Note personnelle : ,

Händel, Georg Friedrich — Alessandro, HWV 21 (1726)

Format :

  • Opera seria (dramma per musica) en 3 actes.
  • Musique : Georg Friedrich Händel (1685-1759).
  • Livret : Paolo Antonio Rolli, d’après La superbia d’Alessandro d’Ortensio Mauro.
  • Langue : italien.

Création :

5 mai 1726, King’s Theatre de Haymarket, Londres.
Composé pour la Royal Academy of Music au sommet de sa gloire, Alessandro est la première œuvre de Händel à réunir sur la même scène les deux prime donne les plus célèbres de l’époque : Faustina Bordoni, tout juste engagée à prix d’or, en Rossane, et Francesca Cuzzoni en Lisaura, aux côtés du castrat Senesino dans le rôle-titre. L’impresario Owen Swiny avait mis en garde contre un sujet mettant en scène la rivalité de deux femmes, craignant le « désordre » ; Händel s’emploie donc à équilibrer rigoureusement les deux rôles (entrées simultanées, nombre d’airs identique, duo final). Le succès est considérable : treize représentations, et sans doute davantage si Senesino n’était tombé malade. Horace Walpole se souviendra de Senesino plantant, dans l’ardeur du jeu, son épée dans une pierre de carton du décor. L’ouvrage est repris en 1727 puis en 1732, et une adaptation allemande (Der hochmüthige Alexander) est donnée à Hambourg dès 1726. La rivalité des deux cantatrices, attisée par leurs partisans, dégénérera l’année suivante en pugilat sur scène lors d’Astianatte de Bononcini.

Livret :

Paolo Antonio Rolli, poète attitré de la Royal Academy, adapte La superbia d’Alessandro d’Ortensio Mauro, livret écrit pour Agostino Steffani et créé à Hanovre en 1690 (Händel avait connu Steffani lors de son passage à la cour de Hanovre). Rolli resserre l’action autour de l’épisode du siège de la ville indienne des Oxydraques (326 av. J.-C.) rapporté par Plutarque et Quinte-Curce, où Alexandre fut grièvement blessé, et y greffe le thème de l’orgueil du conquérant qui se prétend fils de Jupiter, ainsi qu’une intrigue amoureuse à double héroïne taillée sur mesure pour Faustina et Cuzzoni.

Intrigue :

  • Acte I : Alessandro assiège la cité indienne d’Oxidraca. Lancé seul à l’assaut des remparts, il est mis en danger puis sauvé par son général Clito. Deux princesses l’aiment : Rossane, princesse perse captive, et Lisaura, princesse scythe, elle-même aimée du roi indien Tassile, allié d’Alessandro. Grisé par la victoire, le conquérant se laisse honorer comme fils de Jupiter ; Clito dénonce ce sacrilège et Alessandro ordonne sa mort, mais les deux princesses obtiennent sa grâce.
  • Acte II : Alessandro continue de courtiser alternativement les deux princesses, qui en perdent la tête. Rossane réclame sa liberté, qu’il lui accorde à contrecœur. Des officiers, dont Leonato, jugeant sa mégalomanie dangereuse, complotent sa perte. Lors d’une assemblée où il distribue les territoires conquis, Clito dénonce à nouveau son orgueil ; un plafond s’effondre, provoqué par les conjurés, sans blesser personne, ce qui convainc Alessandro de la protection divine. Il fait emprisonner Clito.
  • Acte III : Rossane, croyant Alessandro assassiné, laisse éclater sa douleur ; témoin de sa sincérité, Alessandro la choisit pour épouse. La population d’Oxidraca se soulève ; Leonato libère Clito et fait enfermer son geôlier Cleone. Les conjurés passent à la révolte ouverte avec des troupes mutinées. Alessandro renonce doucement à Lisaura et l’engage à accepter Tassile, dont l’armée lui vient en aide et écrase la rébellion. Alessandro pardonne aux conjurés, épouse Rossane, et Tassile fait de Lisaura sa reine.

Enregistrement(s) :

Kuijken — 1985

Format : Coffret 3 CD.
Label : Deutsche Harmonia Mundi (collection Editio Classica, BMG).
Référence : CDS 7 47910-8 (EMI/DHM, 1987) ; réédition Editio Classica (℗ 1985, © 1990).
Année d’enregistrement : 1984, en coproduction avec le Westdeutscher Rundfunk (WDR), Cologne ; parution ℗ 1985.
Distribution :

  • Alessandro : René Jacobs, contre-ténor
  • Rossane : Sophie Boulin, soprano
  • Lisaura : Isabelle Poulenard, soprano
  • Tassile : Jean Nirouët, contre-ténor
  • Clito : Stephen Varcoe, baryton
  • Leonato : Guy de Mey, ténor
  • Cleone : Ria Bollen, alto

Direction : Sigiswald Kuijken
Orchestre : La Petite Bande (instruments d’époque)
Langue : italien

Particularité :

Première intégrale discographique de l’œuvre, et l’un des tout premiers opéras de Händel gravés sur instruments d’époque. La direction de Sigiswald Kuijken, fine et chambriste, privilégie la clarté des timbres de La Petite Bande à l’effet théâtral. René Jacobs, alors au faîte de sa carrière de contre-ténor, prête au conquérant une autorité stylée, tandis que Sophie Boulin et Isabelle Poulenard différencient avec justesse la vivacité de Rossane et la mélancolie de Lisaura. Un document pionnier, parfois jugé un peu sage face aux versions plus récentes.

Nowakowski — 1989

Format : Coffret 3 CD (DDD), enregistrement public.
Label : Schwann / Studios Classique Berlin (distribution Koch Records International).
Référence : CD SC 100 303.
Année d’enregistrement : fin des années 1980 (vers 1989), en concert ; production H. J. Heidenreich, Studios Classique Berlin.
Distribution :

  • Alessandro : Anita Terzian, mezzo-soprano
  • Rossane : Lola Watson, soprano
  • Lisaura : Phoebe Atkinson, soprano
  • Tassile : Perry Price (rôle d’alto)
  • Clito : Norman Andersson (rôle de basse)
  • Leonato : Thomas Poole, ténor
  • Cleone : Betty Jean Rieders (rôle de contralto)

Direction : Mieczysław Nowakowski
Orchestre : Sinfonia Varsovia
Langue : italien

Particularité :

Rareté discographique : une captation live publiée par le petit label Schwann dans une présentation minimaliste (plages découpées par scènes, sans livret détaillé). Avec un orchestre moderne, la Sinfonia Varsovia, et une distribution peu connue, cette version s’inscrit dans une tradition d’interprétation antérieure au renouveau baroqueux. Le rôle-titre, écrit pour le castrat Senesino, y est confié à une voix de femme, Anita Terzian, selon l’usage fréquent avant la généralisation des contre-ténors. Intéressante comme témoignage, elle reste en retrait des lectures sur instruments d’époque.

Petrou — 2011

Format : Coffret 3 CD (DDD), avec livret.
Label : Decca (sous licence Parnassus Arts Productions).
Référence : 478 4699.
Année d’enregistrement : 2-5 et 9-15 septembre 2011, salle Dimitris Mitropoulos, Megaron (Palais de la Musique d’Athènes) ; parution 2012.
Distribution :

  • Alessandro : Max Emanuel Cencic, contre-ténor
  • Rossane : Julia Lezhneva, soprano
  • Lisaura : Karina Gauvin, soprano
  • Tassile : Xavier Sabata, contre-ténor
  • Leonato : Juan Sancho, ténor
  • Clito : In-Sung Sim, basse
  • Cleone : Vasily Khoroshev, contre-ténor

Direction : George Petrou
Orchestre : Armonia Atenea (instruments d’époque) ; The City of Athens Choir (chef de chœur : Stavros Beris)
Langue : italien

Particularité :

Version de référence moderne, portée par le contre-ténor Max Emanuel Cencic, également producteur du projet (Parnassus), qui a ensuite porté l’ouvrage sur scène à Versailles et Athènes en 2013. George Petrou imprime une énergie théâtrale et des tempos vifs à Armonia Atenea. Le duel des prime donne est ici particulièrement réussi : la jeune Julia Lezhneva éblouit par sa virtuosité dans les airs pyrotechniques de Rossane, face à la Lisaura plus sombre et intériorisée de Karina Gauvin. Distribution homogène, avec l’excellent Tassile de Xavier Sabata.

Form — 2012

Format : Coffret 3 CD (DDD), enregistrement public.
Label : Pan Classics (note 1 music).
Référence : PC 10273.
Année d’enregistrement : 17, 19, 24 et 26 février 2012, Badisches Staatstheater de Karlsruhe, dans le cadre des Händel-Festspiele Karlsruhe.
Distribution :

  • Alessandro : Lawrence Zazzo, contre-ténor
  • Rossane : Yetzabel Arias Fernández, soprano
  • Lisaura : Raffaella Milanesi, soprano
  • Tassile : Martín Oro, contre-ténor
  • Clito : Andrew Finden, baryton
  • Leonato : Sebastian Kohlhepp, ténor
  • Cleone : Rebecca Raffell, alto

Direction : Michael Form
Orchestre : Deutsche Händel-Solisten (instruments d’époque)
Langue : italien

Particularité :

Captation de la production scénique du festival Händel de Karlsruhe, parue la même année que la version Decca, ce qui a naturellement suscité la comparaison. Le chef et flûtiste Michael Form dirige les Deutsche Händel-Solisten avec souplesse et sens du drame, et l’enregistrement conserve l’électricité de la scène. Lawrence Zazzo campe un Alessandro vaillant et impérieux ; Yetzabel Arias Fernández et Raffaella Milanesi composent un duo de rivales bien contrasté, tandis que Martín Oro offre un Tassile sensible. Une alternative vivante et théâtrale à la version de studio de Petrou.

Postérité :

Longtemps éclipsé par Giulio Cesare ou Rodelinda, Alessandro est resté célèbre surtout comme l’opéra des « rival queens », premier épisode de la rivalité Faustina-Cuzzoni qui contribua à l’essoufflement de la Royal Academy of Music (dissoute en 1728). Le renouveau baroque lui a rendu justice : après la gravure pionnière de Kuijken, l’année 2012 a vu paraître deux intégrales concurrentes (Petrou chez Decca, Form chez Pan Classics), suivies de productions scéniques à Karlsruhe (2012), Versailles et Athènes (2013). On y apprécie désormais une partition brillante, d’une orchestration riche (flûtes à bec, hautbois, cors, trompettes et timbales dès la sinfonia guerrière d’ouverture), et un portrait nuancé du conquérant rongé par l’orgueil.

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