle frappe par sa cohérence et son naturel. Barbara Schlick, soprano lumineux et d’une grande pureté, est une Rodelinda digne et touchante ; les deux contre-ténors David Cordier (Bertarido) et Kai Wessel (Unulfo) restituent la couleur des voix de castrats, et Christoph Prégardien fait de Grimoaldo un usurpateur tourmenté d’une rare finesse. La direction de Michael Schneider, vive et sans excès, sert admirablement l’œuvre.

Nicholas Kraemer — 1996

Format : 3 CD (60’36, 58’18, 54’02).
Label : Virgin Veritas (℗ et © 1998 Virgin Classics).
Référence : VCT 5 45277 2.
Année d’enregistrement : 12 février 1996, Blackheath Concert Halls, Londres.
Distribution :

  • Rodelinda : Sophie Daneman, soprano
  • Bertarido : Daniel Taylor, contre-ténor
  • Grimoaldo : Adrian Thompson, ténor
  • Eduige : Catherine Robbin, mezzo-soprano
  • Unulfo : Robin Blaze, contre-ténor
  • Garibaldo : Christopher Purves, baryton-basse

Direction : Nicholas Kraemer.
Orchestre : Raglan Baroque Players.
Langue : italien.

Particularité :

Version britannique sur instruments d’époque, d’une grande sobriété. Nicholas Kraemer, chef händélien expérimenté, privilégie la clarté, la souplesse des tempos et l’équilibre entre les voix et l’orchestre plutôt que les contrastes spectaculaires. Sophie Daneman, proche de William Christie, prête à Rodelinda un timbre frais et une grande intensité expressive ; le contre-ténor canadien Daniel Taylor est un Bertarido tendre et élégiaque, notamment dans « Dove sei », et Robin Blaze, dans le rôle d’Unulfo, fait déjà entendre une voix qui s’imposera dans le répertoire. Une version de chambre, attachante et bien chantée.

William Christie — 1998

Format : 1 DVD (202 min).
Label : NVC Arts / Warner Music Vision.
Référence : 3984-23024-2.
Année d’enregistrement : 1998, Glyndebourne Festival Opera (réalisation vidéo de Humphrey Burton).
Distribution :

  • Rodelinda : Anna Caterina Antonacci, soprano
  • Bertarido : Andreas Scholl, contre-ténor
  • Grimoaldo : Kurt Streit, ténor
  • Eduige : Louise Winter, mezzo-soprano
  • Unulfo : Artur Stefanowicz, contre-ténor
  • Garibaldo : Umberto Chiummo, baryton

Direction : William Christie.
Orchestre : Orchestra of the Age of Enlightenment.
Langue : italien.

Particularité :

Captation de la production de Jean-Marie Villégier, qui marqua l’entrée de Rodelinda au répertoire de Glyndebourne et contribua largement à son retour en grâce. La mise en scène, tout en noir et blanc, transpose l’intrigue dans l’esthétique du cinéma muet des années 1920, avec un jeu d’acteurs volontairement appuyé qui a partagé la critique. Musicalement, la réussite est incontestable : Anna Caterina Antonacci, tragédienne à la présence magnétique, forme avec Andreas Scholl, Bertarido au chant d’une pureté et d’une émotion rares (« Dove sei »), un couple bouleversant, et Kurt Streit campe un Grimoaldo d’une belle intensité. William Christie obtient de l’Orchestra of the Age of Enlightenment un jeu vif et nerveux. MusicWeb International recommandait ce DVD « pour ses seules qualités musicales ».

Nicholas McGegan — 2000

Format : 3 CD, enregistrement sur le vif.
Label : Internationale Händel-Festspiele Göttingen / NDR Kultur (coproduction non commerciale, réservée aux membres de la Göttinger Händel-Gesellschaft).
Référence : hors commerce.
Année d’enregistrement : 2000, Festival Händel de Göttingen.
Distribution :

  • Rodelinda : Dominique Labelle, soprano
  • Bertarido : Robin Blaze, contre-ténor
  • Grimoaldo : Iain Paton, ténor
  • Eduige : Ewa Wolak, contralto
  • Unulfo : Cécile van de Sant, mezzo-soprano
  • Garibaldo : Andrew Foster, basse
  • Flavio : Arne Kolb / Fabian Lindhorst (rôle muet)

Direction : Nicholas McGegan.
Orchestre : Concerto Köln.
Langue : italien.

Particularité :

Document du festival Händel de Göttingen, là même où Rodelinda avait ouvert en 1920 la renaissance moderne des opéras du compositeur. Nicholas McGegan, directeur artistique du festival de 1991 à 2011 et grand spécialiste de Händel, dirige un Concerto Köln nerveux et coloré, dans une production scénique au climat sombre et contemporain. Dominique Labelle est une Rodelinda ardente et dramatiquement engagée ; Robin Blaze, qui chantait Unulfo chez Kraemer, accède ici au rôle de Bertarido, qu’il habite avec pudeur et raffinement. Publiée hors commerce à l’intention des membres de la Société Händel de Göttingen, cette version reste difficile à trouver.

Ivor Bolton — 2005

Format : DVD vidéo.
Label : Farao Classics, en coproduction avec la Bayerische Staatsoper et le Bayerischer Rundfunk (2005).
Référence : D 108 060.
Année d’enregistrement : 2003, Nationaltheater, Munich (représentations de la Bayerische Staatsoper).
Distribution :

  • Rodelinda : Dorothea Röschmann, soprano
  • Bertarido : Michael Chance, contre-ténor
  • Grimoaldo : Paul Nilon, ténor
  • Eduige : Felicity Palmer, mezzo-soprano
  • Unulfo : Christopher Robson, contre-ténor
  • Garibaldo : Umberto Chiummo, basse

Direction : Ivor Bolton.
Orchestre : Bayerisches Staatsorchester.
Langue : italien.

Particularité :

Captation de la production de David Alden, l’un des spectacles phares du cycle Händel de l’Opéra de Bavière sous Sir Peter Jonas, qui transpose l’intrigue dans un univers de film noir des années 1930, entre violence et ironie. Ivor Bolton, qui a dirigé la plupart des Händel munichois de cette période, obtient de l’orchestre moderne de la maison un jeu vif et coloré. Dorothea Röschmann, Rodelinda d’une intensité et d’une beauté vocale saisissantes, domine une distribution de grande classe : Michael Chance, Bertarido élégiaque, Felicity Palmer, Eduige au tempérament flamboyant, et Christopher Robson, Unulfo inquiétant.

Alan Curtis — 2005

Format : 3 CD (66’10, 59’01, 67’15), DDD.
Label : Deutsche Grammophon Archiv Produktion (℗ 2005).
Référence : 477 5391.
Année d’enregistrement : 2004 (enregistrement de studio).
Distribution :

  • Rodelinda : Simone Kermes, soprano
  • Bertarido : Marijana Mijanović, contralto
  • Grimoaldo : Steve Davislim, ténor
  • Eduige : Sonia Prina, contralto
  • Unulfo : Marie-Nicole Lemieux, contralto
  • Garibaldo : Vito Priante, baryton-basse

Direction : Alan Curtis.
Orchestre : Il Complesso Barocco.
Langue : italien.

Particularité :

Version de studio d’Alan Curtis, « doyen » des défricheurs de l’opéra baroque, avec une jeune troupe qui allait marquer la décennie suivante. Simone Kermes, Rodelinda au soprano agile et expressif, virtuose jusqu’à l’audace, fait face au Bertarido de la contralto Marijana Mijanović, timbre sombre et singulier qui a divisé la critique. Sonia Prina, Eduige de feu, et Marie-Nicole Lemieux, Unulfo au contralto chaleureux, complètent une distribution entièrement féminine pour les voix aiguës. Curtis privilégie la souplesse du chant, la clarté et la variété des couleurs d’un Complesso Barocco transparent.

Harry Bicket — 2011

Format : DVD et Blu-ray (collection « The Met HD Live »).
Label : Decca (2012).
Référence : non précisée.
Année d’enregistrement : 3 décembre 2011, Metropolitan Opera, New York (retransmission en direct HD ; réalisation vidéo de Matthew Diamond).
Distribution :

  • Rodelinda : Renée Fleming, soprano
  • Bertarido : Andreas Scholl, contre-ténor
  • Grimoaldo : Joseph Kaiser, ténor
  • Eduige : Stephanie Blythe, mezzo-soprano
  • Unulfo : Iestyn Davies, contre-ténor
  • Garibaldo : Shenyang, baryton-basse

Direction : Harry Bicket.
Orchestre : The Metropolitan Opera Orchestra.
Langue : italien.

Particularité :

Reprise de la production de Stephen Wadsworth créée au Met en 2004 pour Renée Fleming, dans un décor XVIIIe siècle somptueux et naturaliste. La soprano américaine, qui a largement contribué à populariser Rodelinda aux États-Unis, retrouve l’un de ses rôles fétiches avec une grande élégance, face au Bertarido raffiné d’Andreas Scholl. Stephanie Blythe impose une Eduige au mezzo tonitruant, Joseph Kaiser un Grimoaldo séduisant et Iestyn Davies, dans le rôle d’Unulfo, fait ses débuts remarqués au Met. Harry Bicket parvient à alléger le son d’un grand orchestre d’opéra, dans un style historiquement informé.

Diego Fasolis — 2016

Format : 2 CD (2 h 36), enregistrement sur le vif.
Label : Dynamic (parution en avril 2016).
Référence : CDS 7724.
Année d’enregistrement : Palazzo Ducale, Martina Franca, Festival della Valle d’Itria (juillet 2010 selon Forum Opéra ; l’éditeur indique juillet 2013).
Distribution :

  • Rodelinda : Sonia Ganassi, mezzo-soprano
  • Bertarido : Franco Fagioli, contre-ténor
  • Grimoaldo : Paolo Fanale, ténor
  • Eduige : Marina De Liso, mezzo-soprano
  • Unulfo : Antonio Giovannini, contre-ténor
  • Garibaldo : Gezim Myshketa, baryton

Direction : Diego Fasolis.
Orchestre : Orchestra Internazionale d’Italia.
Langue : italien.

Particularité :

Captée au festival de Martina Franca, cette version vaut avant tout pour le Bertarido de Franco Fagioli, contre-ténor argentin à la virtuosité fulgurante et à l’ambitus exceptionnel, qui domine la représentation. Le choix d’une mezzo, Sonia Ganassi, belcantiste réputée, pour le rôle-titre écrit pour soprano a en revanche été discuté, et Forum Opéra jugeait l’ensemble déséquilibré, malgré la direction énergique de Diego Fasolis, spécialiste reconnu du baroque italien. Un document intéressant sur la carrière de Fagioli.

Harry Bicket — 2021

Format : 3 CD.
Label : Linn Records (2021).
Référence : CKD 658.
Année d’enregistrement : 16–21 septembre 2020, St John’s Smith Square, Londres.
Distribution :

  • Rodelinda : Lucy Crowe, soprano
  • Bertarido : Iestyn Davies, contre-ténor
  • Grimoaldo : Joshua Ellicott, ténor
  • Eduige : Jess Dandy, contralto
  • Unulfo : Tim Mead, contre-ténor
  • Garibaldo : Brandon Cedel, baryton-basse

Direction : Harry Bicket.
Orchestre : The English Concert.
Langue : italien.

Particularité :

Enregistrée en studio en pleine pandémie, cette version s’inscrit dans la grande série händélienne de l’English Concert chez Linn. Dix ans après le Met, Harry Bicket retrouve l’œuvre sur instruments d’époque, avec une direction souple, dramatique et d’une grande finesse d’accompagnement. Lucy Crowe est une Rodelinda bouleversante, à la fois noble et vulnérable ; Iestyn Davies, Unulfo au Met, accède au rôle de Bertarido, qu’il chante avec une pureté et une émotion remarquables, notamment dans « Dove sei ». Joshua Ellicott fait de Grimoaldo un tyran tourmenté et la contralto Jess Dandy apporte à Eduige un grave somptueux. Une référence moderne, très bien accueillie par la critique.

Laurence Cummings — 2022

Format : 2 CD (72’26, 66’51), enregistrement sur le vif.
Label : Accent / note 1 music, en coproduction avec NDR Kultur et les Internationale Händel-Festspiele Göttingen (© 2022).
Référence : non précisée.
Année d’enregistrement : 9 septembre 2021, Deutsches Theater, Göttingen (coproduction avec l’Oldenburgisches Staatstheater ; mise en scène de Dorian Dreher).
Distribution :

  • Rodelinda : Anna Dennis, soprano
  • Bertarido : Christopher Lowrey, contre-ténor
  • Grimoaldo : Thomas Cooley, ténor
  • Eduige : Franziska Gottwald, mezzo-soprano
  • Unulfo : Owen Willetts, contre-ténor
  • Garibaldo : Julien Van Mellaerts, baryton

Direction : Laurence Cummings (et clavecin).
Orchestre : FestspielOrchester Göttingen.
Langue : italien.

Particularité :

Captation d’une représentation au festival Händel de Göttingen, là même où Rodelinda avait lancé en 1920 la renaissance moderne des opéras du compositeur, sous la direction de Laurence Cummings, directeur artistique du festival de 2012 à 2021, dont c’était l’une des dernières productions. L’édition utilisée est celle de la Hallische Händel-Ausgabe. Cummings, dirigeant du clavecin, anime un FestspielOrchester Göttingen vif et théâtral ; Anna Dennis est une Rodelinda intense et lumineuse, Christopher Lowrey un Bertarido au chant élégant, et Thomas Cooley un Grimoaldo d’une grande présence dramatique.

Postérité :

Après les reprises du vivant de Händel, Rodelinda disparaît de la scène pendant près de deux siècles, avant de devenir, le 26 juin 1920 à Göttingen, l’opéra par lequel commence la renaissance händélienne du XXe siècle : l’historien de l’art Oskar Hagen en présente une version allemande remaniée et abrégée, dont le succès lance le festival Händel de Göttingen et une vague de productions dans toute l’Allemagne. En Angleterre, la Handel Opera Society la ressuscite en 1959 avec Joan Sutherland, et la soprano australienne en restera longtemps l’interprète emblématique. Le mouvement baroque restitue ensuite les tessitures et l’orchestre d’origine ; la production de Jean-Marie Villégier à Glyndebourne (1998), avec Anna Caterina Antonacci et Andreas Scholl, puis celle de Stephen Wadsworth au Metropolitan Opera (2004), avec Renée Fleming, installent durablement Rodelinda parmi les opéras de Händel les plus joués. L’œuvre est aujourd’hui considérée comme l’un de ses chefs-d’œuvre, par la profondeur de ses personnages et la beauté de ses airs, de « Dove sei » au duo « Io t’abbraccio ».

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